Le bras de fer entre le ministère et les avocats s’intensifie, la justice en crise

Des avocats manifestent devant le Parlement, à l'appel de l’Association nationale des barreaux du Maroc (ABAM), le 29 juin 2026, à Rabat. (Y.Mannan/Le360).

Revue de presseAlors que la grève du barreau dépasse le cap symbolique des cent jours, le vote et la publication de la loi 66.23 poussent les instances professionnelles à durcir le ton en agitant la menace d’un boycott des élections. Paralysie de l’appareil judiciaire, appels aux démissions collectives et grogne croissante de praticiens asphyxiés par un débrayage sans fin… La justice s’enfonce dans une crise sans précédent. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Ahdath Al Maghribia.

Le 26/08/2026 à 18h52

La contestation des avocats au Maroc vient de franchir un nouveau palier de tension suite aux appels lancés par leurs instances représentatives pour maintenir un arrêt total des prestations professionnelles. Cette décision intervient en signe de protestation contre le projet de loi numéro 66.23 relatif à l’organisation de la profession d’avocat. Cette accentuation du mouvement survient dans un climat d’incertitude et de fracture, au moment même où des voix s’élèvent au sein de la profession pour réclamer la fin d’une grève qui dure depuis plus de trois mois, en raison des lourdes conséquences professionnelles et sociales qu’elle engendre, indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia de ce jeudi 27 août.

L’Association des barreaux du Maroc a ainsi exhorté l’ensemble des avocats, des bâtonniers et des instances à poursuivre le débrayage général jusqu’à ce qu’une réponse satisfaisante soit apportée à leurs revendications. Selon l’association, la bataille en cours vise avant tout à préserver l’indépendance de la profession et à garantir la dignité de ses praticiens. Cette prise de position formelle fait suite au renvoi du dossier devant les organes décisionnels de l’organisation, alors que le débat s’intensifie autour des dispositions du texte contesté et de leurs répercussions sur la pratique quotidienne de la justice.

S’inscrivant dans cette même dynamique, la Fédération des associations des jeunes avocats du Maroc a appelé à poursuivre ce qu’elle qualifie de combat existentiel. Elle préconise la diversification des formes de protestation, le maintien du débrayage total, ainsi que la suspension de l’assistance judiciaire, sans exclure la possibilité de recourir à des démissions collectives le moment venu. Ces réactions virulentes surviennent après la publication officielle de la loi numéro 66.23 au Bulletin officiel du 20 août 2026, malgré l’incapacité de la Cour constitutionnelle à se prononcer sur la conformité de plusieurs de ses articles en raison d’un vice de procédure lors de sa saisine. Pour les jeunes avocats, le parcours législatif de ce texte, entamé avec une première mouture en 2022, a été marqué par des blocages successifs et des reculs par rapport aux accords préalablement conclus avec les instances professionnelles, écrit Al Ahdath Al Maghribia.

Allant encore plus loin dans la surenchère, la fédération envisage désormais le boycott des prochaines élections professionnelles ainsi que des mesures similaires concernant les échéances législatives, tout en insistant sur la nécessité d’unir les rangs pour maintenir la pression. En parallèle, une opposition interne se dessine de manière de plus en plus visible. De nombreux professionnels estiment qu’une grève dépassant une centaine de jours est devenue financièrement et moralement insoutenable. C’est le cas notamment de Me Fatima Zohra El Ibrahimi, avocate au barreau de Casablanca, qui a annoncé sa décision de reprendre le travail dès le 1er septembre, justifiant son choix par le respect du serment professionnel, la préservation de la confiance de ses clients et la défense des droits de la défense.

Par La Rédaction
Le 26/08/2026 à 18h52