Banque mondiale: le Maroc capitalise sur l’avantage phosphatier face à une croissance mondiale limitée à 2,5%

Le Maroc détient un peu plus des deux tiers (70%) des réserves mondiales de phosphates.

Alors que la croissance mondiale devrait ralentir à 2,5% en 2026, la dégradation des perspectives économiques mondiales ne place pas tous les pays sur un pied d’égalité. Importateur net d’énergie, le Maroc bénéficie néanmoins de la flambée des prix des engrais, un levier qui, selon la Banque mondiale, renforce ses recettes d’exportation et amortit une partie du choc énergétique mondial.

Le 11/06/2026 à 16h53

Le dernier rapport Global Economic Prospects de la Banque mondiale dessine le portrait d’une économie mondiale entrée dans une nouvelle phase d’incertitude. Après une croissance de 2,9% en 2025, l’activité mondiale devrait ralentir à 2,5% en 2026, avant de se redresser progressivement à 2,8% en moyenne sur la période 2027-2028.

À l’origine de cette dégradation figure le conflit au Moyen-Orient, qui a provoqué une forte perturbation des marchés énergétiques mondiaux. La Banque mondiale anticipe une hausse de 22% de l’ensemble des matières premières en 2026 et surtout une progression de 36% du prix du pétrole par rapport à 2025.

Cette poussée inflationniste pèse particulièrement sur les économies importatrices d’énergie, dont le Maroc fait partie. Pour ces pays, la hausse des coûts énergétiques agit comme une taxe extérieure qui réduit le pouvoir d’achat, accroît les besoins de financement et détériore les balances courantes.

Les conséquences du choc sont particulièrement visibles dans la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan (MNA). Après une croissance estimée à 4% en 2025, la région ne devrait progresser que de 1,6% en 2026, avant de rebondir à 5% en 2027.

Dans ce contexte régional difficile, la situation du Maroc se distingue par la présence d’un mécanisme de compensation que peu d’économies de la région possèdent.

La Banque mondiale souligne explicitement que la hausse des prix des engrais devrait soutenir les recettes d’exportation du Maroc et contribuer à compenser l’impact négatif de l’augmentation des prix des importations.

Cette observation est loin d’être anodine. Elle traduit l’évolution profonde du modèle économique marocain au cours de la dernière décennie. Le Royaume n’est plus seulement un exportateur de phosphate brut. Il s’est progressivement imposé comme un acteur majeur de l’industrie mondiale des engrais, un segment à plus forte valeur ajoutée et davantage connecté aux enjeux de sécurité alimentaire.

Autrement dit, alors que la hausse du pétrole constitue un choc négatif pour le Maroc, la flambée des engrais agit comme un amortisseur économique.

Une croissance marocaine soutenue par plusieurs moteurs

Cette résilience ne repose toutefois pas uniquement sur le phosphate. Les éléments du rapport consacrés au Maroc mettent également en avant plusieurs secteurs qui continuent de soutenir l’activité nationale.

Le premier demeure naturellement la filière des phosphates et des engrais, dont la contribution à la balance commerciale prend une importance croissante dans un contexte de volatilité des matières premières.

Le deuxième moteur réside dans les exportations industrielles plus largement, qui bénéficient depuis plusieurs années de la diversification progressive de l’appareil productif marocain et de son intégration aux chaînes de valeur internationales.

Le tourisme constitue également un facteur de soutien important. Même si la Banque mondiale souligne que certaines économies de la région pourraient subir des perturbations dans ce domaine en raison des tensions géopolitiques, le Maroc continue de disposer d’un positionnement relativement favorable grâce à sa stabilité institutionnelle et à son attractivité croissante.

Ainsi, les investissements réalisés dans les infrastructures, les énergies renouvelables et les capacités industrielles renforcent progressivement la résistance de l’économie marocaine aux chocs extérieurs.

Pour autant, le rapport de la Banque mondiale invite à éviter tout excès d’optimisme. Le Maroc reste un importateur net d’hydrocarbures et demeure exposé à la volatilité des marchés énergétiques mondiaux.

L’institution souligne que la hausse des prix des importations ainsi qu’un ralentissement potentiel des transferts extérieurs pourraient contribuer à l’élargissement du déficit courant en 2026.

Cette réalité rappelle que la performance des exportations de phosphate ne saurait constituer une solution permanente. Elle souligne au contraire l’importance stratégique des politiques engagées dans le développement des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique et des infrastructures destinées à réduire la dépendance aux importations de combustibles fossiles.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 11/06/2026 à 16h53