Installé très jeune à Casablanca, Saâd Hassani aura traversé les quartiers de cette métropole comme il traversait les styles et les thèmes, avec la liberté propre aux autodidactes. Il a su imprimer à ses nus, ses natures mortes et ses jeux d’échecs une sensibilité immédiatement reconnaissable. Grand intellectuel, il portait un discours exigeant sur son travail et sur l’art en général. C’est ce que confie l’artiste peintre Fouad Bellamine dans cet entretien pour Le360.
Le360: Saâd Hassani était un ami proche. Que pouvez-vous nous dire sur lui, sur le plan artistique et humain?
Fouad Bellamine: Une grande amitié nous liait. Une amitié exceptionnelle. C’est la première personne que j’ai connue lorsque j’ai mis les pieds à Rabat. Pour moi, c’est ça une vraie amitié, avec des hauts et des bas. Notre relation était assez particulière, tout comme son écriture plastique. C’est un très bon peintre qui a toujours abordé différentes formes d’expression et de thématiques avec beaucoup de sensibilité et de maitrise plastique. Les pages tournent et tournent de plus en plus vite parce que nous avons vieilli. Toute une école marocaine de la peinture est en train de disparaitre pour laisser malheureusement la place à des charlatans, à des brocanteurs qui font ce qu’ils veulent.
Étiez-vous aussi sur la même longueur d’onde sur le plan artistique?
Je ne pense pas… sauf peut-être lorsqu’il adoptait une démarche ascétique et minimaliste. Le fait que je sois passé par l’académisme et l’école faisait que nous étions différents sur le plan artistique. Il était autodidacte. Ma pratique répondait à des concepts, à une évolution sur le temps et sur le travail en lui-même.
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Mais le fait qu’il soit beaucoup plus spontané, c’est une chance aussi. Il se laissait très vite adopter, il adaptait des styles différents, mais à chaque fois qu’il abordait un nu, une nature morte ou un jeu d’échecs, il transmettait toujours une sensibilité qui lui était propre.
Quand on regarde son travail, on a du mal à croire qu’il était autodidacte...
Oui, c’est vrai. Cela est dû au fait qu’il a côtoyé plusieurs artistes et qu’il avait une réelle capacité à regarder et à analyser la peinture en profondeur. Il a fréquenté les meilleurs de la scène plastique marocaine. C’est pourquoi je dis que nous sommes malheureusement en train de vivre la fin d’une époque.




