Liban: 14 personnes poursuivies pour appartenance à un réseau pro-Assad soupçonné de préparer des attaques en Syrie

Les civils tentent de fuir Ersal, dans le nord-est du Liban où s'affrontent l'armée libanaise et des combattants islamistes venus de Syrie. 

Les civils tentent de fuir Ersal, dans le nord-est du Liban où s'affrontent l'armée libanaise et des combattants islamistes venus de Syrie. REUTERS/Ahmad Shalha

Le parquet militaire libanais a engagé jeudi des poursuites contre 14 ressortissants libanais et syriens, parmi lesquels un homme présenté comme un cadre du Hezbollah et un ancien officier du renseignement du régime de Bachar al-Assad. Ils sont soupçonnés d’avoir constitué et entraîné des groupes en vue de mener des attaques en Syrie, selon une source judiciaire.

Le 18/09/2026 à 07h00

Le commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire, Claude Ghanem, a déféré les 14 personnes devant la première juge d’instruction militaire, Ghada Abou Alouane. Cinq d’entre elles sont actuellement détenues, tandis que plusieurs autres sont recherchées.

Début septembre, les autorités libanaises avaient arrêté un groupe comprenant notamment un ancien officier du renseignement syrien et plusieurs complices présumés. Ils sont soupçonnés d’avoir préparé des attaques contre les autorités du président syrien Ahmed al-Chareh et d’avoir bénéficié d’un entraînement militaire dans des camps attribués au Hezbollah. Les suspects ont nié ces accusations.

Les poursuites portent notamment sur la constitution d’un groupe criminel, le suivi d’un entraînement militaire au maniement des armes et des explosifs, l’utilisation de drones et l’intention de perpétrer des actes terroristes sur la côte syrienne.

Parmi les personnes détenues figure Manaf Ali Safi, ancien officier du renseignement syrien ayant servi sous le régime de Bachar al-Assad, renversé en décembre 2024.

Selon la source judiciaire, Manaf Ali Safi a fait état d’un «transfert de plus de 40 officiers et membres des forces loyales à Bachar al-Assad depuis la côte syrienne vers le nord du Liban, via des passages frontaliers illégaux, par groupes de cinq personnes».

Les membres du réseau auraient ensuite été acheminés vers la plaine de la Békaa, dans l’est du Liban, où ils auraient suivi des entraînements au maniement des armes, des explosifs, des fusils de précision et des drones.

Le responsable judiciaire a ajouté qu’un «cadre du Hezbollah, actuellement en fuite, a supervisé le transfert clandestin des membres du réseau ainsi que leur entraînement» dans des camps situés dans l’est du pays.

Ce responsable, présenté dans la presse libanaise sous le surnom d’«Abou Ala’», fait l’objet d’un mandat de recherche. Les autorités libanaises soupçonnent également plusieurs autres personnes d’avoir participé au transport des membres du réseau, à la dissimulation d’armes ou à l’organisation des entraînements.

Selon les premiers éléments de l’enquête, le réseau serait dirigé depuis la Russie par un ancien général de division de l’armée syrienne, proche de Bachar al-Assad et résidant désormais à Moscou, où vit également l’ancien président syrien déchu.

Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer les sources de financement du groupe, l’identité de l’ensemble des personnes entraînées et la nature précise des opérations envisagées en Syrie. La présence d’armes, d’explosifs et de matériels destinés à l’utilisation de drones a renforcé les soupçons concernant la préparation d’actions armées.

La côte syrienne, bastion historique de la minorité alaouite dont est issue la famille Assad, a été le théâtre de graves violences confessionnelles en 2025.

Selon les nouvelles autorités syriennes, ces affrontements avaient éclaté après des attaques menées par des partisans de Bachar al-Assad contre les forces de sécurité. Ils ont fait au moins 1.426 morts, d’après une commission nationale d’enquête syrienne.

L’affaire intervient alors que la Syrie et le Liban tentent d’ouvrir une nouvelle page dans leurs relations depuis la chute du clan Assad et l’affaiblissement du Hezbollah, allié de longue date de l’ancien pouvoir syrien et soutenu par l’Iran.

En août, les autorités libanaises avaient extradé vers Damas un ancien général de l’armée syrienne recherché pour plusieurs crimes présumés, notamment des actes de meurtre et de torture commis sous le régime de Bachar al-Assad.

Le démantèlement de ce réseau constitue désormais un test pour la coopération sécuritaire entre Beyrouth et Damas. Les deux pays doivent notamment mieux contrôler une frontière longue et poreuse, traversée par de nombreux passages clandestins utilisés depuis des années pour le trafic d’armes, de marchandises et de personnes.

Par Le360 (avec AFP)
Le 18/09/2026 à 07h00