L’escalade se poursuit entre l’Association des barreaux du Maroc (ABAM) et le ministre de la Justice. Dans un geste d’une fermeté remarquée, l’instance a décidé, à l’issue d’une réunion tenue mercredi soir à Rabat, de durcir sa position en annonçant notamment un arrêt de travail préventif. «Celui-ci, prévu du 15 au 21 juin, concernera l’ensemble des services rendus par la profession», rapporte Assabah du vendredi 12 juin.
Cette décision, adoptée par le bureau de l’association réuni pour examiner l’évolution du projet de loi relatif à la profession ainsi que les dernières prises de parole du ministre dans l’hémicycle, fait suite à ce que l’ABAM qualifie de «propos offensants et dénués de responsabilité». Dans un communiqué, elle dénonce des «accusations dénuées de fondement» visant tant l’association elle-même que les bâtonniers, ainsi que des qualificatifs jugés attentatoires à la dignité des avocats et à leur profession.
Pour l’ABAM, «le fait que ces déclarations émanent d’un membre du gouvernement et aient été proférées au sein de l’enceinte parlementaire confère à ces attaques un caractère particulièrement provocateur et inacceptable». Ce climat tendu survient, souligne-t-elle, au moment même où l’association mène une campagne pour défendre les constantes et les valeurs fondamentales de la profession.
Par ailleurs, l’ABAM a vigoureusement pris la défense de la mutuelle des barreaux du Maroc, qu’elle considère comme un acquis social essentiel pour les avocats et leurs familles. Elle rappelle que cet organisme est soumis au contrôle des autorités compétentes, au premier rang desquelles figure l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS). Les rapports officiels émanant des instances de contrôle, ajoute-t-elle, ont d’ailleurs reconnu la qualité de sa gouvernance et de sa gestion.
Face à ce qu’elle perçoit comme une «attaque féroce et continue» contre la profession, l’association a dévoilé un ensemble de mesures d’escalade, parmi lesquelles l’envoi d’un courrier au chef du gouvernement. Dans ce courrier, elle dénonce ce qu’elle estime être un «discours incitatif» tenu par le ministre de la Justice à l’endroit des avocats et de leurs organes représentatifs au sein de l’institution législative.
L’ABAM a également chargé sa présidence ainsi que celle de la mutuelle d’organiser une conférence de presse afin de répondre point par point à ce qu’elle qualifie d’«allégations et accusations infondées», relaie Assabah.
En revanche, l’association a tenu à saluer l’attitude constructive du Parlement et de ses différentes composantes politiques, dont elle dit apprécier l’implication dans le dossier de la réforme de la profession d’avocat. Elle a enfin rendu hommage à «l’interaction positive» du chef du gouvernement, ainsi qu’à son respect des institutions et de la méthode du consensus.



