Quand le franc-parler dérange

Karim Boukhari.

ChroniqueQue faire quand des quidams très bruyants n’acceptent pas qu’un joueur change de nationalité sportive ou que son père s’exprime sans langue de bois?

Le 27/06/2026 à 09h00

Il n’en faut pas beaucoup pour créer une polémique, surtout depuis l’explosion des réseaux sociaux. On s’arrête sur un titre, un mot, et hop on s’enflamme! Et là, ça peut partir très vite, très loin. Les grandes conclusions, les sentences définitives, les généralisations, les insultes, les fausses informations.

Prenons un cas lié à l’actualité du Mondial, que le Maroc dispute actuellement. Les journalistes de RMC sont allés chercher Younès El Aynaoui, père de Neil, le patron de l’entrejeu des Lions de l’Atlas. Interview vérité de 10 minutes, ton décontracté. Younès est conforme à la ligne de conduite qu’on lui connaissait: un grand champion de tennis et un homme fier et droit, qui ne triche pas.

L’échange est sympathique, bon enfant, proche de la franche rigolade. Daniel Riolo et les autres posent deux questions qui vont se transformer, plus tard, en polémique. 1: comment le fils a choisi le Maroc plutôt que la France comme nationalité sportive? 2: est-ce que Neil se sent champion d’Afrique (après la fameuse finale contre le Sénégal)?

«La réalité des parcours footballistiques est beaucoup trop complexe pour être saisie par le premier quidam assis devant son clavier»

Le père répond sans filtre, comme ça vient. Il explique rapidement que la question du choix entre le Maroc et la France ne s’est pas vraiment posée. À 24 ans (au moment de sa première sélection avec les Lions de l’Atlas), le fils n’avait aucune chance d’intégrer les «Tricolores» et leur constellation de stars. Il n’y avait pas à réfléchir, ni à hésiter, puisque les portes étaient fermées. C’était une réalité sportive, pas un calcul. Juste du pragmatisme, mâtiné d’une fierté des racines que personne, dans cette famille, n’a jamais cherché à dissimuler.

Sur la question de la CAN, Younes répond avec le même naturel: son fils ne se sent pas champion d’Afrique. Et alors? C’est un sentiment que les footballeurs connaissent et que les puristes comprennent: une victoire administrative ne remplacera jamais une victoire sur le terrain. Pourquoi le nier? Pourquoi s’en excuser? Ça ne remet en cause ni le sacre du Maroc, ni le patriotisme du joueur. C’est du foot, rien que du foot.

Et pourtant. Quelques heures après la diffusion de l’interview, les extraits circulent en étant tronqués, sortis de leur contexte, parfois carrément déformés. La machine s’emballe. Le verdict tombe très vite: le père est un polémiste qui vient saper le moral des troupes et le fils est, au mieux, une girouette et un opportuniste, au pire un traitre et un imposteur.

Sauf que non. Le père est un homme sincère qui évite la langue de bois et les discours lénifiants. Son franc-parler l’honore. Et le fils est un magnifique joueur qui s’éclate sur le terrain, pour le plus grand bonheur des amoureux du ballon rond, et du public marocain.

La réalité des parcours footballistiques est beaucoup trop complexe pour être saisie par le premier quidam assis devant son clavier. Et tant que la sélection marocaine gagne, ces polémiques auront l’effet d’une tempête dans un verre d’eau. Laissons-les donc polémiquer…

Par Karim Boukhari
Le 27/06/2026 à 09h00