Cette blague, je l’ai personnellement vécue, dans une autre vie, à mon arrivée à l’aéroport de Washington. Je m’en souviens comme si c’était hier. L’officier de police m’a demandé, avec le sourire: «Where are you coming from?». Quand j’ai prononcé le mot magique, Morocco, il s’est exclamé, en examinant mon passeport: «Ah, Monaco? Are you sure?».
La moralité, c’est que le Maroc n’est pas le nombril du monde. Le monde n’a pas de nombril. Il y aura toujours quelqu’un, quelque part, qui s’apprêtera à découvrir votre pays à travers votre petite personne. Il y aura toujours ce moment où, sans le vouloir, vous serez le représentant de votre pays et de votre culture. C’est un poids et une responsabilité, bien sûr. C’est lourd. Et c’est aussi exaltant.
Toutes proportions gardées, la Coupe du monde de football sert aussi à ça. À faire découvrir des pays lointains, connus ou pas connus, à travers une simple équipe de foot. Onze gars qui courent derrière le ballon avec, derrière eux, des millions de cœurs qui battent très, très fort.
«Le football n’a pas résolu tous les problèmes du monde. Mais il lui a, au moins, appris quelques noms de plus.»
— Karim Boukhari
Curaçao, beaucoup n’arrivaient pas à le situer sur une carte, voire n’en avaient jamais entendu parler. Et pourtant. Le temps d’un tournoi, cette petite île des Caraïbes de 150.000 habitants est soudainement devenue un sujet de conversation planétaire. Les gens ont sorti leur téléphone, ouvert Google Maps, cherché ce point minuscule perdu dans la mer des Antilles. C’est ça, la magie du football: il transforme l’obscurité en lumière, le méconnu en familier.
Alors, ce n’est pas grave si les petits pays et les micro-États comme Curaçao ou le Qatar ont pris des valises dans ce Mondial. Leur présence valait bien des victoires. Elle aura servi à placer ces noms sur la carte mentale de milliards de téléspectateurs qui, autrement, n’auraient jamais eu l’occasion ou la curiosité de s’y intéresser. Un but encaissé en première mi-temps, c’est vite oublié. Mais un pays découvert, une culture entrevue, un drapeau aperçu pour la première fois: ça, ça reste!
C’est le cadeau discret que la Coupe du monde offre à la géographie. Et quelque part, dans un aéroport de Washington ou d’ailleurs, un officier de police qui ne savait pas faire la différence entre le Maroc et Monaco est peut-être, depuis, un peu moins ignorant. Le football n’a pas résolu tous les problèmes du monde. Mais il lui a, au moins, appris quelques noms de plus.
Tout cela pour vous dire que le Maroc, en s’imposant hier face à l’Écosse (1-0), se donne la possibilité de poursuivre son rêve dans cette Coupe du monde. Restons fous, les amis, rêvons de l’impossible.




