En Espagne, 500.000 migrants se lancent dans le marathon de la régularisation

Des migrants marocains font la queue devant le consulat général du Royaume du Maroc dans la perspective de régulariser leur situation à Bilbao, en Espagne, le 15 avril 2026. AFP or licensors

Le gouvernement espagnol a approuvé un décret visant à régulariser la situation de plusieurs centaines de milliers de migrants sans papiers, a déclaré le Premier ministre Pedro Sánchez, qui s’oppose à la tendance européenne de répression de l’immigration irrégulière.

Le 17/04/2026 à 07h03

«On nous met des bâtons dans les roues partout», déplore la Péruvienne Madeleine Castillo devant les portes du consulat de son pays à Madrid qui, comme c’est le cas de nombreuses représentations latino-américaines ou nord-africaines, notamment dans les grandes villes espagnoles, connaît ces derniers jours une affluence exceptionnelle.

«On nous dit que tout est gratuit, mais il y a des démarches qui, sans avocat, sont difficiles à réaliser», poursuit cette femme de 28 ans, mère de trois petites filles, qui essaie d’obtenir un document prouvant qu’elle est bien péruvienne.

À la sortie d’un bureau du gouvernement régional de Madrid, Carolina, une Colombienne de 30 ans qui ne souhaite pas donner son nom, est, elle, ravie: elle vient d’obtenir l’historique de son abonnement de transport public, où figurent tous les renouvellements.

«Un avant et un après»

C’est l’une des voies privilégiées par les migrants pour prouver qu’ils résident en Espagne depuis plus de cinq mois de façon ininterrompue, une exigence dans le processus dont le gouvernement du Premier ministre socialiste Pedro Sánchez a confirmé le lancement cette semaine, après l’avoir annoncé fin janvier.

Certains espèrent même prouver leur présence ininterrompue en Espagne avec «leur carte de fidélité du supermarché ou l’historique des envois de fonds» à leurs familles, assure Carolina, mais une preuve de consultation médicale dans le système de santé public est également valable.

Cette Colombienne vit en Espagne depuis un an et demi, et la régularisation, qui devrait concerner dans le pays quelque 500.000 personnes, en très grande majorité des migrants latino-américains, marquerait pour elle «un avant et un après» dans sa vie.

Normalement, elle aurait dû attendre deux ans pour demander un titre de séjour légal par la voie dite «de arraigo» (d’enracinement), la plus utilisée dans un pays qui n’est pas strict en matière d’expulsion des migrants. «Mais dès qu’on a commencé à parler de cette voie extraordinaire, en janvier, mon avocate m’a poussée à commencer à réunir les documents», explique-t-elle à un journaliste de l’AFP.

Les personnes intéressées doivent aussi prouver qu’elles n’ont pas de casier judiciaire en Espagne ni dans les pays où elles ont résidé précédemment, et «ne pas représenter une menace pour l’ordre public».

Selon le profil du demandeur, il peut également lui être demandé de prouver qu’il a déjà travaillé, qu’un membre de sa famille se trouve déjà en Espagne ou qu’il est en situation de vulnérabilité.

Alejandra, une Colombienne de 38 ans arrivée en Espagne en 2022, sort du consulat de son pays à Madrid en brandissant un nouveau passeport colombien, le dernier document qui lui manquait, mais sa joie n’est pas totale.

«400 appels par jour»

«J’ai tous mes papiers parce que je suis demandeuse d’asile, mais mon mari ne l’est pas et il lui manque un certificat de vulnérabilité», explique-t-elle. «Il ne trouve pas de travail parce qu’il n’a pas de papiers, et il n’arrive pas à obtenir ce certificat, c’est difficile pour lui.»

Le délai pour présenter les demandes de régularisation prendra fin le 30 juin. L’administration dispose de 15 jours pour indiquer si le dossier est déclaré recevable.

Face à une opération de cette ampleur, le gouvernement a préparé «un plan opérationnel avec énormément de travail et d’attention, à la hauteur de l’enjeu», a assuré la ministre des Migrations Elma Saiz.

Un réseau d’environ 450 bureaux de la sécurité sociale, de la poste et des services d’immigration a été mis en place, avec des horaires renforcés, et plus de 550 professionnels supplémentaires, affectés exclusivement au traitement des dossiers, ont été recrutés.

«Nous venons d’un système qui est déjà lent pour les procédures ordinaires», met toutefois en garde auprès de l’AFP Guillermo Valderrábano, fondateur et directeur d’ExtranjeríaClara.com, un cabinet qui assiste les migrants dans ces démarches.

Son cabinet reçoit ces jours-ci «400 appels par jour» de personnes intéressées, assure-t-il.

«C’est au fur et à mesure qu’on verra si ça fonctionne. La clé, ce n’est pas seulement le volume, mais la manière dont la documentation est interprétée et dont elle est gérée dans chaque bureau. C’est là que, historiquement, les goulets d’étranglement sont apparus», souligne-t-il.

«Des ressources supplémentaires ont été mises en place pour collecter les informations, maintenant le défi est de les traiter au rythme promis», conclut-il.

Les principaux paramètres du dispositif sont bien ceux-là: l’Espagne a ouvert la procédure extraordinaire le 16 avril en ligne, avec accueil en présentiel à partir du 20 avril sur rendez-vous, pour des personnes présentes avant le 1er janvier 2026, pouvant prouver au moins cinq mois de présence continue et l’absence de casier judiciaire. Le gouvernement estime qu’environ 500.000 personnes pourraient être concernées, dont un quart de Marocains.

Par Le360 (avec AFP)
Le 17/04/2026 à 07h03