Modèle économique: le CESE alerte sur un découplage inquiétant entre croissance et emplois

Abdelkader Amara, Président du Conseil économique, social et environnemental

Revue de presseMalgré les avancées enregistrées dans les infrastructures et la diversification industrielle, le Maroc peine à traduire ses performances macroéconomiques en dynamisme social. Dans son rapport annuel 2025, le Conseil économique, social et environnemental pointe un modèle de croissance fragilisé par la stagnation des petites entreprises et l’ampleur d’un secteur informel omniprésent. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Economiste.

Le 11/08/2026 à 19h40

Bien que le Maroc ait franchi des étapes significatives dans la consolidation de sa stabilité macroéconomique, la modernisation de ses infrastructures et la diversification de son appareil productif, le moteur de la croissance nationale montre des signes évidents d’essoufflement. C’est le constat sans détour dressé par le Conseil économique, social et environnemental dans son rapport annuel au titre de l’année 2025. «L’institution y met en lumière des failles structurelles profondes qui entravent la dynamique d’ensemble du Royaume, au premier rang desquelles figure l’incapacité chronique de l’économie à créer des emplois en quantité suffisante», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du mercredi 12 août.

Au fil des ans, le lien entre création de richesse et création d’emplois s’est progressivement distendu. L’intensité en emploi de la croissance économique s’érode continuellement, révélant un découplage préoccupant entre les performances économiques globales et la réalité du marché du travail. Cette déconnexion s’explique en grande partie par une mutation de la structure des investissements. La valeur ajoutée se concentre désormais dans des secteurs à forte intensité capitalistique ou à faible coefficient d’emploi, au détriment d’industries traditionnellement pourvoyeuses de main-d’œuvre, à l’image du textile et de l’habillement, dont le poids relatif dans l’économie ne cesse de s’amenuiser.

Cette faible efficacité sociale de la croissance est intrinsèquement liée à la fragmentation poussée du tissu productif national, qui s’articule aujourd’hui autour de trois sphères étanches. À la pointe de cette pyramide, un noyau restreint de grandes et moyennes entreprises, ne représentant que 1,5% de l’ensemble des sociétés formelles, tire la croissance. Certaines de ces entités brillent dans des filières exportatrices performantes comme l’automobile ou l’aéronautique, parfaitement intégrées aux chaînes de valeur mondiales et drainant l’essentiel des investissements directs étrangers.

D’autres grands groupes évoluent dans des secteurs protégés, principalement tertiaires, à faible niveau de concurrence. «Bien qu’elles bénéficient d’un accès privilégié au foncier industriel, à la logistique et aux financements, ces grandes structures, en particulier celles nées de capitaux étrangers, peinent à créer des synergies tangibles avec l’écosystème des petites et moyennes entreprises locales», souligne L’Economiste.

À l’opposé de cette élite industrielle se trouve la grande majorité du tissu entrepreneurial formel, constituée à 98,5% de très petites, petites et micro-entreprises. Malgré leur prédominance numérique, ces structures souffrent d’une fragilité chronique et restent prises au piège de leur taille. L’ascenseur entrepreneurial apparaît quasi bloqué : sur la période allant de 2017 à 2022, 99,8% des micro-entreprises, 94,9% des TPE et 96,1% des petites entreprises n’ont pas réussi à changer d’échelle. Face à des contraintes structurelles lourdes, les nombreux programmes publics d’accompagnement déployés au fil des ans n’ont produit que des résultats mitigés. Il en résulte un déficit majeur de continuum productif entre les champions nationaux tournés vers l’international et la masse des PME locales, faute d’une véritable mise à niveau industrielle.

Par le360
Le 11/08/2026 à 19h40