Festival Photo Tanger: c’est parti pour la première édition!

Lors de l'ouverture du festival Photo Tanger. (S.Kadry/Le360)

Le 18/06/2026 à 07h55

VidéoLe festival Photo Tanger a ouvert mardi sa première édition à la Galerie Mohamed Drissi à Tanger, avec la participation de nombreux critiques, chercheurs et artistes. L’évènement se tient jusqu’au 31 août 2026 dans une quinzaine de lieux culturels et espaces publics à travers la ville du Détroit.

Tanger accueille cet été la première édition de Photo Tanger, le Festival international de l’image, du 16 juin au 31 août 2026. Seize expositions investissent galeries, musées et espaces publics à travers la ville du Détroit, sous le thème «L’appel du large». Entre photographie marocaine contemporaine, hommage à l’héritage visuel de Tanger et mise à l’honneur de l’Espagne, le festival ambitionne de faire de la capitale du Nord un territoire d’expression photographique ouvert sur le monde.

Lors de la conférence de presse qui a précédé la cérémonie d’ouverture à la galerie Drissi, l’équipe artistique a tenu à souligner l’importance de cet événement. La présence de Fouad Laroui, Tahar Ben Jelloun, Brahim Alaoui, Driss El Yazami et Kebir Mustapha Ammi témoignait de la valeur artistique de ce festival, qui compte parmi les premiers rendez-vous spécialisés dans l’art photographique au Maroc.

Le projet est né à l’été 2025 lors d’une rencontre entre amis réunis autour de l’écrivain Tahar Ben Jelloun. Le constat était commun: malgré son dynamisme urbain et économique, Tanger manquait d’un événement culturel fédérateur à la hauteur de son histoire. La Fondation Photo Tanger a été créée pour y répondre. Tahar Ben Jelloun en assure la présidence et Brahim Alaoui la direction artistique. «Photo Tanger, le premier festival international de l’image, rend justice à la ville et à ses histoires. Tanger sera de la fête, renouant ainsi avec sa traditionnelle ouverture sur le large», résume l’écrivain.

La photographie face à la révolution visuelle

Le lancement de Photo Tanger enrichit la scène culturelle marocaine d’un festival d’un genre nouveau. Face à la révolution esthétique que traverse l’art photographique, il devient impératif d’encourager cette pratique singulière à travers laquelle l’artiste propose une vision unique du monde au moyen de l’objectif. La naissance de ce festival représente une véritable opportunité pour les photographes marocains de se rencontrer et d’initier un débat intellectuel constructif sur notre relation à l’image. Celle-ci imprègne désormais notre quotidien et nous transforme chaque jour en êtres visuels évoluant dans des mondes plus virtuels que réels.

Ce festival s’inscrit dans une longue histoire. La photographie à Tanger remonte au XIXe siècle. Dès 1880, des photographes voyageurs font halte dans la ville et des studios s’y installent à partir de 1870. Avec l’instauration du statut international de la ville en 1924, Tanger devient un carrefour d’échanges qui attire écrivains, peintres et photographes du monde entier. C’est dans ce contexte qu’Allal Dfouf fonde son studio en 1938 et réalise le reportage du discours du sultan Mohammed V en 1947.

Créer un festival de photographie au cœur de Tanger reflète en soi une conscience moderne de la valeur de l’espace urbain. La ville regorge d’images, de symboles et de signes que l’artiste tente de condenser à travers la photographie pour les faire émerger à la surface. Tanger est historiquement l’une des cités marocaines les plus attractives pour les créateurs du monde entier, en raison du rôle culturel dynamique qu’elle a joué tout au long du XXe siècle, contribuant à l’émergence de nombreuses expériences artistiques au sein de la culture marocaine.

La première édition a choisi pour thème «L’appel du large», en hommage à cette ville tournée depuis l’Antiquité vers la Méditerranée et l’Atlantique. Ce thème traverse l’ensemble d’une programmation orchestrée par une constellation de commissaires invités qui investissent les principaux lieux artistiques de la ville.

L’exposition phare de cette édition, «Regards des photographes marocains du monde: Exister entre les certitudes du monde», est présentée à la Villa Harris du 18 juin au 31 août. Elle réunit treize photographes marocains dont les trajectoires se déploient entre plusieurs géographies: Aassmaa Akhannouch, Mehdi Ait El Mellali, Mustapha Azeroual, Souki Belghiti, Badr El Hammami, Mounir Fatmi, Yasmine Hatimi, Malik Nejmi, Anass Ouaziz, Mounir Raji, Fatine-Violette Sabri, Zakaria Wakrim et Iman Zaoin. Cette exposition a bénéficié du soutien du Conseil de la Communauté marocaine à l’étranger.

