Comment le Maroc organise sa riposte contre les feux de forêt

Un des Canadairs des Forces royales air engagés, durant l'été 2023, dans la lutte contre des incendies de forêt dans la région de Chefchaouen. (Saïd Kadry / Le360)

Huit Canadair, 15 Turbo Thrush, 2 Super Puma... Le Maroc déploie son arsenal aérien face à la saison des feux de forêt 2026. Plus de 2.800 guetteurs et gardes forestiers complètent ce dispositif sur le terrain. Les détails.

Le 15/08/2026 à 15h00

Canadair, Turbo Thrush, Super Puma, guetteurs, pompiers... Le Maroc déploie l’ensemble de son arsenal humain et aérien pour affronter la saison des feux de forêt 2026. Les Forces royales air (FRA) et la Gendarmerie royale occupent une place centrale dans le dispositif national de lutte contre les feux de forêt. Elles mobilisent, chaque année, l’ensemble de leurs moyens pour cette mission.

Cette mobilisation s’appuie sur une flotte de 8 avions Canadair relevant des FRA, à laquelle s’ajoutent 15 avions Turbo Thrush et 2 hélicoptères de lutte contre les incendies EC225 Super Puma, ces derniers relevant de la Gendarmerie royale. Une diversité de moyens aériens qui permet au Maroc d’adapter sa réponse à la nature et à l’ampleur de chaque foyer d’incendie.

Chacun de ces appareils répond à un usage précis. Les Canadair, engagés dans les missions les plus critiques, opèrent depuis la 3ème Base aérienne de Kénitra. Ils assurent une partie importante des opérations d’extinction aérienne, conduites selon une classification nationale à quatre niveaux qui détermine, en fonction de la gravité du sinistre, l’ampleur des moyens engagés.

Cette classification structure l’ensemble du dispositif national. Au premier niveau, les équipes d’intervention terrestre se chargent seules de la maîtrise des feux. Le recours aux moyens aériens, et en particulier aux avions Canadair, s’effectue dès le deuxième niveau, lorsque le feu dépasse les capacités des équipes au sol. Le troisième niveau requiert la mobilisation des unités aériennes de la Gendarmerie royale, en renfort des moyens déjà engagés. Le quatrième niveau, enfin, prévoit de solliciter une assistance internationale, afin de protéger les vies humaines, les biens et le patrimoine forestier lorsque l’ampleur du sinistre dépasse les capacités nationales.

L’opération d’écopage des Canadair ne dure qu’environ douze secondes. En quelques instants, l’appareil embarque plus de 6.000 litres d’eau, avant de rejoindre directement le foyer du feu pour y effectuer son largage. Cette rapidité d’exécution limite le temps d’immobilisation de l’avion et lui permet d’enchaîner plusieurs rotations en un minimum de temps, un facteur déterminant pour contenir la propagation des flammes. Cet aéronef a été conçu pour intervenir dans des conditions difficiles. Ses caractéristiques techniques lui permettent d’accéder à des zones montagneuses et à des massifs forestiers difficilement accessibles par d’autres moyens, là où les équipes terrestres peinent souvent à progresser.

Les hélicoptères Super Puma de la Gendarmerie royale ont été équipés d’un système moderne d’extinction des feux. Ce système se compose d’un réservoir installé sous l’appareil, d’une capacité d’environ 2.500 litres d’eau ou de produit retardant. Ce réservoir peut se réapprovisionner en seulement vingt secondes, à partir d’un lac, d’un barrage ou de toute autre source d’eau située à proximité du foyer du feu. Cette faculté de réapprovisionnement rapide, à proximité immédiate du sinistre, réduit d’autant le temps mort entre deux largages.

Les Turbo Thrush complètent ce dispositif aérien. Avec une capacité d’emport variant entre 2.000 et 2.500 litres et une autonomie d’environ quatre heures et demie de vol, ces appareils spécialisés dans la lutte contre les feux de forêt peuvent rester engagés sur un même foyer pendant une durée prolongée. Leurs opérations de largage sont effectuées dans des conditions alliant rapidité d’intervention et impératifs de sécurité, deux exigences qui structurent l’ensemble des procédures aériennes de lutte anti-feu.

Cette disponibilité opérationnelle ne va pas de soi. Elle est soutenue par un dispositif de maintenance préventive et périodique, mis en œuvre en dehors de la saison des feux de forêt. Les aéronefs font l’objet d’opérations de grandes visites, qui s’étalent sur plusieurs mois et comprennent l’inspection et la remise en état des différents systèmes vitaux, notamment les trains d’atterrissage, les réservoirs d’eau et les moteurs.

