Le discours de Nasser Bourita à la 81e Assemblée générale de l’ONU, au nom de Sa Majesté le Roi, a été une séquence où le Maroc affirma sa position avec une fermeté tranquille, rappelant l’unique solution politique réaliste et durable, sans céder à la surenchère.
Face à l’Assemblée générale des Nations unies, Nasser Bourita incarna une diplomatie qui n’a pas besoin de hausser le ton pour se faire entendre. Calme, serein, sûr de lui derrière ses fines lunettes, il avance avec cette maîtrise paisible de celui qui connaît ses dossiers, ses interlocuteurs et ses objectifs. Tout est clair et limpide.

Dans son attitude se lit une tradition diplomatique séculaire. La sagesse dans la parole, le respect de l’autre, la patience dans la négociation et le pragmatisme dans l’action. Une diplomatie qui privilégie la raison à l’emportement, le dialogue à la confrontation et les intérêts durables aux effets de manche.
À New York, Bourita ne cherche pas à impressionner. Il représente un Royaume chérifien, état civilisation, qui parle avec assurance, écoute avec respect et agit avec constance. Il sait qu’il a gagné toutes les batailles et la guerre, mais ne fanfaronne pas. Il parle. Il adresse des messages au nom d’un Roi éclairé de tout un peuple.
Le choix du temps long
Il y a, dans la diplomatie marocaine contemporaine, une dimension qui échappe souvent aux observateurs pressés. Le Royaume n’est jamais dans la réaction impulsive. Il ne s’inscrit que dans la durée.
Si Bourita l’a parfaitement incarné devant l’hémicycle new-yorkais. Rabat considère que la solution au différend du Sahara doit être « politique, réaliste, pragmatique ». Il martèle avec assurance, fermeté et douceur dans le ton que la solution ne peut être que fondée exclusivement sur l’initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité, notamment la résolution 2797 adoptée en octobre 2025.
Cette constance est devenue une méthode. Le Maroc a compris une vérité essentielle que d’autres n’arrivent pas à intégrer. Certaines batailles ne se gagnent pas par le bruit, mais par l’accumulation patiente des faits et de vérités. Le vacarme peut avoir un effet instantané mais n’impacte aucunement l’avenir une fois confronté à la bonne foi, à la fermeté et à la vérité.
La patience n’est pas l’attente
Rabat n’attend pas que le temps passe. Il l’utilise.
Depuis plusieurs années, le Royaume transforme la question du Sahara en projet de développement. Dakhla, Laâyoune, Boujdour, Smara, les infrastructures portuaires, les corridors logistiques, les projets énergétiques et l’ouverture atlantique ne sont pas de simples programmes économiques. Ils participent d’une stratégie de long terme visant à faire des provinces du Sud un espace de connexion entre le Maroc, l’Afrique et l’Atlantique ; bien évidemment au profit des peuples de la région. Ceux ayant la liberté d’adhérer au process.
Le discours marocain à l’ONU, en 2025 comme en 2026, a systématiquement mis en avant cette transformation socio-économique et le rôle croissant des provinces du Sud comme plateforme de paix, de sécurité et de codéveloppement de la région. Le Maroc ne demande plus seulement que l’on regarde sa carte. Il invite à regarder avec respect et considération ce qui se construit sur le terrain.
Les Sahraouis ne sont pas une abstraction diplomatique
Il est désormais difficile d’évacuer une réalité politique constante. Les populations sahraouies vivant dans les provinces du Sud participent librement aux institutions marocaines, aux élections, à la vie politique et aux mécanismes constitutionnels du Royaume. Elles ne sont pas de simples chiffres dans les rapports diplomatiques. Ce sont des citoyens qui votent, élisent leurs représentants et participent, dans le cadre constitutionnel marocain, à la vie publique et celle de la nation.
C’est précisément cette réalité que le Maroc entend rappeler. Les populations concernées sont considérées comme des acteurs de leur propre avenir, et non comme une variable d’un conflit géopolitique entretenu artificiellement depuis cinq décennies.
La démarche marocaine consiste a faire passer progressivement le débat d’une logique de confrontation à une prise de conscience d’une logique de gestion politique, institutionnelle et démocratique.
Pendant qu’Alger bloque, le Maroc avance
Le contraste avec l’Algérie, de plus en plus isolée, devient particulièrement frappant.
