Le grand bluff de Ghar Djebilet: le mensonge d’État de Tebboune révélé au grand jour

Le motard qatari Khalid Al-Jaber immortalisant le grand trou géant présenté comme la mine de fer de Ghar Djebilet au sud algérien.

Le motard qatari Khalid Al-Jaber immortalisant le grand trou géant présenté comme la mine de fer de Ghar Djebilet au sud algérien.

Alors que le régime algérien célébrait en grande pompe l’inauguration de la ligne ferroviaire minière en février 2026, le périple hypermédiatisé d’un motard qatari vient de faire éclater la vérité. Derrière les effets d’annonce et les 15 milliards de dollars minimum d’investissements, les images du site minier révèlent un néant absolu. Présentée comme le «projet du siècle» censé propulser le pays au rang de géant industriel mondial, la mine de Ghar Djebilet n’est en réalité qu’un grand trou béant. Récit d’un scandale d’État où la réalité vient de rattraper brutalement le mensonge du régime.

Le 09/06/2026 à 11h16

L’opération de communication était millimétrée, parrainée par le sommet du régime algérien, sécurisée par l’armée et financée par l’argent du contribuable via le ministère du Tourisme. Elle devait célébrer l’Algérie triomphante, celle qui brise le désert pour tracer la voie du développement. Le script était simple: lancer le globe-trotter et motard qatari Khalid Al-Jaber sur les pistes de l’axe Oran-Béchar-Tindouf, le long de la nouvelle voie ferrée. Objectif? Générer un buzz planétaire autour du «projet du siècle»: la mine de fer de Ghar Djebilet. Entamé le 29 mai, le périple s’est achevé le 5 juin dans le décor lunaire de l’extrême Sud. Mais à l’arrivée, c’est le néant absolu.

Involontairement, le motard qatari vient de lever le voile sur le plus grand mensonge de l’histoire du pays. Les images qu’il a fièrement publiées sur ses réseaux sociaux, allègrement reprises par les médias algériens, révèlent une vérité crue: il n’y a pas de mine à Ghar Djebilet. Pas d’infrastructures, pas d’engins, pas de campement, pas d’ouvriers. Rien qu’un cratère géant et désertique au milieu de nulle part.

Flash-back: le théâtre de l’inauguration

Pour comprendre l’ampleur du fiasco, il faut remonter au dimanche 1er février 2026. Ce jour-là, le régime algérien inaugure la ligne ferroviaire Ghar Djebilet-Béchar avec la pompe d’une épopée nationale. Discours enflammés, bain de foule, invités de marque, dont de très nombreux diplomates, unanimisme médiatique: le président Abdelmadjid Tebboune est à la manœuvre, flanqué du chef d’état-major Saïd Chengriha. Il ne s’agit plus de célébrer un train, mais de sanctuariser un pouvoir en quête de légitimité.

«C’est le réveil d’un géant!», martèle le chef de l’État. Tebboune évoque une renaissance industrielle, un chantier pharaonique réalisé en à peine 20 mois, allant jusqu’à suggérer une inscription au livre Guinness des records. Qu’importe si le prétendu convoi de minerai qui s’ébranle devant les caméras est en réalité constitué de wagons initialement destinés au transport de... céréales.

Pendant des jours, la saturation médiatique est totale. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. La chaîne publique AL24 News diffuse un documentaire dithyrambique d’une heure, directement estampillé par la «Direction générale de la communication de la présidence». Déjà, à l’écran, les images de la «révolution» ne montraient qu’un trou béant et quelques tas de terre brute.

Plus de quatre mois plus tard, la fiction a définitivement supplanté la réalité.

Le storytelling présidentiel s’appuie sur la thèse voulant que Ghar Djebilet soit l’un des plus grands réservoirs de fer de la planète, avec 3,5 milliards de tonnes de réserves globales, 1,7 à 2 milliards de tonnes exploitables et une production annuelle ciblée de 40 à 50 millions de tonnes à partir de 2026. Oui, oui, cette même année. Mieux, le régime affirme que l’exploitation a déjà débuté en 2022 et promet la création de 25.000 emplois directs, et dix fois plus d’emplois indirects, prophétisant la naissance d’une mégapole minière en plein désert.

Hérésie économique

Pourtant, sur le terrain, il n’y a rien. Le coût de ce mirage? Entre 12 et 15 milliards de dollars d’investissements. Au bas mot. Mais en dehors d’une ligne ferroviaire déjà menacée par l’ensablement et un sol salin, les installations de traitement, les infrastructures hydrauliques et énergétiques n’existent tout simplement pas.

Une hérésie économique d’autant plus flagrante que le pouvoir était prévenu. Même si la mine fonctionnait, les projections officielles n’annoncent un début de retour sur investissement qu’à l’horizon 2029-2030. Des analyses indépendantes révèlent que les coûts astronomiques de transport et de déphosphoration du minerai, combinés au partage des bénéfices avec les partenaires étrangers, réduiraient le profit net annuel de l’Algérie à seulement quelques centaines de millions de dollars. Un rendement dérisoire face aux milliards engloutis.

Derrière l’affichage, la gouvernance du projet révèle de lourdes zones d’ombre. Des notes techniques internes, obtenues par le journaliste Mohamed Sifaoui, dénoncent des procédures d’exception court-circuitant tous les mécanismes de contrôle réglementaires.

L’attribution du projet ferroviaire Béchar-Tindouf-Ghar Djebilet à un consortium chinois, pour un montant de 3,9 milliards de dollars, s’est faite de gré à gré et a été menée, côté algérien, par Mohamed Tebboune, le fils du président, sans audit ni mise en concurrence. Plus grave encore, les documents pointent des surfacturations massives: la tonne de rails aurait été facturée à 4.800 dollars, contre un prix de référence international d’environ 730 dollars. Une multiplication par six ou sept qui rappelle les pires dérives des chantiers de l’autoroute Est-Ouest ou de la Grande Mosquée d’Alger. Mais là au moins, les projets finissaient par sortir de terre. Dans le cas de Ghar Djebilet, rien n’est moins sûr.

S’il est une œuvre qui se poursuit réellement, c’est celle d’interdire toute vérité autour d’un projet chimérique et tout débat d’expertise. L’économiste Djelloul Slama, coupable d’avoir publiquement rappelé les chiffres réels, les coûts de production et les doutes légitimes sur la rentabilité du projet, a été purement et simplement enlevé et incarcéré. Pour briser définitivement sa réputation, l’appareil d’État est allé jusqu’à lui inventer des origines marocaines, l’anathème absolu dans le logiciel politique d’Alger. L’expert croupit toujours en prison.

Ghar Djebilet devait être le monument du renouveau industriel et le symbole du mandat d’Abdelmadjid Tebboune. Son seul et unique bilan, au demeurant. À la lueur des pistes désertiques, il apparaît désormais pour ce qu’il est: le miroir gravé dans l’acier d’un régime qui a substitué la mise en scène à l’économie réelle.

Par Tarik Qattab
Le 09/06/2026 à 11h16