Climat: les espoirs déçus du Maroc face aux limites du Fonds pertes et préjudices

Lors des dernières inondations à Tanger et Tétouan.(S.Kadry/Le360)

Revue de presseLancé pour secourir les pays vulnérables frappés par le dérèglement climatique, le mécanisme financier des Nations Unies accumule déjà retards, manque de liquidités et critères stricts. Face à des dommages chiffrés à 1,26 milliard de dollars, le Maroc se heurte à un système sous-doté qui privilégie désormais les économies les plus démunies. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Economiste.

Le 26/08/2026 à 19h38

Créé avec enthousiasme lors de la COP28 à Dubaï en 2023 sous l’égide des Nations Unies, le Fonds pertes et préjudices devait incarner un grand élan de solidarité mondiale. Hébergée provisoirement par la Banque mondiale, cette structure a pour mission d’apporter une aide financière d’urgence aux nations en développement frappées par les effets irrémédiables du dérèglement climatique, qu’il s’agisse de catastrophes brutales comme les inondations ou de fléaux rampants à l’image de la désertification. «Pourtant, sur le terrain, l’enthousiasme laisse place à un véritable parcours du combattant», relève le quotidien L’Economiste dans son édition du jeudi 27 août.

Le Maroc en fait directement l’expérience. Alors que le Royaume estime les dommages subis sur son territoire à environ 1,26 milliard de dollars, soit près de 12,6 milliards de dirhams d’ici la fin de l’année 2025, la perspective d’obtenir un soutien financier significatif semble très incertaine. Un expert engagé auprès du ministère de la Transition énergétique et du Développement durable confie, sous couvert d’anonymat, la complexité de la situation, attribuant cet obstacle à un faisceau de contraintes structurelles et géopolitiques.

La première difficulté réside dans l’asymétrie béante entre les moyens du Fonds et la réalité des besoins mondiaux. Sur un total de 822 millions de dollars de promesses formulées par vingt-sept pays contributeurs, à l’image de la France, de l’Allemagne ou des Émirats arabes unis, seuls 449 millions ont effectivement été versés sur les comptes de l’institution. Lors de la COP30, tenue en novembre dernier au Brésil, le Fonds a lancé un premier appel à projets doté de 250 millions de dollars sous forme de subventions d’urgence allant de 5 à 20 millions de dollars par dossier. Une goutte d’eau face aux 400 milliards de dollars de besoins annuels exprimés par l’ensemble des pays en développement. «Avec moins de 1% de couverture des préjudices réels, l’institution frôle la saturation», souligne L’Economiste.

Le Secrétariat a d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme quant à une crise de liquidité majeure d’ici la fin de l’année 2027. La pression ne cesse de monter, comme l’a illustré la réunion du Conseil d’administration tenue en juillet dernier à Manille, où 176 demandes, culminant à 2,8 milliards de dollars, ont été déposées. Pour éviter l’asphyxie, les administrateurs préparent une stratégie de reconstitution des ressources pour 2027 en ciblant le secteur privé, le mécénat et d’éventuelles taxes internationales innovantes sur le carbone ou le transport aérien.

Au-delà de cette pénurie de capitaux, le Maroc se heurte à des exigences méthodologiques internes. Pour prétendre aux versements, les États doivent prouver leur capacité à évaluer, suivre et gérer les données relatives aux catastrophes naturelles, tout en impliquant les populations locales et la société civile. Or, le Royaume ne dispose pas encore d’une base de données nationale centralisée et unifiée sur les pertes et préjudices. Pour bâtir sa trajectoire climatique CDN 3.0 et attester des dégâts subis, Rabat a dû composer avec des plateformes internationales en libre accès comme EM-DAT ou UNDR-DesInventar, dont les historiques consultés restent fragmentaires et incomplets, lit-on encore dans L’Economiste.

Enfin, le critère d’attribution prioritaire constitue un frein déterminant pour les ambitions marocaines. Face au manque de moyens, le Fonds réserve l’essentiel de ses subventions directes aux pays à très faible revenu et à l’indice de vulnérabilité extrême, parmi lesquels le Soudan du Sud, le Niger, Haïti ou l’Afghanistan. Ces nations affichent un revenu national brut par habitant inférieur ou égal à 1 135 dollars. Avec un revenu national brut par habitant franchissant les 4 360 dollars selon les dernières données de la Banque mondiale, le Maroc se situe dans une catégorie intermédiaire qui l’éloigne de la liste des bénéficiaires les plus urgents, complexifiant considérablement ses chances d’obtenir une compensation à la hauteur de ses préjudices.

Par La Rédaction
Le 26/08/2026 à 19h38