Alger peut continuer à considérer que le statu quo constitue une stratégie. Elle peut continuer à bloquer les initiatives onusiennes, à maintenir le conflit dans les enceintes diplomatiques et à faire de la question du Sahara un élément central de sa politique régionale et internationale. L’argent du pétrole et du Gas est là pour financer au dépend de la prospérité du peuple. Mais le temps ne travaille pas nécessairement en faveur du statu quo. Le blocage diplomatique ne ralentit pas seulement les autres. Il finit par bloquer dangereusement celui qui le pratique.
Pendant que le Maroc multiplie les partenariats avec l’Afrique, l’Europe, l’Asie, les États-Unis, les pays du Golfe et les puissances émergentes et développe son infrastructure économique et logistique, le Maghreb reste l’une des régions du monde où l’intégration régionale demeure particulièrement faible.
C’est une contradiction historique inintelligible. Deux pays voisins, deux économies pouvant être complémentaires, deux peuples liés par la géographie, mais une frontière fermée et une coopération régionale réduite à son minimum.
Le Maroc a choisi de contourner cette impasse par une politique de partenariats concrets, avec des acteurs économiques qui regardent moins les querelles idéologiques que les perspectives d’investissement, de commerce et de développement.
Le Sud marocain change d’échelle
C’est probablement ce qui explique une partie de la nervosité autour du dossier.
Une question territoriale autrefois traitée essentiellement sous l’angle diplomatique est devenue progressivement une question de réalité économique. Lorsque les infrastructures arrivent, lorsque les ports se développent, lorsque les investissements se multiplient, lorsque les villes se transforment et que de nouveaux corridors commerciaux apparaissent, le débat change de nature.
Le projet Nador West Med, Tanger Med, les grands investissements dans les provinces du Sud et la vision atlantique du Maroc participent d’une même logique voulue par Sa Majesté le Roi. Celle d’inscrire le Royaume dans les grandes chaînes de valeur méditerranéennes, africaines et atlantiques. Cette dynamique ne dépend plus uniquement des déclarations politiques. Elle dépend désormais aussi d’Etats partenaires, d’investisseurs, d’entreprises, d’infrastructures et de marchés. Autrement dit, elle crée des intérêts imbriqués concrets et rend la démarche marocaine progressivement impossible à inverser.
Une politique de faits accomplis?
Certains adversaires du Maroc qualifieront cette stratégie de « politique de faits accomplis ».
Le terme mérite d’être discuté. Mais une chose est certaine, le Maroc ne cherche plus à convaincre uniquement par des arguments diplomatiques. Il est en train de créer une réalité économique, sociale et institutionnelle suffisamment solide. Il a suffisamment fait de sacrifices et accordé de concessions dans le passé. Là, la solution qu’il propose est devenue la seule capable de s’inscrire dans la durée. C’est exactement le sens du choix de l’autonomie sous souveraineté marocaine. Une solution qui cherche à concilier l’intégrité territoriale revendiquée par le Royaume avec une large gestion des affaires locales.
Le Maroc ne présente donc plus son approche comme une concession provisoire. Il la présente comme le cadre d’une solution définitive. Une évolution fondamentale incontournable.
L’Algérie peut continuer à dire non
L’Algérie a parfaitement le droit de maintenir sa position. Elle peut continuer à considérer que le conflit doit être traité selon sa propre lecture. Mais elle est impuissante dans les faits et ne peut pas empêcher le Maroc de développer ses territoires, de construire ses infrastructures, de nouer des partenariats et de faire évoluer les conditions économiques et sociales sur le terrain.
C’est peut-être là le paradoxe de la stratégie algérienne. A force de vouloir empêcher le Maroc d’avancer, elle est surtout en train de s’empêcher elle-même d’avancer avec lui. Le véritable enjeu dépasse désormais le seul Sahara. Il concerne l’avenir de ce Maghreb fermé, méfiant et fragmenté. Cela coûte cher à tous ses peuples. Un Maghreb connecté, commerçant et intégré pourrait créer des opportunités considérables.
Le Maroc a choisi, pour sa part, de ne pas attendre que cette intégration régionale devienne possible pour développer ses propres connexions avec le reste du continent.
Il faut sanctionner les États qui financent, abritent et arment des groupes subversifs
Lors de son intervention à la 81e Assemblée générale des Nations unies, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, n’a pas été par quatre chemin et a mis le curseur exactement là où il faut. Il a lancé un appel clair à la communauté internationale et l’a mise devant ses responsabilités. Il est temps de sanctionner les pays qui financent, abritent et arment des groupes armés non étatiques menaçant la stabilité régionale et la sécurité internationale.
