777YM x Abidat Rma: avec «Zidou», deux générations de la musique marocaine se rencontrent

777YM, rappeur et producteur (A.Gadrouz/Le360).

EntretienÀ première vue, la rencontre entre 777YM et Abidat Rma a de quoi surprendre: d’un côté, une figure montante de la nouvelle scène rap marocaine; de l’autre, un groupe emblématique du patrimoine musical national. Mais derrière «Zidou», bien plus qu’un simple dialogue entre les genres, se dessine une histoire de famille, de transmission et d’ambition. Rencontre avec Youssef Madoud, jeune artiste qui refuse de rentrer dans les cases.

Le 20/09/2026 à 18h07

Il s’appelle Youssef Madoud, mais la scène rap le connaît sous le pseudonyme de 777YM, clin d’œil au chiffre porte-bonheur et à sa date de naissance, un 7 septembre. À tout juste 25 ans, ce producteur, ingénieur du son, compositeur et rappeur, pleinement ancré dans la génération Z, cultive un univers qui échappe aux cases. Avec «Zidou», son nouveau projet réalisé en collaboration avec le mythique groupe Abidat Rma, il jette un pont entre sonorités urbaines et patrimoine musical marocain, tout en racontant une histoire profondément personnelle. Pour Le360, le jeune artiste revient sur cette aventure humaine et musicale, la construction de son identité artistique et sa vision d’une scène marocaine affranchie des codes.

Le360: comment définiriez-vous aujourd’hui l’univers de 777YM?

777YM: je ne pense pas qu’il y ait vraiment un mot pour définir mon univers. Aujourd’hui, je peux être heureux, travailler sur un morceau joyeux et, le lendemain, ne pas être bien et faire un morceau plus sombre, plus mélancolique. Je travaille beaucoup en fonction de mon état d’esprit. Il n’y a donc pas un seul mot qui puisse vraiment définir ce que je fais.

Vous avez commencé avec le rap et les freestyles avant d’aller vers des morceaux plus mélodiques. Qu’est-ce qui a provoqué cette évolution?

Ce changement est venu après une expérience que j’ai vécue aux Émirats arabes unis. Ce n’était pas la meilleure période de ma vie. J’étais souvent seul, avec moi-même et mes pensées. C’est de là qu’est né d’ailleurs «Khalini Bouhdi», le premier morceau vraiment mélodique que j’allais chanter. Je pense que cette expérience a fait ressortir une facette plus triste et mélodique de ma personnalité.

À quel moment avez-vous compris que les sonorités marocaines pouvaient devenir une véritable signature artistique?

Depuis le début, je pense. Comme tout Marocain, j’ai grandi avec la musique marocaine. Enfant, j’en écoutais énormément, notamment avec ma mère, et elle me fascinait déjà. Lorsque j’ai décidé de devenir producteur, intégrer ces sonorités à ma musique s’est donc fait naturellement, sans avoir à forcer les choses.

N’avez-vous jamais eu peur que ce mélange avec le chaâbi puisse vous décrédibiliser auprès du public rap?

Je pense que ceux qui estiment que le rap ne doit pas se mélanger au chaâbi ou à d’autres genres ne comprennent pas vraiment la musique. Si, par exemple, Kanye West avait collaboré avec Michael Jackson de son vivant, ces mêmes personnes auraient probablement été les premières à applaudir. Pour moi, il y a donc une certaine hypocrisie dans ce discours.

Parmi tant d’artistes, pourquoi avez-vous pensé à Abidat Rma pour cette collaboration?

Je pense que, pour ceux qui me suivent, c’était presque une suite logique. Ce n’était qu’une question de temps. Dès mes premiers morceaux, on pouvait imaginer qu’un jour, je ferais un featuring avec un artiste chaâbi. Un jour, alors que je travaillais en studio avec un ami et que nous écoutions des prods, il m’a lancé: «Pourquoi pas un featuring avec Abidat Rma?» Je leur ai aussitôt envoyé un morceau et ils ont accepté. L’idée est née comme ça, au détour d’une discussion, et a finalement donné naissance à ce titre.

Vous avez tourné le clip dans la maison familiale où Abidat Rma s’était produit lors du mariage de vos parents. Qu’est-ce que ce tournage représentait pour vous?

Le morceau avait déjà une dimension très particulière pour moi et ma famille. Alors, imaginez leur réaction lorsque je leur ai annoncé qu’Abidat Rma allait revenir dans la maison familiale, cette fois pour tourner un clip avec moi! Je ne peux même pas vous décrire l’ambiance ce jour-là. Tout le quartier était en effervescence, la porte de la maison était grande ouverte, on aurait dit qu’on célébrait un mariage. Les voisins venaient me demander: «Qui se marie?» Et moi, je leur répondais: «Personne, on tourne un clip avec Abidat Rma!»

Ma famille s’est aussi énormément investie. Dès que la nouvelle s’est répandue, tout le monde s’est mobilisé: petit-déjeuner, déjeuner, dîner… Chacun voulait participer, donner un coup de main et contribuer au tournage.

Et comment s’est passée la première rencontre entre vos deux générations en studio?

Je n’ai justement pas ressenti cette différence de génération. Une fois en studio, c’était comme si les âges s’effaçaient. Nous étions simplement des musiciens qui parlaient de musique. J’ai énormément appris à leurs côtés, notamment de leur manière de travailler et de leur patience. Humainement comme musicalement, c’était une très belle expérience.

Vous dites avoir beaucoup appris d’eux. Qu’est-ce que vous pensez qu’ils ont pu apprendre de vous?

Habituellement, quand je travaille avec des artistes de ma génération, je dois parfois expliquer certains concepts musicaux. Alors qu’avec Abidat Rma, il me suffisait de dire le premier mot et ils comprenaient immédiatement ce que je voulais dire. Je ne sais donc pas vraiment si je leur ai apporté quelque chose. Au contraire, j’étais constamment impressionné et je me répétais qu’ils s’y connaissaient tellement en musique.

Pensez-vous que la nouvelle génération marocaine assume davantage son identité culturelle qu’auparavant?

Je pense que cela commence vraiment maintenant. Nous sommes justement en train de dépasser cette idée selon laquelle il serait «hchouma» de mélanger le rap au chaâbi ou, plus largement, à notre patrimoine musical. On voit d’ailleurs de plus en plus de collaborations: Don Bigg avec Senhaji et Stati, Benny Adam avec Khadija El Warzazia, Draganov avec Hajib… et maintenant 777YM avec Abidat Rma. Le mouvement est lancé, et j’espère qu’il y en aura encore beaucoup d’autres.

Votre morceau s’intitule «Zidou». Et vous, Youssef, de quoi avez-vous envie de plus aujourd’hui?

Ce n’est pas vraiment un besoin, mais plutôt une envie: celle de progresser. Comme tout artiste, j’ai envie de devenir meilleur et de toujours faire mieux. «Zidou», c’est un peu une injonction que je m’adresse à moi-même: continuer, avancer et placer la barre plus haut à chaque fois. Le prochain morceau doit être meilleur que celui-ci. C’est cette envie constante de progresser qui est derrière le titre.

Par Ryme Bousfiha et Adil Gadrouz
Le 20/09/2026 à 18h07