Dimanche, le bureau exécutif de l’Association des barreaux du Maroc (ABAM) avait décidé de surseoir à son mouvement de grève afin de saisir l’opportunité du débat rendu possible avec l’élection d’une nouvelle Chambre des représentants à la faveur des législatives du 23 septembre.
«Par cet arrêt provisoire de notre mouvement entamé en juin dernier, nous attendons des nouveaux parlementaires et du gouvernement qu’ils revoient les mesures controversées relatives à l’indépendance de la profession», a déclaré le président de l’ABAM, El Hocine Ziani lors d’un entretien avec Le360 au siège de l’Association à Rabat.
L’avocat rappelle que le choix de la date du 7 octobre pour geler la grève n’est pas fortuit mais intervient à la veille de l’ouverture de la session de la Chambre des représentants traditionnellement présidée par le roi Mohammed VI.
Et d’expliquer que les 18.000 avocats que compte le Royaume «ont pris en considération l’ouverture de la nouvelle année législative marquée par le discours de Sa Majesté le Roi. Par respect aux institutions et à cet événement, nous accordons au nouveau gouvernement l’opportunité de corriger certains dépassements contenus dans la loi telle qu’adoptée».
Le prochain Exécutif sera composé sur la base des résultats des législatives du 23 septembre et de la majorité qui s’en dégagera. «Nous allons suspendre la grève pour permettre la constitution du nouveau gouvernement et l’ouverture du dialogue sur les mesures de cette loi controversée qui réduit notre indépendance», a martelé le président de l’ABAM.
Lire aussi : Réunion du Conseil des avocats: ce que reproche le président de l’association des barreaux à la tutelle
«Nous ne cherchons pas de conflit, mais nous refusons le cheminement législatif qu’a suivi ce texte et les dispositions introduites à la dernière minute (par le ministère sortant de la Justice, NDLR) qui portent atteinte à l’indépendance du barreau et à son auto-organisation, et nous continuerons à plaider pour leur modification ou leur rejet».
Le président des barreaux a tenu à souligner que l’ABAM croit «fermement au dialogue et à l’approche participative», mais regrette néanmoins «le non-respect des compromis trouvés et la remise en cause des accords préalablement conclus avec le ministère de la Justice et le gouvernement».
En conclusion, El Houcine Ziani a assuré sur la disposition de l’ABAM à enclencher d’autres pourparlers, «mais nos principes fondamentaux et l’indépendance de la profession demeurent non négociables».
Lire aussi : Avocats: la loi controversée publiée au Bulletin officiel malgré la grève de la profession
Les 18.000 avocats marocains observent la grève illimitée depuis quatre mois pour protester contre une loi qui, selon eux, porte atteinte à l’indépendance de leur profession au profit du parquet et du ministère de la Justice.
Les robes noires contestent notamment les dispositions permettant à la Cour des comptes de contrôler certains fonds liés à la profession, l’ouverture du marché marocain aux cabinets et avocats étrangers, ainsi que le transfert au ministère de la Justice de certaines compétences relatives à la formation des avocats.
La profession estime que ces dispositions modifient profondément les équilibres régissant son organisation et réduisent le rôle des barreaux et des bâtonniers. Le ministère de la Justice défend, pour sa part, une réforme destinée à moderniser la profession, à renforcer sa gouvernance et à adapter son fonctionnement aux transformations du système judiciaire.



