Devant la tournure très politique que prend l’examen du projet de loi 66.23 par le Conseil de la concurrence, Abdellatif Ouahbi, a décidé «de ne pas pratiquer la politique de la chaise vide», affirme Assabah de ce mercredi 3 juin. Refusant de déléguer ce dossier sensible à un directeur ou à un haut responsable de son ministère, le ministre de la Justice «a choisi de bousculer son agenda», écrit le quotidien, qui précise qu’«en déplacement à l’étranger, il a décidé d’écourter son séjour pour se présenter en personne devant l’institution présidée par Ahmed Rahhou». Pour Abdellatif Ouahbi, cette démarche «vise à répondre coup pour coup aux arguments de la Fédération démocratique du travail, le syndicat à l’origine de la saisine du Conseil, qui conteste les conditions et restrictions d’accès aux robes noires», affirme le quotidien, qui explique qu’en s’invitant directement «dans l’arène de l’instance constitutionnelle, Abdellatif Ouahbi entend clarifier la position de l’Exécutif et démontrer que sa réforme repose sur des bases économiques et juridiques solides».
Cette implication personnelle traduit «l’intransigeance du ministre face à la fronde de l’Association des barreaux du Maroc», puisqu’en coulisses, «Abdellatif Ouahbi maintient le cap et refuse de céder sur les dispositions qui encadrent strictement l’activité des avocats», indique Assabah, selon lequel la position du ministre est claire: «Le texte doit limiter les privilèges corporatistes, à l’instar de l’article 50 qui supprime les accords d’entraide financière obligatoire entre avocats, ou des mesures interdisant les sit-in et les slogans revendicatifs dans l’enceinte des tribunaux pendant les audiences». Le ministre de la Justice réaffirme ainsi «l’autorité de l’État sur l’organisation de la justice, une ligne de conduite qui se reflète également dans l’article 11, où son ministère s’octroie le pouvoir exclusif de régenter l’accès à la profession et le stage, sans obligation de suivre l’avis des barreaux», relaie Assabah.
Le bras de fer engagé par le ministre s’est encore durci avec «la réécriture de l’article 122», révèle le quotidien. Dans une démarche perçue comme «un affront par la profession, Abdellatif Ouahbi a purement et simplement rayé de la carte le quota d’un tiers des sièges qui était garanti aux anciens bâtonniers au sein des Conseils de l’ordre. En imposant à la place un système d’élection par strates d’ancienneté, le ministre cherche à briser l’influence des figures traditionnelles du barreau», affirme le quotidien. Si le Conseil de la concurrence s’apprête à rendre son avis consultatif, Abdellatif Ouahbi a d’ores et déjà prévenu que cette procédure «n’entraverait en rien le calendrier législatif. Sûr de son fait, le ministre compte bien s’appuyer sur la majorité parlementaire à la Chambre des conseillers pour faire adopter sa réforme en l’état, affichant une fin de recevoir inflexible aux protestations de la rue».




