Abdelilah Benkirane ferme la porte au PAM et choisit l’opposition

عبد الإله بنكيران

Abdelilah Benkirane, secrétaire général du PJD.

Malgré un net rebond avec 54 sièges décrochés aux législatives, le secrétaire général du PJD, Abdelilah Benkirane, refuse clairement d’intégrer une coalition menée par le PAM, vainqueur du scrutin. Le parti à référence islamiste fait ainsi le choix stratégique de basculer dans l’opposition, avec l’ambition d’en prendre la tête.

Le 24/09/2026 à 17h43

Abdelilah Benkirane, secrétaire général du Parti de la Justice et du Développement (PJD), a fermé la porte à toute participation du parti de la Lampe à une coalition gouvernementale menée par le Parti Authenticité et Modernité (PAM), arrivé en tête des législatives avec 97 sièges.

​Cette position catégorique a été formulée par le chef du PJD lors de l’ouverture de la réunion du secrétariat général du parti ce jeudi 24 septembre à Rabat: «En ce qui me concerne, il n’est absolument pas question de participer à un gouvernement dirigé par le PAM».

Benkirane a par ailleurs annoncé la convocation, dans les plus brefs délais, du Conseil national du PJD, probablement ce week-end, afin de trancher la position du parti et de définir sa ligne pour la prochaine étape.

​Un retour assumé dans l’opposition

​Dans une déclaration pour Le360, Abdelilah Benkirane a précisé que son parti ferait le choix de l’opposition, malgré les 54 sièges remportés. Il a qualifié les résultats du PJD de «très positifs et encourageants», en dépit de quelques dépassements constatés lors du scrutin. Concernant le taux de participation — qui n’a pas dépassé les 38 % —, le leader du PJD a estimé qu’il restait faible, mais qu’il avait néanmoins dépassé le «seuil critique redouté», permettant ainsi de «sauvegarder l’honneur de la nation».

​Justifiant ce choix stratégique, Benkirane a souligné qu’un tel repositionnement dans l’opposition était une démarche naturelle. Il a notamment pointé du doigt les conditions de création et l’histoire du PAM, les désignant comme l’obstacle majeur à toute cohabitation au sein d’un même exécutif.

​La reconquête des villes et l’«exception marocaine»

​De son côté, Mustapha El Khalfi, membre du secrétariat général du PJD, a confirmé cette orientation. Dans ses propos au 360, il a souligné que ces échéances électorales marquaient un tournant politique majeur, illustré par la forte progression du PJD, qui passe de 13 à 54 sièges selon les résultats préliminaires. Selon lui, cette remontée traduit la confiance renouvelée des citoyens dans le projet politique du parti, qui réaffirme ainsi son ancrage dans les grands centres urbains.

​«À l’instar des tendances observées à l’échelle internationale, le vote urbain revêt une dimension hautement politique. En arrivant en tête dans les grandes villes, le PJD confirme son statut de force politique de premier plan au niveau national», a ajouté El Khalfi.

​L’ancien ministre est également revenu sur ce qu’il qualifie d’«exception marocaine», caractérisée par l’intégration réussie des partis à référence islamiste au sein des institutions démocratiques: «Pouvoir quitter le gouvernement par les urnes et y revenir — ou siéger dans l’opposition — démontre la singularité du modèle marocain, à l’opposé d’autres expériences régionales qui ont usé de méthodes non démocratiques à l’égard des mouvements islamistes.»

​El Khalfi a estimé que le PJD était aujourd’hui le candidat naturel pour prendre la tête de l’opposition politique. Tout en rappelant qu’il reviendra au Conseil national du parti de trancher à la lumière des résultats définitifs, il a affirmé que la place naturelle du PJD est d’être un acteur majeur et constructif dans la conduite de l’opposition, au service de l’intérêt général.

Par Hafida Ouajmane et Khalil Essalak
Le 24/09/2026 à 17h43