L’illusion d’un carburant aligné uniquement sur le cours du pétrole brut constitue le premier obstacle à la compréhension globale du problème. Le Maroc n’importe pas du pétrole brut à raffiner sur place, mais bien des produits pétroliers déjà raffinés. Dès lors, le cours du Brent ne reflète pas directement le coût d’achat du gasoil. Les importateurs nationaux s’approvisionnent sur des marchés spécialisés, en se référant à des cotations spécifiques comme celles du hub de Rotterdam ou le tarif CIF Northwest Europe.
Ces prix sont sensibles à une multitude de variables exogènes allant des capacités de raffinage mondiales aux tensions géopolitiques, en passant par les taux de fret et la parité du dollar. Une simulation établie sur une moyenne de référence de 1.250 dollars la tonne entre la fin juillet et le milieu du mois d’août illustre parfaitement cette réalité. En intégrant le fret, l’assurance maritime et les frais portuaires ou financiers, la tonne atteint environ 1.295 dollars. Une fois convertie en litres avec un taux de change moyen et la densité propre au produit, la marchandise débarque sur le sol national à un coût d’accès au port déjà estimé à 10,11 dirhams le litre. Cette simple réalité arithmétique rend l’hypothèse d’un prix final à 9 dirhams techniquement impossible sans intervention financière extérieure ou subvention massive, lit-on dans Les Inspirations Eco.
Le parcours du produit ne s’arrête pas au déchargement du navire. Une fois sur le territoire national, la fiscalité vient alourdir la facture de manière mécanique. L’application de la Taxe Intérieure de Consommation, fixée à 2,42 dirhams par litre, fait immédiatement grimper le coût théorique à 12,53 dirhams. S’ajoute ensuite l’ensemble des opérations logistiques et de manutention indispensables pour acheminer le carburant des cuves de stockage jusqu’aux réservoirs des consommateurs.
Ce processus intègre des coûts fixes et variables liés au stockage, à l’entretien des infrastructures, aux risques d’immobilisation des navires et au transport routier à travers le pays. En comptabilisant les rémunérations des acteurs du secteur, soit des marges brutes estimées à 0,50 dirham par litre pour le distributeur et un montant similaire pour le gérant de la station-service, le prix hors taxe s’élève à 13,53 dirhams. L’application de la TVA de 10% porte le chiffre final à 14,88 dirhams TTC, un niveau parfaitement aligné avec les 14,90 dirhams constatés sur le terrain, écrit Les Inspirations Eco.
La perspective à court terme ne laisse présager aucune accalmie pour les ménages et les professionnels du transport. Les prévisions axées sur la seconde moitié du mois d’août pointent vers une hausse continue des cotations internationales vers les 1 300 dollars la tonne. Avec un coût à l’importation susceptible d’atteindre 10,70 dirhams le litre avant l’application des taxes et des marges, le prix final à la pompe pourrait franchir le seuil des 15,50 dirhams.




