Le véhicule transportant le maire Mounir Laymouri a été escorté par une moto de la Gendarmerie royale depuis le sous-sol de la Cour d’appel, place des Nations, à Tanger, après l’audience d’instruction au cours de laquelle le juge a décidé de le poursuivre en état de détention provisoire.
Le procureur général du Roi près la Cour d’appel de Tanger a, pour rappel, décidé de renvoyer, ce jeudi 1er octobre, le maire de la ville, Mounir Laymouri, devant le juge d’instruction de la même juridiction, avec un réquisitoire demandant sa poursuite en état de détention. Son comptable a également été renvoyé dans ce dossier.
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Cette décision est intervenue après que les éléments de la police judiciaire de la préfecture de police de Tanger, chargés de l’enquête, ont déféré le maire devant le procureur général du Roi, jeudi matin, à l’issue des 72 heures de prolongation de sa garde à vue, menée sous la supervision du parquet.
(S.Kadry/Le360)
Tout est parti du jour du scrutin, le 23 septembre. Un sac contenant des documents électoraux a été découvert aux abords du bureau de vote installé à l’école Al Qods, dans le quartier de Casabarata. Une vidéo de l’interpellation d’un individu en possession de ce sac avait circulé sur les réseaux sociaux et suscité une vive polémique sur les conditions du vote dans cette circonscription.
Le procureur général du Roi près le tribunal de première instance de Tanger avait réagi dans la foulée, annonçant l’ouverture immédiate d’une enquête judiciaire. Les investigations avaient rapidement conduit à l’interpellation de cinq suspects, parmi lesquels deux présidents de bureaux de vote et leurs deux adjoints respectifs.
Le mode opératoire détaillé par le parquet
Le parquet avait ensuite détaillé, samedi 26 septembre, le scénario retenu par les enquêteurs. Le suspect interpellé en possession du sac, vice-président d’un bureau de vote, aurait soustrait un lot de bulletins depuis l’intérieur de son bureau, avec l’aide du président de ce même bureau. Il les aurait dissimulés dans le sac avant de les sortir de l’école, puis aurait œuvré à les réintroduire dans deux bureaux de vote, en coordination avec les autres personnes impliquées.
Les investigations avaient également révélé que l’encre utilisée sur les bulletins saisis différait de celle employée dans les bureaux de vote. Sur la base de ces éléments, le parquet avait saisi le juge d’instruction d’une demande d’ouverture d’information judiciaire, pour suspicion d’atteinte aux opérations de vote, de falsification et de participation à ces faits.
Dans un communiqué daté du 1er octobre, le parquet de Tanger précise que les deux dernières interpellations, celles de Mounir Laymouri et de son comptable, s’inscrivent dans la poursuite de ces investigations. Les deux nouveaux mis en cause ont été déférés devant le procureur général du Roi et des expertises techniques ont été menées dans le cadre de l’enquête.
Selon les conclusions des investigations préliminaires, le premier suspect, comptable au sein d’une société, a participé à l’apposition d’une marque sur le symbole d’un parti politique sur des bulletins de vote. Il aurait agi à la demande de son employeur, Mounir Laymouri, le second suspect, qui se trouvait dans un appartement d’un établissement hôtelier, en compagnie de deux autres personnes porteuses de deux sacs contenant des bulletins de vote. Les quatre hommes auraient ensemble apposé une marque sur le symbole d’un parti politique sur ces bulletins.
Les enquêteurs ont pu récupérer les enregistrements de la caméra de surveillance de l’hôtel, pourtant effacés délibérément. Ces images montrent la présence du second suspect aux côtés de son employé comptable et de deux autres personnes, actuellement en détention préventive dans le cadre de ce même dossier, dans l’appartement en question, jusqu’à leur départ ensemble. Les accompagnait également le suspect qui avait sorti les bulletins de vote du bureau avant de les y réintroduire.
Les enregistrements ont par ailleurs établi qu’il s’agissait des deux mêmes sacs saisis par la suite dans les bureaux de vote concernés. Les investigations ont également démontré que le second suspect était présent lors de l’opération d’apposition de la marque sur le symbole du parti politique sur les bulletins.
Ce que révèle l’expertise du téléphone
L’expertise technique menée sur le téléphone du second suspect a en outre révélé plusieurs appels passés par l’intéressé, avant et le jour du scrutin, à deux des suspects actuellement en détention préventive dans ce dossier.
Sur la base de ces résultats, et dans un souci d’établir toutes les circonstances entourant cette affaire, le parquet a décidé de demander l’ouverture d’une information judiciaire contre les personnes concernées, en détention préventive, pour le crime d’atteinte aux opérations de vote et de participation à la falsification.
Le procureur général du Roi près la Cour d’appel de Tanger a indiqué que le parquet continuerait à suivre la procédure d’instruction afin de présenter les réquisitions nécessaires, dans le cadre de son souci d’application stricte de la loi.











