Migration clandestine: comment l’Algérie est devenue la nouvelle passoire de l’UE

Des migrants algériens à destination des Baléares.

Des migrants algériens.

Le flux migratoire issu d’Algérie s’intensifie, selon Frontex, poussant les passeurs à risquer le tout pour le tout sur des trajectoires mortelles afin de déjouer la surveillance et d’investir ce que Le Figaro appelle désormais la «nouvelle passoire».

Le 26/06/2026 à 19h40

Le flux migratoire issu d’Algérie s’intensifie, selon Frontex. Parallèlement, les passeurs tentent de dangereux itinéraires, pour contrer les contrôles frontaliers du Maroc ou de la Mauritanie. C’est le tableau que dresse Le Figaro dans un long décryptage publié jeudi, s’appuyant sur les dernières données de l’agence européenne de surveillance des frontières. Un tableau qui désigne l’Algérie pour ce qu’elle est devenue: «la nouvelle passoire» de l’immigration clandestine vers l’Europe.

De toutes les routes migratoires entre l’Afrique et l’Europe, une seule est en hausse en 2026. C’est la Méditerranée occidentale, entre le Maghreb et l’Espagne. Les passages détectés y ont progressé de 50% entre janvier et avril. Pas moins de 1.300 traversées par mois en moyenne y ont été enregistrées par le détroit de Gibraltar. Sur toutes les autres routes, les chiffres reculent. La migration irrégulière aux frontières extérieures de l’Union européenne a baissé de 26% en 2025 par rapport à 2024. Au premier trimestre 2026, le recul atteint 40%. Une seule exception à ce tableau. Nommons l’Algérie.

Selon les gardes-frontières européens, «l’Algérie est restée le principal pays de départ» sur cette route. Et «cette hausse reflète un changement dans les routes de contrebande, car des contrôles plus stricts au Maroc et sur les routes voisines d’Afrique de l’Ouest et de la Méditerranée centrale ont poussé davantage de départs vers les côtes algériennes». Le Figaro relève que cette évolution vient «quelque peu nuancer le récit de la “nouvelle relation” fructueuse avec Alger».

Ce reflux généralisé sur toutes les autres routes est directement lié aux accords conclus entre l’Europe et plusieurs pays de transit. Le commissaire européen aux Migrations, Magnus Brunner, y voit le résultat des «partenariats internationaux» mis en place avec des pays tiers. Fernand Gontier, l’ancien patron de la police aux frontières française cité par Le Figaro, précise que l’objectif de cette externalisation est de «prévenir les départs depuis les pays sources ou de transit, en neutralisant l’action des trafiquants sur place, en entravant les itinéraires non seulement maritimes mais aussi terrestres, en développant la coopération avec les autorités responsables et en promouvant la communication sur les risques encourus auprès des populations». Parmi ces partenaires figurent le Maroc, la Tunisie, la Mauritanie, l’Égypte et le Sénégal. L’Algérie est absente de cette liste.

Les réseaux de passeurs «effectuent en permanence une forme de benchmarking, adaptant leurs itinéraires pour privilégier les pays réputés les plus généreux ou les plus laxistes», rappelle Le Figaro. Les trois nationalités les plus représentées sur la route du détroit de Gibraltar sont, selon Frontex, les Algériens, les Maliens puis les Marocains. La politique du gouvernement socialiste espagnol entretient par ailleurs, selon le quotidien français, «une forme d’appel d’air», les réseaux de passeurs orientant leurs flux vers les pays réputés les plus accueillants.

Sur les routes atlantiques vers les Canaries, les résultats obtenus par les pays engagés dans la coopération européenne parlent d’eux-mêmes. Les passages détectés ont chuté de 78% entre janvier et avril 2026. La Mauritanie a appréhendé plus de 30.000 personnes sur son territoire et en a expulsé au moins 18.300 vers le Mali, dont Bamako constitue, selon Le Figaro, «une vraie plaque tournante des trafics». D’importants renvois ont également été effectués vers le Sénégal.

Le Centre mixte des migrations (MMC), lié à une organisation humanitaire danoise et cité par Le Figaro, a conduit plus d’un millier d’entretiens auprès de migrants sur ces routes. Ses chercheurs observent un glissement progressif des points d’embarquement vers le sud, «interprété comme une réponse à la surveillance accrue des littoraux marocain et mauritanien». Les principaux points de départ vers les Canaries restent le Maroc à 41%, la Mauritanie à 30% et le Sénégal à 24%, avec des départs plus marginaux depuis la Gambie, la Guinée-Bissau, la Guinée, la Côte d’Ivoire et le Cap-Vert.

Les personnes interrogées en Mauritanie déclarent massivement des raisons économiques, à 96%. Celles interrogées en Espagne mentionnent beaucoup plus souvent la violence, l’insécurité et les violations de droits, respectivement à 29% et 28%, pour environ 47% qui évoquent également des raisons économiques.

Le MMC documente aussi les conditions de ces traversées. 47% des personnes interrogées déclarent s’être senties en danger au moins une fois durant leur parcours, un chiffre qui monte à 71% parmi celles interrogées en Espagne. La principale crainte est la mort, citée par 64% des migrants interrogés, suivie par la maladie ou les blessures à 29%, liées au risque de chavirage, au manque de nourriture et d’eau, au froid et à la durée des trajets, «souvent bien supérieure aux temps théoriques, en particulier pour les départs les plus au Sud».

Pour Le Figaro, «les chiffres peuvent bien baisser, la migration semble inexorable». Et sur les côtes algériennes, elle ne diminue même pas. La migration est peut-être «inexorable». Mais l’inaction d’Alger, elle, est un choix.

Par Hajar Kharroubi
Le 26/06/2026 à 19h40