La sécurité des livreurs à moto s’impose progressivement comme l’un des nouveaux défis de la mobilité urbaine au Maroc. Réunie cette semaine avec les professionnels du secteur des deux-roues, l’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA) a demandé aux plateformes de livraison de mettre fin aux mécanismes qui incitent les conducteurs à rouler plus vite pour éviter l’annulation de leurs courses.
Le problème est directement lié au fonctionnement de certaines applications. Lorsqu’une commande est annulée en raison d’un retard, le livreur risque de perdre la rémunération associée à la course. Le temps devient alors un facteur déterminant de revenu, transformant parfois la circulation urbaine en course contre la montre. L’agence estime que les entreprises doivent intégrer les impératifs de sécurité routière dans leur organisation et ne pas faire peser sur les conducteurs les conséquences de délais difficilement réalisables.
Cette préoccupation intervient alors que la mortalité routière connaît une nette aggravation. Les données provisoires de la NARSA font état de 160.347 accidents corporels en 2025, soit une hausse de 12,7% sur un an. Le nombre de décès a progressé de 25,5%, atteignant 4.577 victimes, tandis que les blessés graves ont augmenté de 10,8% à 10.333 personnes.
L’évolution la plus marquante concerne les deux et trois-roues motorisés. Les motocyclistes ont représenté 2.060 décès en 2025, soit 45% de l’ensemble des victimes de la route. Cette part a plus que doublé en une décennie. Plusieurs régions du Royaume constatent une progression continue du poids des motos dans la mortalité routière, reflet de leur diffusion rapide dans les déplacements urbains et les activités professionnelles.
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L’essor des services de livraison à domicile constitue l’un des facteurs de cette transformation. La généralisation des plateformes numériques a multiplié le nombre de conducteurs circulant quotidiennement dans les centres urbains. Les impératifs de rapidité, combinés à une circulation dense et à des conditions de travail souvent précaires, créent un environnement plus exposé au risque d’accident.
Selon les estimations de la Banque mondiale, le coût économique et social des accidents de la circulation représente environ 1,69% du PIB national, soit près de 19,5 milliards de dirhams par an. Les conséquences financières se répercutent sur les systèmes de santé, les assurances, les finances publiques ainsi que sur les revenus des ménages touchés par les accidents.
Un modèle économique qui favorise la pression sur les délais
La question des délais est indissociable du modèle économique des plateformes. La majorité des livreurs exercent sous le statut d’auto-entrepreneur. Le véhicule, son entretien, l’assurance et le carburant sont généralement à leur charge, tandis que leurs revenus dépendent directement du nombre de courses réalisées.
Cette logique est renforcée par l’évolution récente des coûts d’exploitation. Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a relevé une hausse de 9,8% des prix des carburants entre juillet et août 2026. Les dernières augmentations observées à la pompe réduisent mécaniquement la rentabilité de chaque livraison et incitent les conducteurs à multiplier les courses pour préserver leur niveau de revenu.
Le marché du travail joue également un rôle déterminant. Le taux de chômage urbain atteignait 11,9% au deuxième trimestre 2026, selon les données du HCP reprises par Bank Al-Maghrib. La livraison à domicile constitue ainsi une porte d’entrée rapide vers l’emploi pour de nombreux jeunes actifs, limitant leur capacité à négocier individuellement les conditions imposées par les plateformes.
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Aucune nouvelle obligation réglementaire n’a été annoncée à ce stade concernant les délais de livraison. La démarche engagée repose principalement sur le dialogue avec les acteurs du secteur. Une journée d’étude consacrée à la sécurité routière et aux conditions de travail des livreurs doit être organisée dans les prochains mois.
Cette approche s’inscrit dans la continuité des initiatives déjà engagées avec certaines plateformes. Des conventions ont notamment prévu des campagnes de sensibilisation, des mécanismes d’incitation aux comportements responsables ainsi que l’identification des motos utilisées dans les activités de livraison.
Une nouvelle étape pour l’immatriculation des deux-roues
Parallèlement au dossier des livreurs, la NARSA prépare la mise en œuvre d’une réforme de l’immatriculation des deux-roues. Un nouveau dispositif concernera les cyclomoteurs, tricycles légers et quadricycles légers à compter du 1er janvier 2027.
L’objectif est double: améliorer la traçabilité des véhicules et renforcer le contrôle des pratiques à risque. Les professionnels alertent néanmoins sur les capacités limitées des centres d’immatriculation, chaque préfecture ne disposant généralement que d’un seul centre habilité à traiter ces dossiers. Les autorités annoncent ainsi des mesures réglementaires destinées à fluidifier les procédures avant l’entrée en vigueur du dispositif.
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Le contrôle technique des performances des véhicules constitue également un volet important de la réforme. Les autorités attribuent une partie de la hausse des accidents aux modifications illégales permettant d’augmenter la vitesse maximale des cyclomoteurs. Le renforcement de l’identification des véhicules vise donc aussi à mieux lutter contre ces pratiques.
Les dossiers de la livraison à moto et de l’immatriculation convergent vers un même objectif: réduire la part croissante des deux-roues dans la mortalité routière. Le Maroc s’est fixé comme ambition de diminuer de moitié le nombre de décès sur les routes à l’horizon 2030.



