Pourquoi 2,9 millions de jeunes sont-ils exclus du système éducatif et du marché du travail?

Le Haut-commissariat au plan (HCP), à Rabat.. Adil_Gadrouz

Revue de pressePrès de 3 millions de jeunes Marocains âgés de 15 à 29 ans sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Un phénomène qui touche principalement les femmes, les moins diplômés et les habitants des zones rurales, révélant des fractures sociales et économiques profondes. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 25/05/2026 à 19h26

Le Maroc fait face à un défi socio-économique majeur avec la publication récente du rapport du Haut-Commissariat au Plan (HCP) sur les jeunes NEET (Neither in Employment, nor in Education or Training). Selon cette étude, 2,9 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans se trouvent en marge du système éducatif et du marché du travail. Derrière ce chiffre alarmant se cachent des disparités profondes, souligne le magazine hebdomadaire Challenge: 72% des NEET sont des femmes, et près de trois sur quatre ne disposent d’aucun diplôme qualifiant.

«Les indicateurs traditionnels, bien que préoccupants, ne suffisent pas à saisir toute l’ampleur d’un phénomène plus silencieux et insidieux: celui d’une jeunesse en marge, déconnectée à la fois du système éducatif et du marché du travail», souligne le rapport. Avec un taux de chômage des 15-24 ans atteignant 36,7% en 2024, le Maroc se trouve à une croisée des chemins où son «dividende démographique» pourrait se transformer en un défi majeur si aucune mesure n’est prise. L’analyse révèle que le taux de NEET au Maroc s’élève à 33,6% en 2023, un niveau bien supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE (12%) et proche des taux enregistrés dans la région MENA (29%). Près de la moitié de ces jeunes se situent dans la tranche des 25-29 ans, soulignant les difficultés croissantes d’insertion professionnelle avec l’âge, lit-on dans Challenge.

Quatre constats majeurs émergent de cette étude. Premièrement, le phénomène NEET est avant tout féminin: les femmes représentent 72% des NEET et leur probabilité d’être exclues est près de trois fois supérieure à celle des hommes. Deuxièmement, l’éducation joue un rôle clé, mais avec des effets contrastés. Si un diplôme supérieur réduit considérablement le risque d’inactivité pour les jeunes femmes, il peut, en revanche, augmenter le risque de chômage de longue durée pour les jeunes hommes, notamment ceux issus de la formation professionnelle. Troisièmement, le mariage et la présence d’enfants en bas âge augmentent significativement le risque pour les jeunes femmes de basculer dans l’inactivité. Le risque d’être NEET explose après 24 ans, passant de 25,6% pour les 15-24 ans et à 50,2% pour les 25-29 ans, illustrant l’échec partiel de la transition école-emploi.

Enfin, le phénomène touche davantage les zones rurales (35,4% contre 32,6% en milieu urbain), avec des disparités régionales marquées, allant de 28% à près de 40% selon les régions. «La situation des jeunes NEET au Maroc n’est pas qu’une simple statistique du marché du travail. Elle est le symptôme d’un défi structurel majeur, à la croisée des enjeux démographiques, économiques et sociaux», conclut le rapport. Ce phénomène, qui touche plus d’un jeune sur quatre, représente un gaspillage colossal de capital humain et une menace pour la cohésion sociale. Face à cette réalité, les auteurs du rapport appellent à une refonte des politiques publiques, intégrant une approche différenciée et territorialisée. Il est notamment recommandé de renforcer la prévention en amont par une lutte plus efficace contre le décrochage scolaire des filles et la mise en place d’un système d’orientation précoce connecté aux réalités économiques. L’accompagnement vers l’emploi qualifié pour les chômeurs diplômés et des dispositifs de formation et d’autonomisation pour les femmes inactives, incluant des solutions de garde d’enfants, sont également jugés indispensables.

Par La Rédaction
Le 25/05/2026 à 19h26