Pour Rabat, les choses sont claires, l’appel est solennel et sans détour. La lutte contre ces groupes ne peut se limiter à des opérations militaires ou à des résolutions de principe. Elle exige de s’attaquer franchement à leurs soutiens étatiques. «Certains États continuent d’utiliser des acteurs non étatiques comme instruments de politique étrangère, a souligné Bourita. Tant que ces parrains resteront impunis, le cycle de violence et d’instabilité se poursuivra.» Le Maroc a expérimenté la présence d’un tel groupe à ses frontières. Le Maroc a enduré des décennies durant, cette présence. Le Maroc sait ce qu’il dit.
Le ministre a donc explicitement pointé du doigt les États qui soutiennent des milices ou des mouvements séparatistes, les arment et leur offrent bases arrières et repli, tout en se présentant comme des partenaires de paix dans les enceintes internationales. L’Algérie est directement désignée en ce qui concerne le Maroc.
La demande est précise. L’ONU et le Conseil de sécurité doivent prévoir des mécanismes de sanctions diplomatiques, économiques ou militaires, contre tout État prouvé comme finançant, hébergeant ou fournissant des armes à des groupes subversifs qui déstabilisent des régions entières, menacent les routes du commerce et des humains ou entravent les processus de paix.
Les groupes subversifs n’ont pas d’industrie, ne fabriquent ni armes ni véhicules, ni ne raffinent de pétrole et pourtant ils en disposent à profusion. Qui les leur fournit? Qui les paye pour eux? Qui les leur achemine? Qui leur offre abri et sécurité? Qui les laisse prospérer dans l’impunité?
Pour le Maroc, cette approche est indissociable de sa vision d’une solution politique au différend du Sahara. Il n’est plus possible de traiter d’un côté avec des « partenaires de paix » et, de l’autre, de tolérer des États qui entretiennent des conflits par procuration, en abritant, en finançant et en supportant diplomatiquement des subversifs.
En filigrane, c’est une critique directe de l’Algérie qui soutient, arme et finance le Polisario et d’autres groupes armés dans la région. Qui bloque toute avancée diplomatique sur le dossier du Sahara tout en se déclarant, à qui veut le croire, partenaire pour la paix.
La position marocaine est désormais limpide et les propos clairs et directs. La paix ne se construira pas tant que les parrains étatiques de la subversion resteront à l’abri de toute sanction.
Droit dans ses bottes
C’est finalement ce qui explique le ton marocain.
Le Royaume n’a pas besoin de hausser la voix pour affirmer sa position. Il n’a pas besoin de répondre à chaque provocation. Il n’a pas besoin de transformer chaque désaccord en crise diplomatique. Il n’a pas besoin de sa télévision pour insulter et propager les fakes et les mensonges. Il n’a pas besoin de déstabiliser les autres pour exister.
Il avance.
Sa patience est devenue l’une de ses principales armes diplomatiques. La sagesse, dans ce contexte, consiste précisément à comprendre que la précipitation peut être une faiblesse. Le Maroc a choisi intelligemment sa voie. Il tient sa position, continue à négocier, soutient les efforts des Nations unies et promeut la recherche d’une solution politique, tout en poursuivant simultanément son développement.
C’est une stratégie de temps long qui repose sur une conviction désormais profondément installée dans la politique marocaine. Le Royaume chérifien est convaincu que la solution ne sera pas imposée par l’émotion, mais construite par la réalité. Il peut donc se permettre de continuer à attendre. Mais sans rester immobile.
Pendant que les uns bloquent, il construit. Pendant que les autres parlent du Sahara, il développe ses provinces du Sud. Pendant que certains entretiennent le conflit, il multiplie les partenariats. Et surtout pendant que l’Algérie peut continuer à jouer la carte du blocage, le Maroc, lui, a compris que la meilleure manière de rendre une démarche durable, est de la transformer progressivement en réalité.
La patience marocaine n’est donc pas une patience passive. C’est une patience en mouvement, ce qui confère à la démarche engagée un caractère de plus en plus irréversible. Tel est le message que M. Bourita a transmis devant la 81ᵉ Assemblée générale des Nations Unies, dans la droite ligne de la diplomatie telle que conçue et pilotée par Sa Majesté le roi Mohammed VI.