À ces grandes visites s’ajoutent des opérations de maintenance quotidiennes et périodiques, destinées à remédier aux effets de la salinité de l’eau de mer et des fumées dégagées par les feux, deux facteurs qui accélèrent l’usure des appareils. L’ensemble de ce dispositif vise à préserver la disponibilité opérationnelle de la flotte durant toute la période d’intervention.

Ce dispositif aérien ne constitue qu’une partie de la réponse marocaine aux feux de forêt. Le Royaume mobilise également des moyens humains et techniques importants, avec plus de 2.800 guetteurs et gardes forestiers répartis sur les différentes régions du Royaume, chargés des missions de surveillance et d’alerte précoce.

Au sol, une mobilisation à plusieurs échelons

Sur le terrain, le dispositif d’intervention terrestre comprend un nombre important de véhicules de première intervention relevant de l’ANEF, aux côtés des camions et équipements de la Protection civile. Les unités spécialisées des FAR, la Gendarmerie royale, les Forces auxiliaires et les autorités locales complètent ce dispositif. L’ensemble de ces intervenants opère dans le cadre d’un commandement unifié et d’une coordination permanente, condition indispensable à l’efficacité d’une réponse qui mobilise autant d’acteurs différents.

C’est dans ce contexte de préparation de la saison de lutte anti-feu 2026, et dans un souci permanent de suivi des capacités opérationnelles dédiées à la lutte contre les incendies de forêt, que le général de division aérienne, inspecteur des FRA, a effectué une visite de travail à l’escadron de lutte anti-feu de la 3ème base aérienne des FRA, le 20 mai 2026, selon le dernier numéro de la Revue de l’espace des FAR.

La visite a débuté par le hangar de maintenance. Le général s’est enquis de la situation technique des aéronefs ainsi que de l’état d’avancement des différents travaux de maintenance et de préparation. Cette étape lui a permis d’apprécier les efforts déployés par le personnel technique afin de garantir la disponibilité opérationnelle des avions pour la prochaine campagne de lutte contre les feux de forêt.

À cette occasion, les responsables techniques ont présenté à l’Inspecteur des FRA les principales opérations de maintenance et les travaux en cours, visant à garantir la disponibilité optimale de la flotte pour la campagne estivale à venir. Ils ont notamment mis en avant les actions entreprises pour assurer la navigabilité des aéronefs, renforcer leur fiabilité opérationnelle et maintenir en condition les équipements spécifiques aux missions de lutte anti-feu.

Le général s’est ensuite rendu au siège de l’escadron, où il a assisté à un briefing consacré au bilan des activités de l’année précédente, aux résultats obtenus lors de la dernière saison de lutte contre les feux de forêt, ainsi qu’aux préparatifs engagés en prévision de la prochaine campagne. À cette occasion, le commandement de l’escadron a mis en exergue les différentes mesures mises en œuvre afin de renforcer les capacités opérationnelles de l’unité.

Un accent particulier a été mis sur le volet formation. Trois nouveaux commandants de bord et quatre nouveaux copilotes ont été qualifiés au cours de cette période, contribuant au renforcement des équipages et à l’accroissement du potentiel opérationnel de l’escadron. Cette montée en puissance des effectifs qualifiés conditionne directement la capacité de l’escadron à multiplier les rotations aériennes lors des pics d’activité de la saison des feux.

La période de préparation de la saison des feux 2026 a inclus différentes activités d’entraînement et de formation. Une campagne d’entraînement en mer a notamment permis de perfectionner les techniques d’écopage en mer et de consolider les compétences des équipages, dans des conditions proches de celles rencontrées lors des opérations réelles.

Un recyclage de vol de nuit a par ailleurs été conduit, afin de maintenir et de développer les qualifications des pilotes dans un environnement exigeant, qui nécessite une maîtrise accrue des procédures et des équipements de bord. Enfin, l’ensemble des pilotes a bénéficié de stages sur simulateur de vol, leur permettant de s’exercer à la gestion de diverses situations opérationnelles et d’urgence, dans un cadre sécurisé. Cette formation a contribué à renforcer les automatismes des équipages, à améliorer la coordination au sein des postes de pilotage et à garantir le maintien d’un niveau élevé de sécurité aérienne.

Par Hajar Kharroubi
Le 15/08/2026 à 15h00