Portrait. Derrière le phénomène «Bo9al», un rappeur qui sait parler à la jeunesse

Bo9al, rappeur casablancais.

Dans son quartier comme sur la scène de L’Boulevard, BO9AL avance avec le même réflexe: rester proche des siens. Révélé par «Tarabin Taraba», le rappeur casablancais, de son vrai nom Abderrahmane, multiplie depuis les projets sans jamais s’enfermer dans un seul style. Son dernier album, «Tornado», est à son image: un concentré d’énergie porté par un artiste constamment en mouvement, dans sa vie comme sur scène. Portrait.

Le 03/10/2026 à 19h20

C’est dans le quartier d’El Oulfa, à Casablanca, que le jeune Abderrahmane, aujourd’hui connu sous le nom de Bo9al, fait ses premières armes. En 2021, il est encore étudiant en génie industriel et passionné de rap. À l’époque, pour s’offrir une séance d’enregistrement en studio, il lui arrive de se priver de repas. Puis l’un de ses freestyles, «Tarabin Taraba», devient viral et accélère sa trajectoire.

Depuis ses 20 ans, Bo9al avance sans mode d’emploi, enchaînant les projets, les sonorités et les univers. De «Sbitar» à «Dracula», jusqu’à «Tornado», son dernier projet, le rappeur construit progressivement son identité. Brut, porté par l’énergie de la rue, son rap trouve rapidement son public. Sa popularité, il l’explique notamment par cette proximité avec une jeunesse dont il dit partager le quotidien.

Face à son public, Bo9al ne joue d’ailleurs pas la carte de l’artiste inaccessible. Petite ou grande scène, il se donne avec la même énergie, fidèle à une attitude qui le caractérise: décontractée, spontanée et directe.

Dans ses morceaux, le rappeur donne voix à une jeunesse qui ne trouve pas toujours les mots pour raconter ce qu’elle traverse. Mélancolie, frustrations, excès, sentiment de répression, difficultés du quotidien: son univers fait une place à ce qui dérange autant qu’à ce qui rassemble. Une liberté de ton à laquelle son public est particulièrement sensible. Chadi, l’un de ses fans, voit ainsi en Bo9al bien plus qu’un rappeur racontant son propre vécu: un artiste capable de mettre des mots sur les états d’âme de toute une génération.

Et puis il y a cette volonté constante de se réinventer. Bo9al n’est pas de ceux qui déclinent indéfiniment la même recette. Il explore, change d’ambiance, expérimente de nouvelles sonorités et laisse son univers évoluer au fil des projets. Pour Chadi, c’est précisément cette capacité à se renouveler qui le distingue. «BO9AL ne reste jamais enfermé dans un seul style ou dans un seul mood. Il cherche constamment à renouveler son univers. Et surtout, il ne donne pas l’impression de courir uniquement derrière les streams», souligne-t-il.

Une démarche qui, selon lui, privilégie la connexion avec le public plutôt que la seule recherche de performance: toucher ceux qui se reconnaissent dans ce qu’il raconte et dans les émotions qu’il met en musique.

Pour sa part, Chama, également fan du rappeur, salue sa capacité à innover. «Sa musique est vraiment novatrice. Il a introduit la drill, un genre très populaire aux États-Unis, en lui apportant une touche marocaine», estime-t-elle. Elle souligne également le soin accordé à l’univers visuel de l’artiste: «Ses clips à gros budget ont lancé de nombreuses tendances. C’est un artiste particulièrement avant-gardiste, qui fait preuve d’une grande intelligence artistique, malgré l’image de “chemkar” qu’il cultive.»

À 25 ans et après cinq années de carrière, Bo9al n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. Sur la scène de L’Boulevard, le rappeur casablancais a d’ailleurs confié vouloir continuer à rapper pendant encore de longues années, voire jusqu’à ses 40 ans, à l’image de Snoop Dogg. Une déclaration qui résume assez bien sa philosophie: poursuivre l’aventure aussi longtemps que l’envie et la passion seront au rendez-vous.

Par Ryme Bousfiha
Le 03/10/2026 à 19h20