Le marché de l’emploi des jeunes au Maroc affiche des indicateurs en dégradation, contrastant avec la dynamique d’investissement et la multiplication des grands projets d’infrastructure dans le pays. Selon les données officielles du Haut-Commissariat au Plan (HCP), le taux de chômage des 15-24 ans a atteint 37,2% en 2025, contre 36,7% l’année précédente, alors que le taux national moyen s’établit à 13%. Au-delà du chômage au sens strict, la situation globale est mesurée par l’indicateur de sous-utilisation de la main-d’œuvre, qui intègre les chômeurs, les personnes découragées ayant cessé leurs recherches d’emploi et les actifs en sous-emploi. «Au premier trimestre 2026, cet indicateur concernait 45,3% de cette tranche d’âge, ce qui signifie que près d’un jeune sur deux est confronté à des difficultés d’insertion professionnelle ou à une activité partielle subie», écrit le magazine Finances News Hebdo.
Ce déficit d’insertion professionnelle s’explique par un décalage structurel entre l’offre de formation et les besoins des entreprises. Les secteurs en plein développement, tels que l’industrie technologique, la logistique, le numérique et les énergies renouvelables, font état de pénuries de profils techniques spécialisés. En parallèle, les diplômés des filières universitaires généralistes peinent à s’insérer sur le marché du travail en raison d’un manque de compétences opérationnelles. Ce phénomène est accentué par la barrière de la première expérience: les recruteurs exigent généralement une expérience professionnelle de un à trois ans ou des stages de longue durée, tandis que les candidats manquent de passerelles vers l’entreprise et de préparation aux entretiens, notamment en matière de compétences comportementales (soft skills).
Le modèle de croissance économique actuel montre également ses limites quant à sa capacité à générer un volume d’emplois suffisant. Les investissements s’orientent vers des infrastructures industrielles de production à forte valeur ajoutée et à forte intensité capitalistique, caractérisées par un recours accru à l’automatisation, au numérique et à l’intelligence artificielle. Ces activités favorisent la productivité et les exportations du Royaume, mais s’avèrent moins créatrices d’emplois que les secteurs traditionnels de l’économie. «De plus, le tissu entrepreneurial marocain demeure dominé par de très petites entreprises (TPE), dont la fragilité financière limite leur évolution vers le statut de PME capables de recruter de manière pérenne», souligne Finances News.
Enfin, l’efficacité des mesures d’aide à l’emploi est freinée par des lacunes en matière de gouvernance publique. Les analyses économiques soulignent l’absence d’une stratégie nationale unifiée, au profit d’une multiplication de programmes sectoriels dispersés, souvent remaniés au gré des alternances gouvernementales. En l’absence d’un cadre de pilotage cohérent et centralisé, la convergence entre les politiques de formation, les investissements privés et les besoins réels du marché du travail demeure insuffisante pour inverser durablement la courbe du chômage des jeunes.




