Face à l’urgence climatique, de nombreux gouvernements utilisent la tarification directe du carbone (taxe ou système d’échange de quotas) pour créer une incitation économique à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). Selon le rapport State and Trends of Carbon Pricing 2026 de la Banque mondiale, 87 instruments, en vigueur dans 47 pays, couvrent désormais 29% des émissions mondiales de GES.
Dans cette dynamique globale, le Maroc a apporté sa contribution en mettant en place une taxe carbone nationale entrée en vigueur en 2026, relève le rapport. Le Royaume participe également aux mécanismes internationaux de l’article 6.2 de l’Accord de Paris, en autorisant des projets de crédits carbone sur son territoire, ajoute-t-il. Une double avancée qui inscrit le Maroc dans la tendance mondiale d’un usage croissant de la tarification du carbone.
Le rapport, dont la date de collecte des données s’arrête au début d’avril 2026, note que le Maroc, en mettant en place une taxe dédiée, rejoint d’autres pays comme la Mauritanie, le Japon, l’Inde ou le Vietnam, qui ont également lancé ou rendu obligatoire un instrument de tarification du carbone au cours des douze derniers mois.
La Banque mondiale relève que, contrairement à d’autres pays qui ont choisi un système ETS, le Maroc a opté pour une taxe carbone, un choix partagé par d’autres pays africains comme la Mauritanie, le Nigeria et l’Afrique du Sud. La différence principale réside dans le mécanisme: la taxe carbone fixe le prix du carbone et laisse le marché déterminer les volumes d’émissions, tandis que l’ETS, système d’échange de quotas d’émission, fixe le volume maximal d’émissions et laisse le marché fixer le prix.
L’instauration d’une taxe carbone au Maroc intervient dans un environnement international où les prix du carbone et les instruments de régulation évoluent rapidement. Dans l’Union européenne (UE), le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) est entré en vigueur à partir du 1er janvier 2026, s’appliquant, dans un premier temps, uniquement à certaines marchandises dites «simples», fortement exposées au risque de fuite de carbone. Il s’agit de l’acier, du ciment, de l’aluminium, des engrais azotés, de l’hydrogène et de l’électricité.
De grands enjeux commerciaux
Ce mécanisme réglementaire a poussé de nombreux partenaires commerciaux de l’UE, dont le Maroc, plus de 70% des exportations marocaines étant destinées au marché communautaire, à concevoir leurs propres instruments.
Et pour cause. «Si l’intensité des émissions d’un pays dépasse celle des producteurs européens, ses exportations perdent en compétitivité sur le marché de l’UE. Inversement, une intensité d’émissions inférieure à celle des producteurs de l’UE peut renforcer la compétitivité des exportations d’un pays», souligne la Banque mondiale.
L’impact est certes limité à court terme, puisque seuls 3 à 4% des exportations marocaines sont directement concernés dans un premier temps. Toutefois, d’ici 2030, plus de 10% des exportations pourraient être taxées, représentant un manque à gagner potentiel de 6 milliards de dirhams, selon une étude de BMCE Kapital Global Research. Les secteurs du textile et de l’agroalimentaire seront exposés dès 2027-2028, tandis que l’automobile et l’acier «vert» sont mieux préparés.
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Le Maroc peut même tirer profit de ce mécanisme de l’UE. En effet, selon un rapport du Fonds monétaire international (FMI), l’intégration du Maroc au système européen d’échange de quotas d’émission pourrait générer 8 milliards de dollars de recettes d’ici 2030, soit plus de 3% du PIB. Grâce à des coûts de réduction du carbone plus faibles qu’en Europe, le Royaume peut devenir une plateforme industrielle décarbonée compétitive.
Le Maroc peut, à cet effet, capitaliser sur deux atouts majeurs. Le premier est la proximité géographique avec l’Europe, qui réduit l’empreinte carbone du transport. Le deuxième est la montée en puissance des énergies renouvelables, solaire et éolien, qui améliore le bilan carbone des productions marocaines.



