Sonia Noor, chanteuse: «Aujourd’hui j’ai envie de raconter des histoires qui fédèrent et qui apaisent»

Sonia Noor, chanteuse et compositrice (A.Gadrouz/Le360).

Le 10/08/2026 à 10h12

VidéoRévélée au grand public lors de son passage dans «La Nouvelle Star», remarquée sur des scènes comme Visa For Music ou Jazzablanca, Sonia Noor trace depuis près d’une décennie une trajectoire unique. Auteure, compositrice, interprète et productrice, l’artiste marocaine construit une œuvre où la pop contemporaine dialogue avec le patrimoine, les langues et les émotions. Après «Dawini», un album introspectif autour de la guérison, elle a récemment sorti «Hafla», un morceau solaire qui célèbre la transmission, la famille et le vivre-ensemble. Pour Le360, elle revient sur son parcours, sa manière d’écrire et son désir de raconter des histoires qui apaisent. Interview.

Depuis ses débuts, Sonia Noor refuse de choisir entre modernité et héritage. Celle qui chante en arabe, en français, en anglais et en espagnol façonne une pop sensible où chaque chanson porte un message avant d’être un simple refrain. Qu’il s’agisse de ses premiers singles, de son album «Dawini», de sa prestation comme voix narratrice de la cérémonie d’ouverture de la CAN 2025 ou de son nouveau titre «Hafla», la chanteuse poursuit une même ambition: faire de la musique un espace de transmission. Dix ans après ses premiers pas sous les projecteurs, l’artiste revendique un univers profondément ancré dans le patrimoine marocain, tout en s’adressant à une génération ouverte sur le monde.

Le360: avec le recul, quel regard portez-vous sur le chemin parcouru pour devenir l’artiste que vous êtes aujourd’hui?

Sonia Noor: je pense qu’une démarche artistique, qu’il s’agisse de musique ou de toute autre forme d’art, est avant tout un cheminement intérieur. C’est une quête d’identité, faite de questionnements et d’une recherche permanente de sens. J’ai traversé de nombreuses étapes qui m’ont permis de mieux me connaître. Il y a aussi eu des rencontres déterminantes. J’ai eu la chance de croiser des personnes extraordinaires qui m’ont fait grandir, tant sur le plan humain qu’artistique. Au fond, ce sont toutes ces expériences, ces doutes et ces échanges qui ont façonné la femme et l’artiste que je suis aujourd’hui.

Vous êtes à la fois auteure, compositrice et interprète. Lorsqu’une chanson prend forme, naît-elle d’abord des mots ou de la musique?

Presque toujours par un message. Les paroles sont essentielles pour moi. Elles servent à dénoncer une injustice, défendre une cause ou transmettre des valeurs qui me tiennent à cœur. Dans la majorité des cas, tout part d’une phrase ou d’une idée qui tourne dans ma tête. Ensuite seulement vient la mélodie. Je travaille beaucoup avec mon co-compositeur Hicham Benseghir, qui trouve les arrangements capables de mettre le message en lumière.

Après «Dawini», qui chante la guérison, vous revenez avec «Hafla», un titre placé sous le signe de la célébration. Est-ce une manière de dire qu’après la pluie vient le beau temps?

Oui, mais je dirais surtout que les deux coexistent. Même dans la pluie, il y a du beau temps, et inversement. «Hafla» est une chanson joyeuse, mais je suis quelqu’un de profondément nostalgique. J’ai parfois de la nostalgie pour des choses que je n’ai même pas vécues. Pour moi, la joie et la mélancolie sont les deux faces d’une même pièce.

Dans le clip, on a presque l’impression que la véritable fête se joue dans les préparatifs et les moments partagés avec les proches, bien plus que dans la célébration elle-même...

C’est intéressant que vous le ressentiez ainsi. Pour moi, la Hafla est avant tout une émotion. C’est le fait de retrouver les siens, d’être ensemble dans un espace où l’on se sent en sécurité. C’est célébrer la vie, les grandes étapes comme les petites victoires du quotidien. Il y a aussi toute cette dimension de la transmission. Quand je vais à un mariage, par exemple, je vais naturellement chercher un caftan dans l’armoire de ma mère. Ce geste raconte déjà une histoire. Toute cette préparation fait partie de la fête.

En écoutant «Hafla», on a immédiatement envie de danser. À l’inverse, quelle est la chanson qui vous donne systématiquement envie de vous lever et de faire la fête?

Sans hésiter, «Suavemente» d’Elvis Crespo. C’est une chanson qu’on passait dans tous les mariages. Je n’ai jamais pu y résister.

Et la plus belle fête de votre vie?

Le mariage de ma sœur. Toute notre famille était réunie et nous sortions d’une période assez difficile. Cet événement est arrivé comme un immense soulagement. Je me souviens avoir pleuré, ri et dansé en même temps. Ce sont des émotions très rares, mais incroyablement fortes.

En dehors de la scène, qui est la femme derrière l’artiste?

Je suis une entrepreneure, une exploratrice et une femme qui essaie simplement de trouver sa place tout en gardant son système nerveux le plus apaisé possible. Je suis très attachée à ma famille, même s’il n’est pas toujours facile de concilier une vie professionnelle intense avec le temps que l’on aimerait consacrer à ses proches. Et puis, j’adore voyager, autant à l’extérieur qu’à l’intérieur de moi-même.

Vous avez prêté votre voix à la cérémonie d’ouverture de la CAN 2025. Quel souvenir gardez-vous de cette expérience?

Une immense fierté. C’était une cérémonie spectaculaire, profondément ancrée dans notre patrimoine tout en étant très innovante. J’ai eu la chance de travailler avec des équipes marocaines et internationales d’un niveau exceptionnel. Quand je traverse des périodes de doute, je fais parfois la liste des plus beaux moments de ma vie. Cette expérience fait clairement partie du top cinq.

Dix ans après vos débuts, vous racontez désormais le Maroc à travers ses traditions, ses émotions et son patrimoine. Quelles histoires rêvez-vous encore de raconter?

Il y en a énormément. Mais si je devais résumer ce qui me passionne le plus, je dirais que c’est le fait de raconter des histoires. Elles accompagnent les êtres humains tout au long de leur vie, de l’enfance à l’âge adulte. J’ai eu la chance de travailler avec des enfants dans l’éveil musical, et cela m’a rappelé à quel point les histoires peuvent transmettre des valeurs, créer du lien et ouvrir de nouveaux horizons.

Aujourd’hui, j’ai envie de raconter des histoires qui fédèrent, qui apaisent, qui dénoncent parfois, mais qui laissent toujours une place à l’espoir. Nous vivons une époque où les fractures sont nombreuses. Si ma musique peut contribuer, même modestement, à rassembler les gens, alors j’aurai réussi quelque chose.

Par Ryme Bousfiha et Adil Gadrouz
Le 10/08/2026 à 10h12