Justice: les tribunaux paralysés par une grève massivement suivie des avocats

Aziz Rouibah, bâtonnier de Rabat. (Y.Mannan/Le360)

Le 15/06/2026 à 19h12

VidéoLes tribunaux ont été perturbés, ce lundi 15 juin, par la grève des avocats, un mouvement appelé à durer sept jours et déclenché pour protester, une nouvelle fois, contre le projet de loi encadrant la profession.

À midi, le tribunal de première instance de Rabat et la Cour d’appel voisine étaient quasiment désertés par les avocats. Seuls quelques citoyens, réunis par petits groupes devant les deux établissements judiciaires, attendaient l’évolution de la situation, a constaté un journaliste de Le360.

«95% des avocats ont observé le mouvement de grève à Rabat et ailleurs», s’est félicité le bâtonnier de Rabat, Aziz Rouibah, rappelant que ce projet de loi contesté «porte atteinte à l’indépendance des avocats».

Le bâtonnier reproche également au ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, ses récents propos, jugés «provocateurs», au sujet de l’utilisation de l’assistance judiciaire accordée par ce département au profit des justiciables modestes.

«Le ministre, avocat lui-même, touche paradoxalement à l’indépendance de notre métier lorsqu’il aborde le volet de cette assistance judiciaire», a estimé Aziz Rouibah, appelant le responsable gouvernemental «à la sagesse et à la raison».

Le bâtonnier a dit espérer que les débats actuellement en cours au sein de la Chambre des conseillers aboutissent à un résultat satisfaisant pour les deux parties.

Le projet de loi n° 66.23 est au cœur d’une vive contestation. Élaboré par le ministère de la Justice, le texte a été adopté en première lecture par la Chambre des représentants, tout en suscitant la colère des barreaux, qui dénoncent une atteinte grave à l’indépendance de la profession.

Les robes noires craignent notamment une perte de leur autonomie d’autorégulation face à un renforcement du contrôle administratif et institutionnel. Le durcissement des procédures disciplinaires est perçu, par certains observateurs, comme «un moyen de fragiliser la défense».

Pour apaiser la tension entre le ministre de la Justice et l’Association des barreaux du Maroc, le chef du gouvernement a récemment proposé sa médiation entre les deux parties.

Par Mohamed Chakir Alaoui et Yassine Mannan
Le 15/06/2026 à 19h12