Festival «Photo Tanger»: Khalil Nemmaoui et Yoriyas croisent leurs regards à la Marina

Entre horizon marin et mémoire collective, Khalil Nemmaoui et Yoriyas exposent leurs regards à ciel ouvert à la Marina de Tanger dans le cadre du festival Photo Tanger. (S.Kadry/Le360)

Le 18/06/2026 à 18h21

VidéoÀ la Marina de Tanger, les regards de Khalil Nemmaoui et de Yoriyas se rencontrent le temps d’une exposition en plein air organisée dans le cadre du Festival international «Photo Tanger». De l’appel de l’horizon aux scènes saisies au fil des rues, les deux photographes composent une traversée visuelle où se mêlent mémoire, territoire et humanité.

Une exposition singulière a ouvert ses portes mercredi 17 juin 2026 dans le cadre du Festival international «Photo Tanger». Installée en plein air sur l’esplanade de la Marina de Tanger, elle réunit les regards de deux photographes majeurs de la scène marocaine contemporaine: Khalil Nemmaoui et Yassine Alaoui Idrissi, plus connu sous son nom d’artiste, Yoriyas. L’inauguration s’est déroulée en présence de nombreux artistes, critiques et amateurs de photographie, venus saluer la qualité de leurs œuvres ainsi que la richesse de leurs univers respectifs.

L’œuvre de Khalil Nemmaoui se distingue avant tout par le rapport singulier qu’elle entretient avec la mer. À travers ses photographies, l’artiste propose une relecture sensible de l’espace marin, loin des représentations convenues ou de l’esthétique de la carte postale. Ses images révèlent une vision profondément personnelle de l’océan, dont elles explorent à la fois la puissance évocatrice et la dimension contemplative. Sous son objectif, la mer devient un territoire de projection, un horizon ouvert où se croisent les rêves, les souvenirs et les questionnements intérieurs.

Pour le photographe, ce sujet dépasse largement la simple représentation du paysage. «Nous nous intéressons tous à la mer, explique-t-il. Il y a la mer pour aller pêcher, se baigner, mais il y a aussi cette mer qui te donne une vision sur l’horizon, une vue lointaine et une vue à l’intérieur de nous.»

Cette exploration intime puise également dans un imaginaire façonné par les récits de voyage et les horizons lointains. «J’ai lu un livre sur Ferdinand de Magellan lorsqu’il a quitté le Portugal. Son histoire m’a fasciné», confie Khalil Nemmaoui. Une fascination qui semble avoir durablement nourri sa démarche artistique. «Pendant à peu près dix ans, je suis resté en train de chercher quelque chose ayant une relation avec le temps, le voyage…», poursuit-il, avant de résumer son approche en une formule aussi simple qu’éclairante: «Mes photos sont instinctives.»

Cette part d’instinct irrigue l’ensemble de son travail. Grâce à des procédés visuels qui transforment subtilement la perception du réel, le photographe confère à ses images une dimension presque onirique, sans jamais en épuiser le sens. Le mystère demeure, comme une invitation à la contemplation. Derrière cette recherche esthétique se dessine une ambition constante: renouveler notre regard sur la mer et révéler, au-delà de sa présence familière, toute la profondeur symbolique qu’elle recèle.

​À l’opposé de cette perspective maritime, Yassine Alaoui Idrissi, alias Yoriyas, a choisi de s’immerger dans la mémoire des villes en capturant le quotidien de la rue. Il cherche à rapprocher le public de ses univers visuels fascinants où la réalité subit une véritable métamorphose. Là où Nemmaoui contemple l’horizon, Yoriyas appréhende la rue comme un théâtre ouvert, faisant de la photographie la porte d’entrée idéale pour découvrir les récits cachés de la cité, de ses habitants et de ses mouvements.

​Cette halte tangéroise représente un jalon majeur et une synthèse de sa carrière. «Cette exposition de Tanger est le résultat de 15 ans de photographie», souligne Yoriyas. «Ce sont des œuvres prises au Maroc et à l’étranger: Casablanca, Tanger, Essaouira, mais aussi le Japon, les États-Unis, l’Allemagne ou le Sénégal. Le thème, c’est le voyage et la façon dont mon regard se déploie, à l’intérieur du pays et en dehors…»

​La force de ces deux propositions présentées face au large, à la Marina de Tanger, est de redonner à la photographie ses lettres de noblesse et son pouvoir captivant: celui de figer des instants oubliés de la chronique du réel. Contrairement au cinéma qui, même lorsqu’il s’appuie sur le genre documentaire, tend invariablement vers la fiction, la photographie ne «fictionnalise» pas le réel. Elle l’immortalise. En fin de compte, les œuvres croisées de Nemmaoui et de Yoriyas offrent un modèle de photographie profondément connecté à la réalité marocaine et à ses mutations esthétiques, célébrant le quotidien tout en le réinventant sous un prisme visuel inédit.

Par Qods Chabâa, Achraf El Hassani et Said Kadry
Le 18/06/2026 à 18h21