Photo Tanger. Jamal Mehssani et Edmond Amran El Maleh: une amitié en images

Jamal Mehssani, écrivain et photographe.

Le 20/06/2026 à 08h11

VidéoDans le cadre du festival Photo Tanger, la librairie Les Colonnes accueille depuis le 18 juin une exposition inédite signée Jamal Mehssani. «Edmond, l’ami» réunit une trentaine de photographies en noir et blanc qui retracent les dix dernières années de la vie d’Edmond Amran El Maleh à travers le regard d’un ami. Un témoignage rare sur l’un des grands écrivains marocains du 20ème siècle.

Inaugurée le 18 juin à la librairie Les Colonnes de Tanger dans le cadre du festival Photo Tanger, l’exposition «Edmond, l’ami» de Jamal Mehssani réunit une trentaine de photographies en noir et blanc réalisées entre 2001 et 2010, durant les dernières années de la vie d’Edmond Amran El Maleh.

Saisies dans l’intimité du quotidien, au domicile de l’écrivain, lors de promenades ou au cours de voyages, ces images témoignent d’une amitié profonde et d’un compagnonnage intellectuel rare. Elles révèlent également une facette plus personnelle d’Edmond Amran El Maleh, grand homme de lettres dont la passion pour la photographie nourrissait un regard particulièrement attentif au pouvoir des images et à leur capacité à préserver la mémoire.

Une amitié documentée

Dans un entretien avec Le360, Jamal Mehssani revient sur les origines de ce projet photographique. «J’ai eu la chance de côtoyer Edmond Amran El Maleh pendant plus d’une décennie, depuis son retour au Maroc en 1999 jusqu’à sa disparition en 2011. La photographie a toujours représenté pour moi une manière de lutter contre l’oubli. Je ressentais le besoin de conserver ces instants, de les transformer en traces durables de notre mémoire collective. C’est pour cela que je le photographiais.»

Un regard singulier

La démarche de Jamal Mehssani se distingue par sa nature profondément intime. Loin du regard d’un photographe mandaté pour documenter une personnalité, elle procède d’une proximité humaine et intellectuelle nouée au fil des années avec Edmond Amran El Maleh. «C’est une situation assez particulière. Je suis un écrivain qui a accompagné un autre écrivain et qui a photographié ces moments de vie. Habituellement, ce travail est celui d’un photographe professionnel. Moi, j’étais constamment à ses côtés, presque comme un membre de sa famille», explique Mehssani.

Une biographie en images

Au-delà de sa dimension affective, l’exposition se présente comme une chronique visuelle des dernières années de la vie d’Edmond Amran El Maleh. Une entreprise que Jamal Mehssani se garde toutefois de confondre avec un portrait exhaustif de l’écrivain. «C’est une sorte de biographie des dix dernières années de sa vie, mais cela ne résume en rien Edmond», précise-t-il.

Mehssani rappelle également la singularité de l’œuvre de l’auteur marocain, dont l’exigence littéraire a parfois limité l’accès auprès du grand public. «Edmond Amran El Maleh était un immense écrivain. Son écriture était exigeante, parfois difficile d’accès, ce qui explique sans doute qu’il n’ait pas été lu à la mesure de son talent. Mais c’est précisément cette complexité qui faisait la richesse et la profondeur de son œuvre», souligne-t-il.

Portrait d’un homme

Au-delà de l’écrivain, Jamal Mehssani évoque le souvenir d’un homme d’une grande générosité, profondément attaché au partage, à la culture et aux causes qu’il défendait. «C’était un fin cuisinier, un bon vivant et un grand philanthrope. Sa maison était un véritable lieu de rencontre où se croisaient artistes, écrivains, peintres et sculpteurs. Avant sa disparition, il avait tenu à ce que les tableaux et les livres qu’il avait réunis tout au long de sa vie soient légués à la Bibliothèque nationale. C’était un grand homme, un grand penseur, profondément engagé en faveur de la cause palestinienne», raconte Mehssani.

À travers ces souvenirs, se dessine le portrait d’une figure intellectuelle majeure, dont l’influence dépassait largement le seul champ littéraire pour s’inscrire dans une réflexion plus vaste sur la culture, la mémoire et les combats de son temps.

Par Qods Chabâa, Achraf El Hassani et Said Kadry
Le 20/06/2026 à 08h11