Liban: Israël étend son offensive terrestre, Beyrouth dénonce une «politique de la terre brûlée»

Un jeune garçon se tient au milieu des décombres d'un bâtiment détruit lors d'une frappe israélienne dans le village de Kfar Sir, au sud du Liban, le 21 avril 2026. AFP or licensors

L’armée israélienne a annoncé dimanche une nouvelle extension de son opération terrestre au Liban, au lendemain d’une vive dénonciation du Premier ministre libanais, Nawaf Salam, qui a accusé Israël de mener une «politique de la terre brûlée» dans le sud du pays.

Le 31/05/2026 à 07h01

Les affrontements au Liban sont quasi quotidiens malgré une trêve théoriquement en vigueur depuis le 17 avril entre Israël et le mouvement chiite Hezbollah. Ce dernier avait déclenché les hostilités le 2 mars en soutien à l’Iran, visé depuis le 28 février par une vaste campagne de bombardements israélo-américaine. Depuis, le front libanais est devenu l’un des théâtres les plus explosifs de la guerre régionale.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui considère une grande partie du sud du Liban comme une «zone de combat», avait annoncé vendredi que ses troupes avaient traversé le fleuve Litani, situé à une trentaine de kilomètres au nord de la frontière.

Le franchissement de ce cours d’eau, repère militaire et politique majeur dans l’histoire des conflits israélo-libanais, marque une escalade significative.

L’armée israélienne a indiqué dimanche sur X avoir «étendu ses opérations contre des cibles du Hezbollah au nord du fleuve». Elle a ajouté que «l’opération est en train de s’étendre à d’autres zones».

Selon l’armée, cette offensive a été lancée «il y a quelques jours» dans la région de la crête de Beaufort et de Wadi al-Saluki, dans le sud du Liban, «dans le but d’éliminer les menaces directes qui pèsent sur les localités du nord de la Galilée et de Metula», en Israël, et «dans le cadre des efforts continus visant à renforcer le contrôle opérationnel dans le sud du Liban».

La zone de Beaufort, dominée par une forteresse médiévale surplombant le Litani et la région de Nabatiyé, revêt une importance stratégique ancienne. Elle contrôle une partie des reliefs du Sud-Liban et a déjà été au cœur des affrontements entre Israël et les groupes armés libanais lors des précédentes guerres. En la visant de nouveau, Israël cherche à élargir sa profondeur défensive face aux tirs de roquettes, aux drones explosifs et aux positions attribuées au Hezbollah.

«Terre brûlée»

«Un nombre important de soldats de l’armée israélienne ont lancé des opérations offensives visant à étendre la ligne de défense avancée», a encore affirmé l’armée israélienne.

Dans un discours télévisé, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a jugé samedi que la «politique de la terre brûlée et de punition collective» menée par Israël «ne lui apportera ni la sécurité ni la stabilité». Il a accusé le pays voisin de détruire des localités, de déplacer massivement les habitants et de rendre impraticable une partie du sud du Liban.

M. Salam a toutefois défendu la poursuite des négociations avec Israël, qu’il présente comme «la voie la moins coûteuse» pour le Liban. Une nouvelle séance de pourparlers entre représentants des deux pays est programmée les 2 et 3 juin à Washington, dans un contexte où les États-Unis cherchent à préserver un canal diplomatique malgré l’escalade militaire.

Dans un communiqué, le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre ont dénoncé samedi «les pratiques condamnables d’Israël», «l’extension» de ses attaques ainsi que la «poursuite des bombardements et de la destruction au bulldozer des habitations et des sites historiques».

Depuis le début des hostilités, les frappes israéliennes au Liban ont tué 3.371 personnes et fait plus d’un million de déplacés, selon les autorités libanaises. Ces chiffres traduisent l’ampleur de la crise humanitaire dans un pays déjà fragilisé par des années d’effondrement économique et institutionnel.

L’arrêt de la campagne militaire israélienne au Liban est l’une des conditions posées par l’Iran pour tout accord destiné à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. C’est là tout le piège diplomatique négocie avec Téhéran, Israël poursuit son offensive, le Hezbollah maintient la pression et le Liban paie une nouvelle fois le prix d’une guerre qui le dépasse.

Par Le360 (avec Agences)
Le 31/05/2026 à 07h01