Parmi les temps forts de la première édition de Photo Tanger figure l’exposition «L’appel au large», confiée pour la première fois à un commissaire issu du monde littéraire. Romancier et poète, Kebir Mustapha Ammi a construit cette sélection aux côtés du directeur artistique Brahim Alaoui, fin connaisseur de la scène artistique marocaine. Entre émotion de la découverte, richesse de la photographie marocaine et réflexion sur la rencontre entre l’œuvre et son public, l’écrivain revient pour nous sur cette expérience inédite, sans oublier son actualité littéraire, marquée par la parution récente du recueil de poèmes «Chant pour l’Afrique et les continents qui n’ont pas peur».
L’exposition «L’appel au large» est à découvrir jusqu’au 30 août 2026 à la galerie Mohamed Drissi.
Le360: Comment avez-vous abordé la sélection des œuvres et comment avez-vous vécu cette première expérience de commissaire d’exposition?
Kebir Mustapha Ammi: Pour le choix des œuvres et des artistes, tout s’est fait en collaboration avec Brahim Alaoui, qui a une connaissance très fine de ce qui se fait dans le domaine de l’art, aussi bien en peinture qu’en photographie. Nous avons mené ce travail en concertation.
Quant à cette première expérience en tant que commissaire d’exposition, je l’ai vécue avec beaucoup de bonheur et d’émotion. C’était pour moi une véritable découverte, à la fois de l’univers de la photographie et de l’aventure que représentait la naissance de ce festival, puisqu’il s’agissait de sa toute première édition.
Plusieurs écrivains se sont tournés vers la peinture à un moment de leur parcours. Vous imaginez-vous, un jour, devenir photographe?
Très honnêtement, à ce jour, cela ne m’a jamais traversé l’esprit, ni même effleuré les sens. Mais on ne sait jamais ce que l’avenir réserve. Il ne faut jamais dire jamais. Pour l’instant, la littérature, dans sa dimension romanesque et poétique, me suffit amplement. J’y trouve un espace d’expression qui me comble pleinement, c’est donc à elle que je consacre toute mon énergie.
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Parmi les œuvres présentées dans l’exposition, lesquelles vous ont le plus marqué, et qu’est-ce qui vous a particulièrement touché chez leurs auteurs?
Plusieurs photographes étaient présents lors de ce festival. Il y a énormément de talents, de très belles œuvres, et l’ensemble est d’une grande qualité. Bien sûr, certaines œuvres retiennent particulièrement l’attention, mais je préfère laisser au public le soin de découvrir par lui-même toute la richesse de la photographie marocaine. On ne mesure pas toujours à quel point elle est foisonnante.
Je pense notamment aux photographes marocains de la diaspora. Leurs œuvres sont extraordinaires. Elles nous permettent de redécouvrir le Maroc à travers un regard venu d’ailleurs, un regard intime, nourri de la mémoire de leurs parents et de leurs grands-parents. J’ai été particulièrement frappé par cette ouverture sur le monde. C’est une richesse dont il faut se réjouir.
Vous avez évoqué le rôle de l’artiste, qui est selon vous d’inquiéter. Mais celui qui reçoit l’œuvre n’a-t-il pas, lui aussi, pour rôle de s’interroger?
Bien évidemment. Une œuvre d’art n’existe pleinement que lorsqu’elle rencontre son public, qu’il s’agisse d’un amateur de musique, de cinéma, de littérature ou de photographie. Tant que cette rencontre n’a pas lieu, elle demeure, d’une certaine manière, inachevée.
Lorsque cette rencontre se produit, celui qui reçoit l’œuvre est naturellement amené à s’interroger. C’est la nature même de l’art. Ces interrogations ne relèvent pas uniquement de l’intellect. Elles naissent aussi des émotions, qui, elles aussi, suscitent des questions.
«Comment faire comprendre au public qu’il est en train de passer à côté d’une formidable occasion, d’un émerveillement que rien ne peut remplacer?»
— Kebir Mustapha Ammi, écrivain.
On se trouve alors face à un univers complexe façonné par un artiste, un univers fait d’émotions, de sensualité, mais aussi d’abstraction. Et c’est précisément cette complexité qui nous interroge.
Pour s’interroger, encore faut-il aller à la rencontre de l’œuvre. Or, force est de constater que les galeries sont souvent vides… Comment l’expliquez-vous?
En matière de communication, il faut sans doute faire davantage pour sensibiliser le grand public. Comment lui faire comprendre qu’il est en train de passer à côté d’une formidable occasion, d’un émerveillement que rien ne peut remplacer?
Il faut espérer que les médias, qu’il s’agisse de la presse écrite, de la télévision ou d’autres supports, viennent soutenir le travail colossal accompli par les organisateurs. Grâce à eux, nous avons l’occasion de découvrir des œuvres et des regards absolument fabuleux.
Travaillez-vous actuellement sur un nouveau roman?
Forcément, car un écrivain ne sait faire qu’écrire, comme le boulanger ne sait faire que le pain. J’ai naturellement besoin d’écrire, mais je viens de publier un recueil de poèmes: «Chant pour l’Afrique et les continents qui n’ont pas peur», divisé en plusieurs chants.




