Régularisation des sans-papiers en Espagne: les Marocains, premiers bénéficiaires d’une mesure historique

Les Marocains sont en tête du classement des travailleurs étrangers (hors UE), qui cotisent à la sécurité sociale espagnole. 

Les Marocains sont en tête du classement des travailleurs étrangers (hors UE), qui cotisent à la sécurité sociale espagnole.  . DR

Revue de presseL’Espagne s’apprête à régulariser près de 500.000 migrants en situation irrégulière, dont un quart de Marocains; une mesure exceptionnelle visant à combler la pénurie de main-d’œuvre et à soutenir son économie. C’est une décision historique de Madrid qui parie sur l’intégration, alors que l’Europe durcit ses politiques migratoires. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Akhbar.

Le 14/04/2026 à 18h57

Alors que l’Espagne s’apprête à régulariser près d’un demi-million de migrants en situation irrégulière, les Marocains, qui représentent près d’un quart des bénéficiaires potentiels, pourraient être les grands bénéficiaires de cette opération sans précédent, indique le quotidien Al Akhbar de ce mercredi 15 avril. La décision, au-delà de son aspect humanitaire, permettra de combler les pénuries de main-d’œuvre et à dynamiser l’économie du pays, actuellement en pleine croissance, tout en offrant une nouvelle chance à des milliers de familles installées depuis des années dans l’ombre du système.

Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a annoncé mardi dernier l’adoption d’un décret royal lançant une procédure exceptionnelle de régularisation pour les étrangers en situation irrégulière résidant sur le territoire depuis au moins cinq mois, et arrivés avant le 31 décembre 2025. Cette mesure, selon le chef du gouvernement espagnol, «reconnaît une réalité incontournable»: les travailleurs, souvent employés dans l’agriculture, le BTP ou les services, contribuent déjà activement à l’économie espagnole. «Ils font partie intégrante de notre quotidien, a-t-il souligné. Leur intégration légale et organisée permettra de garantir leurs droits tout en renforçant les recettes fiscales et les cotisations sociales de l’État», relaie Al Akhbar.

Les demandes de régularisation pourront être déposées en ligne à partir du 16 avril, précise le quotidien, «avant un accueil physique des dossiers à compter du 20 avril, avec une clôture de la procédure prévue le 30 juin». Le gouvernement espagnol a décidé de démarches simplifiées «pour éviter les lourdeurs administratives», explique Al Akhbar, alors que la main-d’œuvre étrangère est devenue indispensable dans un pays dont la démographie se caractérise par un vieillissement de la population et une baisse du taux de natalité. «Nous avons besoin de solutions courageuses et pragmatiques pour assurer la pérennité de notre croissance économique», a insisté Pedro Sánchez, soulignant que l’Espagne, contrairement à d’autres pays européens, a choisi une approche «responsable et solidaire» de la migration.

Cette décision intervient dans un contexte européen marqué par un durcissement général des politiques migratoires, avec des lois plus restrictives et un contrôle accru des frontières. Pourtant, Madrid assume une voie différente, s’appuyant sur les performances de son économie, l’une des plus dynamiques de la zone euro, pour justifier cette régularisation massive. «La migration est une réalité que nous ne pouvons ignorer», a affirmé Pedro Sánchez, ajoutant qu’«il faut la gérer avec équité et en faire une opportunité de prospérité partagée», faisant par là implicitement référence aux critiques de l’opposition de droite et d’extrême-droite, qui dénoncent une mesure «laxiste».

Le décret, qui sera publié au Bulletin officiel sans nécessiter de vote parlementaire, répond à une initiative citoyenne soutenue par plus de 600.000 signatures et près de 900 associations, une «mobilisation [qui] reflète l’évolution des mentalités en Espagne, où la question migratoire est de plus en plus perçue à travers le prisme de l’utilité économique et sociale», indique Al Akhbar, selon lequel «la communauté marocaine est la première diaspora étrangère du pays», car «avec plus d’un million de ressortissants installés en Espagne», celle-ci devrait donc être «l’une des principales bénéficiaires de cette régularisation, avec environ 125.000 personnes concernées, soit 25% des 500.000 sans-papiers visés par la mesure». Il s’agit donc d’une «opportunité majeure pour des milliers de familles qui, malgré leur contribution essentielle à l’économie locale, vivaient jusqu’ici dans une précarité juridique», souligne le quotidien.

Sur le plan économique, les Marocains jouent déjà un rôle clé dans le financement du système de protection sociale espagnol, puisqu’«avec plus de 300.000 cotisants au régime général de la Sécurité sociale ces dernières années, ils figurent parmi les principaux contributeurs aux caisses de retraite et d’assurance maladie», signale Al Akhbar. Cette réalité prend tout son sens dans un pays où le système de retraite, menacé par le vieillissement démographique, dépend de plus en plus de l’apport de travailleurs étrangers. Selon les projections officielles, l’Espagne aura besoin de plusieurs centaines de milliers de nouveaux actifs chaque année pour maintenir l’équilibre de ses régimes sociaux.

Par ailleurs, ajoute Al Akhbar, les Marocains figurent en tête des naturalisations accordées par Madrid: «chaque année, près de 150.000 étrangers obtiennent la nationalité espagnole, dont une part importante de ressortissants marocains, notamment via les procédures de naturalisation par résidence prolongée». Cette tendance, ajoute le quotidien, vient confirmer «leur ancrage progressif dans la société ibérique, où ils occupent des emplois souvent délaissés par les locaux, mais indispensables au fonctionnement de secteurs stratégiques comme l’agriculture, la construction ou les services à la personne». Située à moins de 15 kilomètres des côtes marocaines, l’Espagne reste l’une des principales portes d’entrée vers l’Europe, aux côtés de l’Italie et de la Grèce. Cette régularisation pourrait donc avoir des effets bien au-delà de ses frontières, influençant les débats européens sur les politiques migratoires. Alors que plusieurs pays du continent optent pour des mesures restrictives, écrit Al Akhbar, «Madrid envoie un signal fort en faveur d’une approche plus inclusive, fondée sur l’intégration économique et sociale des migrants».

Par Hassan Benadad
Le 14/04/2026 à 18h57