Andrew Cotton s’est fait un nom à Nazaré, au Portugal, connue pour ses vagues parmi les plus hautes du monde. Ce surfeur de grosses vagues originaire du Devon, en Angleterre, en connaît aussi les dangers: en novembre 2017, une chute sur une vague géante lui a fracturé le dos. Il est pourtant retourné à l’eau. Ce mois d’octobre, il était l’un des intervenants du MOGA Festival, à Essaouira, où il a parlé de surf, d’état d’esprit et de gestion du risque devant un public qui connaîssait peu ce sport. Il y a aussi animé un atelier de respiration consciente et d’apnée. Habitué de la côte marocaine, où il vient en hiver pour fuir le froid européen, il revient avec Le360 sur ce que les grosses vagues lui ont appris.
Le360: vous intervenez au Maroc dans le cadre du MOGA, un festival de musique électronique. Qu’est-ce qui vous a convaincu d’accepter?
Andrew Cotton: le surf reste un sport de niche. Cette invitation m’offrait l’occasion de raconter mon parcours à un public qui ne pratique pas forcément ce sport et qui connaît peu l’univers des grosses vagues. Le surf m’a énormément appris sur moi-même, notamment sur l’état d’esprit. Pouvoir transmettre cela, en le reliant à ma discipline, est une opportunité rare. Quand on me l’a proposé, je n’ai pas hésité.
Comment définiriez-vous la peur? Faut-il chercher à s’en débarrasser ou apprendre à vivre avec?
Pour moi, la peur est quelque chose de sain. Il faut la comprendre et savoir en tirer parti. Cela peut sembler convenu, mais mes meilleurs moments, je les ai vécus de l’autre côté de la peur, après l’avoir traversée. C’est un équilibre fragile: la peur peut vous protéger, mais elle peut aussi être source d’une immense déception. Je l’ai appris à mes dépens. Chaque fois que j’ai renoncé à quelque chose par peur ou par anxiété, je l’ai regretté, que ce soit le lendemain, la semaine suivante ou l’année d’après. À l’inverse, chaque fois que je suis allé au-delà, j’en ai retiré les meilleures sensations. L’essentiel est de regarder la peur pour ce qu’elle est, de l’affronter et de la mettre à l’épreuve. On ne la bat pas forcément: on la teste.
En 2017, vous avez été victime d’une grave chute à Nazaré, au Portugal. Qu’est-ce qui vous a poussé à retourner à l’eau et en quoi cet accident a-t-il changé votre rapport au risque?
Dans le sport et plus encore dans les sports extrêmes comme le surf de grosses vagues, les blessures et les situations traumatisantes font partie intégrante de la pratique. Je connais les risques et les dangers. Mais ces disciplines sont avant tout guidées par la passion. Ce n’est pas une question d’argent et chaque surfeur vous dira qu’il le fait par amour. Les grosses vagues ne m’ont jamais rendu malheureux et on ne tourne pas le dos à cela. Surtout, j’ai toujours aimé me dépasser. On ne vit qu’une fois et les regrets sont parfois difficiles à porter. Continuer à me pousser, surmonter ces blessures, ces accidents ou ces peurs, je trouve cela profondément gratifiant.
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Pourriez-vous partager une technique de gestion du stress que nos lecteurs pourraient appliquer dès demain?
Ce qui est curieux, c’est que ce ne sont pas toujours les mêmes choses qui me stressent. Aujourd’hui, certaines situations, comme les prises de parole en public, me rendent parfois plus anxieux qu’avant. En tant que surfeur, j’ai constaté qu’une respiration maîtrisée m’aidait beaucoup à surmonter la peur et l’anxiété: elle fait baisser le rythme cardiaque et permet de retrouver sa concentration. Ma technique de référence est la respiration 3-10: trois secondes d’inspiration par le nez, puis dix secondes d’expiration lente par la bouche. Si je parviens à revenir à ce rythme, même au plus fort du stress, j’arrive à me calmer et, en général, à traverser la situation. Encore faut-il penser à le faire et il m’arrive encore d’oublier! Mais dans l’océan, là où je me sens le plus chez moi, c’est vers cette respiration que je me tourne.
Vous avez animé un atelier de respiration lors du volet OFF du festival. Qu’avez-vous demandé aux participants et qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans leurs réactions?
Nous avons simplement pratiqué la respiration consciente et quelques apnées. Les résultats ont été impressionnants: un participant a tenu 3 minutes 10, un autre 3 minutes 30. Ce qui me frappe, et cela vaut pour moi aussi, c’est qu’on se dit souvent qu’on n’y arrivera pas avant même d’avoir commencé. On part presque sur un échec. Or, avec un encadrement et un travail en groupe, les gens se surprennent vraiment. La semaine dernière, lors d’une séance avec des athlètes, certains ne tenaient au départ que 20 ou 30 secondes. En 40 minutes d’entraînement, nous avons doublé, voire triplé leurs temps d’apnée. Des progrès aussi rapides sont extrêmement motivants, pour l’état d’esprit comme pour la confiance en soi. On se dit: «Je peux le faire!» Nous doutons tous de nous-mêmes, nous nous disons que nous ne sommes pas capables, pas assez bons. Il s’agit simplement de se rappeler que si. Avec une bonne préparation, on est capable de bien plus qu’on ne le pense.
Ce n’est pas votre première visite au Maroc. Que pensez-vous de ses vagues?
Cette côte a des vagues incroyables, y compris de très belles grosses vagues, ce qui risque d’en surprendre plus d’un. Les gens y sont extraordinaires et en plus, il fait beau! C’est l’une de mes destinations favorites en hiver pour fuir le froid du Portugal, de l’Angleterre ou de l’Irlande. Une vraie échappatoire que j’apprécie beaucoup.




