Le gasoil frôle de nouveau les 15 dirhams le litre au Maroc. Depuis le 1er septembre, le litre s’affiche autour de 14,99 DH, après une nouvelle hausse de 6 centimes. Pour les automobilistes, la facture grimpe mécaniquement. Une voiture qui consomme 7 litres aux 100 km coûte ainsi près de 105 DH de carburant pour parcourir 100 km, et environ 735 DH pour 1.000 km.
Dans ce contexte, l’électrique devrait avoir un boulevard devant lui. Une voiture qui ne dépend ni du gasoil ni de l’essence devient d’autant plus intéressante lorsque le prix du carburant augmente. À kilométrage égal, la différence de coût peut être considérable.
Adil Bennani, président de l’Association des importateurs de véhicules au Maroc (AIVAM), estime ainsi que les économies peuvent atteindre près des deux tiers. «En fait, aujourd’hui, à roulage égal, à kilométrage égal, entre un véhicule diesel et un véhicule électrique, le consommateur pourra économiser les deux tiers de son budget, voire 70%.»
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À 1.000 DH de carburant par mois, cela représenterait donc une dépense d’environ 300 DH avec un véhicule électrique de taille comparable. Une estimation qui concerne uniquement l’énergie, sans prendre en compte le prix d’achat, l’assurance ou l’entretien.
Avec un gasoil proche de 15 DH le litre, le coût d’utilisation devient ainsi un argument de plus en faveur de l’électrique. Pourtant, le marché marocain ne bascule pas encore vers le 100% électrique.
Selon les données de l’AIVAM à fin juillet, les véhicules électrifiés représentaient 17% des ventes de voitures particulières, contre 10,5% un an plus tôt. Sur les sept premiers mois de l’année, 22.963 véhicules électrifiés ont été immatriculés, soit une progression de 86,3%.
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Mais le 100% électrique reste encore marginal: 1.213 voitures électriques ont été immatriculées, auxquelles s’ajoutent 1.402 véhicules à prolongateur d’autonomie. Ces deux catégories représentent ensemble 1,9% des ventes de voitures particulières.
«C’est indéniable, nous restons sur notre faim concernant les véhicules 100% électriques. Avec une part de marché qui plafonne à 1%, la progression reste très faible», constate Adil Bennani, président de l’AIVAM.
Le Maroc reste ainsi loin de certains marchés étrangers. «Si je dois comparer par rapport à l’Europe, par exemple, les véhicules électrifiés dépassent la barre des 45-50%», explique-t-il. Il cite notamment la Norvège, où les véhicules électriques atteignent 90%, contre moins de 12-13% en Italie et environ 30% au Royaume-Uni.
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Dans le même temps, l’offre s’élargit, notamment avec l’arrivée des marques chinoises. À fin juillet, elles représentaient 11,2% des ventes de voitures particulières, contre 5,1% un an plus tôt, selon les données de l’AIVAM.
Pour Bennani, le prix n’est désormais plus le principal frein. «Aujourd’hui, c’est un sujet de recharge essentiellement», confie-t-il.
«Oui, mais où est-ce que je vais recharger?»
C’est désormais l’une des principales questions qui freinent l’achat d’une voiture électrique. Selon Adil Bennani, les automobilistes sont de moins en moins préoccupés par la fiabilité de la technologie ou par le prix des véhicules. Leur principale inquiétude concerne désormais l’autonomie et, surtout, la possibilité de recharger facilement leur voiture.
«Sur le plan technologique, les automobilistes savent désormais que l’électrique fonctionne et l’offre est devenue très compétitive. Le véritable frein aujourd’hui, c’est l’anxiété liée à l’autonomie, ce que l’on appelle la range anxiety. La question qui revient systématiquement chez les clients est toujours la même: “Oui, mais où est-ce que je vais recharger mon véhicule?”»
La question se pose surtout pour les automobilistes qui vivent en appartement ou stationnent dans la rue. Elle devient encore plus importante lors des déplacements entre les villes.
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«En ville, à la limite, on peut s’organiser parce qu’on peut charger à la maison, même si tout le monde n’a pas cette possibilité. Mais lorsqu’on voyage, cela devient beaucoup plus problématique», explique-t-il.