La Fondation pour la photographie présente «Tanger, pourquoi Tanger?» du 16 juin au 31 août, une chronologie de près de cent cinquante ans de photographie tangéroise avec des œuvres de Cecil Beaton, Harry Gruyaert, Nicolás Muller, Gérard Rondeau et Martine Voyeux.

La Galerie Mohamed Drissi accueille trois expositions du 16 juin au 30 août. «L’appel du large» réunit Leila Alaoui, Mohamed El Baz, Youssef Nabil et Yoriyas autour du voyage et de l’imaginaire. «Dialogue Inattendu» met en regard le travail de Hicham Benohoud et Denis Darzacq. Les lauréats du Concours de la Jeune Photographie Marocaine y présentent également leurs séries. Ce concours ouvert aux photographes marocains de 18 à 35 ans a attiré plus d’une centaine de candidats. Le premier prix revient à Louisa Ben pour sa série «Yelli», le deuxième à Ayoub Essayeb pour «Behind the Eyes» et le troisième à Sanae Zaidi pour sa série «Traverser».

À Tanja Marina Bay, Khalil Nemmaoui présente du 17 juin au 31 août sa série «Waiting for Magellan», relecture poétique de l’épopée du navigateur Fernand de Magellan. Yoriyas y déploie également du 17 juin au 30 août une exposition monumentale en plein air.

La Galerie Kent accueille du 17 juin au 31 août «Advenir entre les rivages», consacrée à quatre femmes artistes du monde arabe : Meriem Bouderbala, Amina Benbouchta, Zoulikha Bouabdellah et Fadia Ahmad. La Galerie Dar D’art présente sur la même période «Rachid Ouettassi, l’Arpenteur», portrait photographique de Tanger réalisé par ce natif de la ville qui arpente ses rues depuis plus de deux décennies.

La Galerie Delacroix de l’Institut français de Tanger accueille du 17 juin au 31 août une exposition consacrée à Daoud Aoulad-Syad avec une sélection inédite de photographies en couleur, coproduite par la Fondation Alliances et l’Institut français du Maroc. La Librairie des Colonnes présente «Jamal Mehssani, Edmond, l’Ami», une trentaine de clichés en noir et blanc pris entre 2001 et 2010 au plus près de l’écrivain Edmond Amran El Maleh. La Librairie Les Insolites expose les photographies de Delphine Warin. La Galerie Artingis réunit une collection de photographies anciennes du Maroc de la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle. Le Palais des arts et de la culture accueille «Slow Up/Ralentir», un double regard de Brahim Benkirane et Alexandre Chaplier sur les routes oubliées du Maroc de Tanger à Agadir et de Safi à Oujda.

À travers ces expositions, les artistes partagent avec le public leurs rêves, leurs positions et leurs obsessions, invitant le spectateur à tisser des liens avec les espaces, la mer, les gens et les lieux de la ville, à travers des formes photographiques révélatrices de l’anxiété quotidienne et résolument expérimentales.

L’Espagne à l’honneur

Photo Tanger met chaque année un pays à l’honneur. Pour cette édition inaugurale, l’Espagne s’impose naturellement en raison de ses liens historiques et culturels avec le Maroc. Une exposition consacrée à Isabel Muñoz est présentée à la Galeria Cervantès du 17 juin au 30 août. Un cycle de cinéma espagnol accompagne cette programmation au Cinéma Alcazar chaque jeudi à partir du 25 juin, de Luis Buñuel à Icíar Bollaín.

Les 19 et 20 juin, un cycle de rencontres réunit artistes et professionnels de l’image à la Galerie Kent et à la Galerie Mohamed Drissi autour de quatre thématiques: la décolonisation de l’image, les pratiques photographiques contemporaines, la contribution des photographes marocains du monde et l’avenir de la photographie face à l’intelligence artificielle.

Le Cinéma Alcazar ouvre également ses portes au cinéma tangérois avec la projection de Calle Málaga de Maryam Touzani le 19 juin, de Morjana de Jamal Souissi le 21 juin et de Juanita Narboni de Farida Benlyazid le 20 juin. Des projets pédagogiques menés en partenariat avec le ministère de la Culture, de la Jeunesse et de la Communication initient par ailleurs les jeunes aux pratiques photographiques.

Par Achraf El Hassani, Qods Chabâa et Said Kadry
Le 18/06/2026 à 07h55