Affaire Abderrahim Fakir: l’enquête technique se poursuit

Lors d'une manifestation organisée le 20 juillet suite à la mort d'Abderrahim Fakir à Bologne, en Italie.

Vingt-sept jours après sa mort, la dépouille d’Abderrahim Fakir est toujours retenue en Italie, tandis que l’enquête technique s’intensifie. Les détails.

Le 15/08/2026 à 14h00

Le matériel extrait par l’ingénieur Giuseppe Ferraro, dans le cadre de l’expertise irrémédiable ordonnée par le parquet sur le téléphone d’Abderrahim Fakir, a été mis à disposition de la brigade criminelle chargée du dossier.

L’expertise avait débuté par le franchissement du verrouillage par code PIN, une étape jugée indispensable pour accéder pleinement aux données de l’appareil. L’expert mandaté par le parquet, en présence des consultants des parties, est parvenu à isoler les informations antérieures au déclenchement du blocage du téléphone survenu en l’absence du code de déverrouillage. L’hypothèse initialement envisagée d’un envoi du dispositif à Rome pour un déverrouillage complet a depuis été écartée, confirmée par la transmission du matériel à la brigade mobile.

La période visée par les investigateurs remonte jusqu’au 1er janvier 2026. L’objectif de cet examen est de retrouver, dans la mémoire du téléphone et son activité, des éléments susceptibles d’éclairer l’état psychophysique d’Abderrahim Fakir le jour de sa mort via Svevo. Les enquêteurs et l’expert s’intéressent notamment à d’éventuels messages ou références concernant la prise de médicaments, des ordonnances, des traitements ou des substances, ainsi qu’aux derniers contacts et fréquentations liés au quartier du Pilastro. Un second appareil appartenant à la victime reste, pour l’heure, introuvable.

Cette expertise n’échappe pas à la controverse. L’avocat Fabio Anselmo, qui défend la famille de Fakir, a pointé un défaut dans la chaîne de conservation du téléphone. «La saisie a eu lieu le 22 juillet, mais l’appareil n’a été placé sous scellés qu’une semaine plus tard. Avant cela, il n’était pas protégé», a-t-il dénoncé.

Où en est l’enquête?

Plusieurs autres analyses sont en cours en parallèle. Le RIS de Parme (l’unité de la police scientifique des carabiniers italiens basée à Parme) travaille sur une reconstitution en 3D de la scène du drame, tandis que le RIS de Rome examine les quarante minutes de vidéo issues de la caméra-piéton portée par le chef de patrouille pendant l’intervention des deux policiers. Les analyses complémentaires à l’autopsie doivent, elles, reprendre en fin de mois. Elles porteront d’abord sur le cœur d’Abderrahim Fakir, prélevé lors de l’autopsie, puis sur ses tissus, afin d’évaluer d’autres éléments liés au saignement pulmonaire déjà relevé lors de la première phase des examens.

Abderrahim Fakir, un Marocain de 42 ans arrivé en Italie à l’âge de cinq ans, est mort le 19 juillet après avoir été plaqué au sol par deux policiers lors de son interpellation à Bologne. Les premiers résultats de l’autopsie avaient fait état de poumons pleins de sang et de vastes zones d’infiltration hémorragique par compression au dos, un tableau que Fabio Anselmo avait qualifié d’«asphyxie mécanique violente par compression dorsale».

Ces éléments avaient été jugés convergents par Francesco Maria Caruso, ancien président des tribunaux de Reggio Emilia et de Bologne, qui excluait lui aussi «toute cause justificative» à cette mort. L’avocat avait par ailleurs déposé une requête pour que l’enquête soit retirée au service de police auquel appartiennent les deux agents mis en cause, invoquant un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme imposant une enquête indépendante lorsque des forces de l’ordre sont impliquées. Vingt-sept jours après le drame, la dépouille du défunt reste retenue en Italie, tandis que sa famille réclame son rapatriement dans les meilleurs délais.

Par Hajar Kharroubi
Le 15/08/2026 à 14h00