Cette difficulté limite aussi la clientèle susceptible de passer au 100% électrique. Jusqu’ici, le marché a surtout séduit les ménages disposant d’une maison individuelle et pouvant utiliser leur voiture électrique comme deuxième ou troisième véhicule. Pour élargir cette clientèle, il faut désormais pouvoir recharger facilement chez soi, en ville et sur les grands axes.
Un réseau encore trop limité
C’est là que le problème se pose. Selon Bennani, le Maroc compte actuellement autour de 150 bornes publiques de recharge rapide, contre plus de 1.500 qui seraient nécessaires pour véritablement accélérer l’électrification.
«Si l’on prend comme référence la recharge rapide, à partir de 50 kW, on doit être autour de 150 bornes publiques aujourd’hui. C’est très faible. Si l’on veut réellement casser la tendance actuelle et accélérer l’électrification, il faudrait dépasser les 1.500 points de recharge rapide.»
L’enjeu n’est toutefois pas seulement de multiplier les bornes. Leur puissance doit également augmenter pour réduire le temps d’attente.
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«Il ne faut pas seulement multiplier les bornes de 50 kW. Il faut désormais aller vers des puissances de 120 à 150 kW et au-delà», explique le président de l’AIVAM.
Mais installer davantage de bornes puissantes pose aussi la question de la capacité du réseau électrique. Une station équipée de plusieurs chargeurs rapides peut avoir besoin d’une quantité importante d’électricité au même moment.
Des solutions existent déjà pour répondre à cette contrainte, notamment grâce au photovoltaïque et au stockage par batteries. «On peut coupler les chargeurs très puissants avec des panneaux photovoltaïques et des batteries de stockage. Les panneaux produisent l’énergie, les batteries la stockent et peuvent ensuite fournir la puissance nécessaire au moment où les véhicules se rechargent», répond-il.
Ce type de dispositif permettrait notamment d’installer des bornes rapides dans des zones où le réseau électrique ne pourrait pas absorber facilement une demande supplémentaire. «Avec ce type de solution, on peut installer des chargeurs très puissants, même dans des endroits éloignés, et limiter leur dépendance au réseau public. Les solutions techniques existent déjà», explique Adil Bennani.
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Les technologies permettent par ailleurs de réduire fortement le temps d’attente. Certains systèmes de recharge rapide peuvent récupérer plusieurs centaines de kilomètres d’autonomie en quelques minutes.
«La technologie existe déjà. Nous sommes même le premier pays arabe et africain à avoir intégré ce type de chargeur», ajoute-t-il.
Un cadre à revoir
Mais pour que ce réseau puisse réellement se développer, encore faut-il que les opérateurs privés puissent investir dans de bonnes conditions. Pour Bennani, le cadre actuel doit notamment évoluer afin de leur permettre de commercialiser directement le service de recharge.
«Pour développer le réseau de recharge, il faut réunir plusieurs conditions, notamment réglementaires et économiques. La première, c’est de permettre à des opérateurs privés d’installer des bornes sur le réseau autoroutier et de leur donner la possibilité de facturer directement l’électricité consommée.»
Les stations-service pourraient également jouer un rôle important dans ce déploiement, notamment sur les grands axes.
«Il faut ouvrir le réseau autoroutier aux opérateurs privés qui souhaitent investir dans la recharge. Les stations-service pourraient également jouer un rôle important. On pourrait demander aux opérateurs d’avoir au moins un chargeur par station et deux chargeurs dans les stations autoroutières.»
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Pour Adil Bennani, le Maroc dispose déjà de plusieurs atouts pour accélérer ce déploiement: un réseau autoroutier structuré, des distances relativement courtes entre les principales villes et des solutions techniques déjà disponibles.
«Nous avons un territoire beaucoup plus compact, un réseau autoroutier déjà structuré et des distances entre les villes qui restent relativement courtes. On parle souvent de trajets de 300, 400 ou 500 kilomètres. C’est donc beaucoup plus facile à couvrir progressivement.»
Reste donc à créer les conditions pour que l’investissement privé suive. Pour le président de l’AIVAM, le déploiement pourrait aller vite si le cadre est adapté.
«Il y a une volonté politique à avoir, mais il n’est pas nécessaire que l’État finance directement tout le réseau. Il faut surtout créer les conditions permettant aux opérateurs d’investir. Avec un cadre adapté, en 18 mois, le problème peut être complètement réglé», conclut Adil Bennani.




