Le corps d’Abderrahim Fakir demeure retenu en Italie, dans l’attente de l’achèvement des opérations d’autopsie. C’est ce que confirme son avocat, Fabio Anselmo, dans une déclaration pour Le360, précisant que l’enquête du parquet de Bologne n’en est encore qu’à ses «tout premiers pas».
Selon lui, cette enquête repose principalement sur les examens autopsiques, jugés indispensables pour déterminer la cause du décès, ainsi que sur la vidéo de plusieurs minutes montrant les derniers instants de vie de la victime. «La vidéo est selon moi assez éloquente», estime-t-il, tout en insistant sur le fait que l’autopsie demeure une étape nécessaire. «C’est précisément la raison pour laquelle le corps n’a pas été restitué», note-t-il.
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L’avocat dénonce par ailleurs la prolifération, ces derniers jours, de fausses pages qu’il qualifie d’«orchestrées de manière technique et non accidentelle». Devenues virales, conçues selon lui à l’aide de l’intelligence artificielle, elles diffusent des publications qui reconstruiraient une cause de décès qu’il juge «totalement fantaisiste», tant sur le plan scientifique que factuel. Il y voit une «tentative de détourner l’opinion publique de la responsabilité des agents dans la mort d’Abderrahim Fakir», et s’interroge sur l’investissement de certains gestionnaires de réseaux sociaux et chroniqueurs, qu’il rattache à l’extrême droite italienne, dans cette entreprise de négation.
«Il s’agit d’un engagement politique», tranche-t-il, estimant que le gouvernement italien ne souhaite pas voir reconnue la moindre responsabilité des agents. Pour lui, restituer la dépouille à la famille reviendrait, dans cette logique, à «tendre la main à ces personnes».
Sur le plan procédural, Fabio Anselmo indique avoir demandé l’extraction d’une copie conforme de la caméra-piéton portée par l’un des agents. Les opérations doivent débuter ce lundu 10 août au sein du Département des investigations scientifiques (RIS), et s’annoncent, selon lui, «délicates». Il révèle par ailleurs que les images issues de cette caméra ont été utilisées «sans autorisation», puisque les images ont été relayées dans un journal télévisé national et dans d’autres médias italiens.
«Une chose qui n’aurait jamais, au grand jamais, dû se produire», s’indigne-t-il. L’avocat dit attendre les résultats de cette extraction avant de se prononcer sur la suite. Il se réserve le droit de porter plainte concernant la conservation et l’usage de ces images par l’agent qui les avait filmées dans le cadre de ses fonctions.
Ce que disent les premiers éléments de l’autopsie
Mario Balzanelli, président de la Société italienne du système d’urgence 118, livre de son côté une analyse médicale détaillée du mécanisme de la mort. Il estime que le maintien en procubitus, à plat ventre, avec le thorax comprimé, provoque un état d’asphyxie. Le poumon ne parvenant pas à se déployer correctement, le dioxyde de carbone s’accumule et crée une acidose respiratoire, laquelle exerce un effet dépresseur sur la contraction du cœur. «Quand le cœur se contracte peu, le sang s’accumule dans les poumons», explique-t-il, y voyant une explication possible à la présence de sang retrouvée dans les poumons de la victime, aux côtés des ecchymoses constatées sur le dos et d’un possible œdème pulmonaire aigu.
Pour Mario Balzanelli, cette position «n’avait aucune raison d’être appliquée». Il la qualifie de «lethal restraint», une immobilisation que la littérature internationale considère comme dangereuse pour la vie, citant des études menées sur 1.300 cas de décès survenus lors d’interpellations à travers le monde, dont plus de 740 dans cette position précise. Il relève que la victime, menottée et pieds liés, ne pouvait selon lui représenter de danger justifiant un maintien prolongé, visage plaqué au sol et thorax bloqué, une pratique que les protocoles du ministère de l’Intérieur n’autoriseraient, selon lui, que pour quelques secondes.
Le médecin urgentiste écarte par ailleurs l’hypothèse selon laquelle les manœuvres de réanimation auraient elles-mêmes provoqué une asphyxie. Il affirme que la victime a fait un arrêt cardiaque pendant la compression exercée par les policiers, devenant inanimée sans que personne n’intervienne pendant une minute et 35 secondes, un délai qu’il dit documenté par la vidéosurveillance. Selon lui, les gestes de réanimation pratiqués ensuite par les secouristes ne provoquent aucune asphyxie, sauf lésions costales ou perforations pleurales qu’il juge peu probables.
Mario Balzanelli s’interroge enfin sur la chaîne des secours, notamment sur les raisons pour lesquelles le 118 n’a pas jugé bon d’envoyer un médecin sur place dès le début de l’intervention. Il évoque une possible sous-estimation de la gravité de la situation, un manque de personnel médical disponible, ou un manque de clarté dans le signalement transmis par les policiers, tout en soulignant qu’un audit de l’appel initial serait nécessaire pour trancher.
Il relève que l’état de la victime s’est ensuite dégradé, sans qu’aucune saturation en oxygène ne soit mesurée, ce qui aurait dû, selon lui, constituer un critère objectif pour dépêcher un médecin en urgence. «Toute agitation psychomotrice constitue une urgence médicale», résume-t-il, rappelant les risques d’hypertension, d’AVC ou d’arythmie ventriculaire qu’elle peut entraîner et plaidant pour l’envoi systématique d’un médecin dès lors qu’une contention se prolonge.
Abderrahim Fakir, un Marocain de 42 ans arrivé en Italie à l’âge de cinq ans, est, pour rappel, mort le 19 juillet après avoir été plaqué au sol par deux policiers lors de son interpellation à Bologne. Les premiers résultats de l’autopsie avaient fait état de poumons pleins de sang et de vastes zones d’infiltration hémorragique par compression au dos, un tableau que Fabio Anselmo avait qualifié d’«asphyxie mécanique violente par compression dorsale».
Ces éléments avaient été jugés convergents par Francesco Maria Caruso, ancien président des tribunaux de Reggio Emilia et de Bologne, qui excluait lui aussi «toute cause justificative» à cette mort. L’avocat avait par ailleurs déposé une requête pour que l’enquête soit retirée au service de police auquel appartiennent les deux agents mis en cause, invoquant un arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme imposant une enquête indépendante lorsque des forces de l’ordre sont impliquées. Vingt-deux jours après le drame, la dépouille du défunt reste retenue en Italie, tandis que sa famille, réunie à Casablanca, réclame son rapatriement dans les meilleurs délais.


















