Au Borj Bab Marrakech, l’après-midi commence par la danse. Lors de notre passage, des enfants s’initient au breaking, puis au hip-hop et à la house, dans le cadre du Dance Camp du MOGA OFF. Ils sont «plus d’une trentaine», selon les organisateurs de l’atelier.
En fin d’après-midi, la médina prend le relais. Devant Dar Souiri, point de départ de Tales of the Medina, un acteur rassemble le public avant de le conduire à travers la vieille ville, où chaque étape est l’occasion de raconter Essaouira.
Le soir venu, la musique électronique gagne les lieux de nuit. Le programme prévoit le concert d’ouverture à la Sqala de la Kasbah et des DJ sets dans plusieurs établissements de la ville; nous avons assisté à celui du Shift Collective, à La Coupole. Le dernier set de la journée s’achève à 3h00 du matin.
Danse, récit patrimonial, platines: en une journée, le festival change plusieurs fois de décor. Pour Ilias Drissi, 23 ans, Souiri, fondateur d’Enjoy Essaouira et «amoureux du MOGA», c’est ce qui caractérise cette période: «Même avant le vrai MOGA Festival, le MOGA IN, on retrouve de la musique partout dans la ville, des gens qui s’ambiancent.»
Un festival dispersé dans la ville
Le programme du mercredi 30 septembre donne la mesure du dispositif: vingt-sept activités, réparties dans dix-sept lieux, de 10h00 à 3h00 du matin. Le festival principal, le MOGA IN, se tiendra ensuite à l’hôtel du Golf. D’ici là, les soirées du MOGA OFF se tiennent, selon Ilias Drissi, dans les lieux les plus fréquentés d’Essaouira.
Cette dispersion ne concerne pas seulement les soirées. Le programme place sur le même plan des lieux de nuit, une place publique, la place Moulay Hassan, la Sqala de la Kasbah et un circuit dans la médina. Les rendez-vous se chevauchent: à 17h00, quatre activités débutent au même moment, dans quatre lieux différents.
Les DJ sets restent néanmoins le fil continu de la journée: sept sont programmés dans autant de lieux, du début d’après-midi jusqu’à 3h00. Ilias Drissi cite, parmi les adresses investies par le MOGA OFF cette année, Le Taros, Dar Baba et la Villa Nour, où se produit le collectif français Sect Sound System. Il décrit des programmations réunissant «des dizaines de DJ pendant certaines soirées».
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La programmation dépasse largement la musique électronique. Aux DJ sets, le programme associe notamment du yoga, des sessions de surf et un atelier de cuisine consacré au msemmen. Certains intitulés renvoient explicitement à la culture locale, à l’image du Gnaoua Soul Brunch.
Le Dance Camp illustre cette ouverture. Il est encadré par Swira Breaking Jam, un festival hip-hop international qui a réuni cette année «plus de 5.000 personnes» autour de la danse, du DJing et du MCing, selon Ivy, 26 ans, membre fondateur, installé à Essaouira depuis cinq ans. Le camp se décline en trois ateliers consacrés au breaking, au hip-hop et à la house, ouverts aux débutants comme aux danseurs confirmés. Sa présentation le décrit comme un espace pour apprendre, se rencontrer et s’exprimer.
Après les enfants le mercredi, une session pour adultes était prévue le lendemain. C’est la première participation de l’association au MOGA, qui l’a sollicitée pour organiser ce camp.
La masterclass Behind the DJ, organisée au Mega Loft, déplace quant à elle le regard de la piste vers les coulisses. Elle réunit des professionnels du secteur autour de la constitution des collectifs, de la promotion des artistes et du passage d’un statut d’artiste émergent à une carrière durable. Là où le DJ set s’adresse au public, la masterclass porte sur le fonctionnement de la scène elle-même.
Interrogé sur le reste de la programmation, Ivy cite néanmoins le yoga, le sound healing ou «soin par le son», des activités de DJing et des formations. «Le MOGA OFF est vraiment rempli cette année», estime-t-il, avant de conclure que «tout le monde devrait s’y retrouver, petits comme grands».
Découvrir Essaouira par le festival
Chloé, 25 ans, n’était pas venue à Essaouira pour le MOGA. En voyage au Maroc avec des amis, elle s’y est arrêtée quelques jours pour rendre visite à son oncle, qui habite la ville. C’est sur place, raconte-t-elle, que le groupe a découvert le festival.
Celui-ci l’intéresse: il représente pour elle «l’occasion de découvrir un événement très riche culturellement, que ce soit en musique ou en ateliers», dans une démarche qu’elle résume ainsi: «C’est vraiment pour de la découverte.»
Dans son récit, la découverte du festival et celle de la ville vont de pair. «Je trouve que c’est encore plus enrichissant dans une ville qu’on ne connaît pas», explique-t-elle. Son cas montre que le MOGA OFF peut aussi toucher des visiteurs venus pour d’autres raisons, pour qui la programmation accompagne la découverte de la ville.
Pour les organisateurs interrogés, la question du public local est centrale. Ivy rappelle que «le MOGA, de base, c’est un festival électro destiné à une audience d’adultes», qui «vient souvent de l’extérieur d’Essaouira». D’où, selon lui, la nécessité d’activités ouvertes aux habitants: «Je pense que c’est essentiel à Essaouira d’avoir des activités pendant le MOGA qui puissent s’ouvrir à la population, aux jeunes, aux moins jeunes et que tout le monde puisse s’y retrouver, parce que c’est quand même un gros festival qui fait venir beaucoup de monde, qui déploie beaucoup de moyens.» C’est dans cette dynamique, Ivy ajoute, que l’association a décidé de participer au MOGA cette année.
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Ilias Drissi, qui qualifie Essaouira de «ville de cœur», dit vouloir y «faire des choses». Il explique apprécier de «pouvoir faire à la fois des workshops de danse avec les enfants, avec les adultes et puis pas mal de soirées aussi».
Pour Mourad, commerçant et habitant d’Essaouira, le festival ne perturbe pas l’activité commerciale. «La différence pendant le MOGA, c’est qu’il y a plus de touristes», observe-t-il. Il rappelle que la ville reçoit déjà de nombreux touristes étrangers en hiver et que l’été voit arriver beaucoup de visiteurs marocains.
Au terme de cette journée, le MOGA OFF se présente d’abord comme une extension du festival dans l’espace de la ville: des enfants au Borj Bab Marrakech, un récit conté dans la médina, des DJ sets jusqu’à 3h00 du matin. Pour ses organisateurs, l’enjeu est d’ouvrir l’événement à la population tandis que pour Chloé, il accompagne la découverte d’une ville qu’elle ne connaissait pas.




