Développement urbain: la Suisse oriente 1,875 million de dollars vers des projets au Maroc

Vue aérienne de Rabat avec son développement urbain avancé.

La Suisse a décidé d’orienter une nouvelle contribution de 1,875 million de dollars vers les activités menées au Maroc dans le cadre du fonds fiduciaire SURGE de la Banque mondiale, consacré au développement urbain et régional durable. Le mécanisme retenu révèle toutefois une nuance importante: le Royaume apparaît comme la destination privilégiée du donateur, mais la Banque mondiale conserve l’entière maîtrise de l’allocation effective des ressources.

Le 08/06/2026 à 17h19

Le Maroc renforce son attractivité auprès des bailleurs internationaux. Le document signé entre le Secrétariat d’État suisse à l’économie (SECO) et la Banque mondiale constitue un signal peu commun dans l’univers des fonds fiduciaires multilatéraux. L’amendement n°4 à l’accord d’administration du fonds multidonateurs SURGE prévoit une contribution additionnelle de 1,875 million de dollars, versée en trois tranches de 625.000 dollars, dont la dernière est programmée pour janvier 2028.

Au-delà du montant lui-même, l’élément le plus significatif réside dans le choix géographique exprimé par la Suisse. Le texte précise en effet que «le donateur a exprimé sa préférence pour que la contribution soit utilisée afin de financer des activités au Maroc».

Une telle formulation traduit une volonté explicite d’associer le Royaume aux projets soutenus par le programme Sustainable Urban and Regional Development (SURGE), un fonds de la Banque mondiale consacré aux politiques urbaines, à la gouvernance territoriale et au développement régional durable.

Le positionnement du Maroc dans ce document intervient dans un contexte où les questions d’aménagement urbain, de régionalisation avancée et de résilience territoriale occupent une place croissante dans les politiques publiques nationales.

L’intérêt manifesté par la Suisse apparaît ainsi comme une reconnaissance indirecte du rôle que joue le Royaume dans les stratégies de développement urbain en Afrique du Nord. Le Maroc s’est progressivement imposé comme un terrain d’expérimentation pour plusieurs programmes internationaux liés à la gouvernance locale, à la planification territoriale et à la modernisation des infrastructures urbaines.

Cette orientation est d’autant plus notable que le fonds SURGE est un mécanisme multidonateurs. Les ressources qu’il mobilise sont généralement destinées à plusieurs pays et projets. L’identification explicite du Maroc dans l’accord constitue donc un marqueur particulier de l’intérêt porté au Royaume par l’un des principaux bailleurs européens engagés dans les politiques de développement territorial.

La Banque mondiale conserve la maîtrise des arbitrages

Le document introduit cependant une limite essentielle qui éclaire le fonctionnement réel des fonds fiduciaires internationaux.

La Banque mondiale rappelle explicitement qu’elle «ne peut garantir que la contribution sera utilisée conformément à cette préférence» et qu’elle n’aura «aucune obligation envers le donateur si cette préférence ne peut être satisfaite».

Autrement dit, la Suisse ne crée pas une enveloppe réservée au Maroc. Elle exprime une orientation souhaitée, mais la décision finale demeure entre les mains de l’institution de Washington.

Ce mécanisme reflète la logique classique des fonds fiduciaires multidonateurs. Les ressources sont mutualisées afin de permettre une allocation flexible en fonction des priorités opérationnelles, de l’avancement des projets et des besoins financiers identifiés par la Banque mondiale. Le principe vise à préserver l’indépendance de gestion de l’institution tout en tenant compte des préférences exprimées par les contributeurs.

Un signal financier modeste mais stratégique

Le montant de 1,875 million de dollars reste limité au regard des grands programmes d’investissement urbain financés par les banques multilatérales de développement. La portée du document est davantage institutionnelle que budgétaire.

L’accord révèle en effet l’existence d’une convergence entre les priorités de coopération économique de la Suisse et les programmes de développement territorial conduits au Maroc. Il confirme également que le Royaume demeure identifié par les partenaires internationaux comme un espace pertinent pour le déploiement d’initiatives liées à la durabilité urbaine et régionale.

La signature de l’amendement, en mars 2026, par Ming Zhang, directeur de la Banque mondiale chargé notamment du développement urbain, et Pietro Lazzeri, représentant du gouvernement suisse, illustre la continuité de cette coopération au sein du fonds SURGE.

La portée de cette décision dépasse enfin le cadre strict des relations entre Rabat, Berne et la Banque mondiale. Les défis liés à l’urbanisation figurent parmi les principaux enjeux économiques du continent africain. Les besoins en infrastructures, en mobilité, en services publics et en gouvernance territoriale mobilisent une part croissante des financements internationaux.

Le Maroc dispose sur ce terrain d’un avantage comparatif particulier. Son expérience en matière de planification urbaine, de régionalisation et de grands projets d’infrastructures lui permet d’apparaître comme un laboratoire de politiques publiques susceptible d’intéresser les bailleurs internationaux.

L’amendement signé par la Suisse ne garantit donc pas l’affectation effective des 1,875 million de dollars au Royaume. Il confirme néanmoins un élément plus significatif sur le plan stratégique: lorsqu’un donateur international choisit d’exprimer une préférence géographique au sein d’un fonds mondial, le Maroc figure aujourd’hui parmi les destinations explicitement citées. Une indication qui témoigne de la place croissante occupée par le Royaume dans les programmes internationaux consacrés au développement urbain et régional durable.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 08/06/2026 à 17h19