Selon l’agence officielle Sana, les Forces de sécurité intérieure ont mené, avec la branche antiterroriste, une série d’opérations après des phases de surveillance, de collecte de renseignements et d’enquête. Les autorités présentent les suspects comme «impliqués dans des crimes de guerre contre le peuple syrien (...) dans plusieurs régions». Les neuf hommes ont été remis à la justice compétente.
Les personnes arrêtées sont les généraux de brigade Menhel Anwar Saleh, Sami Ibrahim Mahmoud et Ghayath Ali Rehyé, les colonels Issa Ezzeddine Khodour, Marwan Salah Nafesh et Bachar Samir Wannous, le lieutenant-colonel Ayham Hamza Alia, ainsi que les capitaines Ayham Ahmad Daoud et Ammar Issa Jneidi.
D’après le commandement de la sécurité intérieure à Lattaquié, les investigations les relient à des missions effectuées à bord d’avions de combat et d’hélicoptères militaires. «Leurs crimes ont fait un grand nombre de victimes (...) et causé d’importants dégâts dans des villes et villages, en plus d’avoir déplacé des habitants et détruit des maisons et des infrastructures civiles», a rapporté Sana.
Les communiqués ne précisent toutefois ni les frappes imputées à chacun, ni les dates et lieux concernés, ni les éléments matériels recueillis. Aucune réaction des anciens officiers ou de leurs avocats n’avait été rendue publique vendredi matin. Les accusations devront donc être examinées au cours des procédures judiciaires.
Pendant plus de treize ans, l’aviation du régime syrien a pilonné les secteurs contrôlés par les groupes rebelles. Les bombardements ont frappé des zones densément peuplées et contribué aux destructions massives ainsi qu’aux déplacements de millions de Syriens. Déclenchée en 2011 par la répression d’un mouvement de contestation, la guerre a fait environ un demi-million de morts.
Campagne contre les anciens dignitaires d’Al-Assad
Ces arrestations s’inscrivent dans la campagne engagée par les nouvelles autorités contre les anciens responsables militaires et sécuritaires soupçonnés d’exactions. Lundi, elles avaient annoncé l’arrestation d’un ancien général visé par des sanctions européennes, accusé d’avoir participé à la répression des manifestations de 2011 et au massacre de Hama en 1982. Le 5 septembre, elles avaient également arrêté à Alep un autre ancien pilote.
En août, la justice syrienne a condamné à mort par contumace Bachar al-Assad, réfugié en Russie, son frère Maher et l’ancien responsable sécuritaire Atef Najib. Cette première condamnation syrienne visant l’ancien président a été saluée par une partie de la population, mais elle a également suscité des critiques sur la peine capitale et les garanties procédurales. Le juriste syrien Anwar al-Bunni a estimé qu’elle risquait de compromettre une éventuelle extradition.
Lire aussi : Syrie: le kurde Mazloum Abdi nommé conseiller à la présidence après la dissolution des FDS
À l’étranger, Bachar al-Assad reste visé par plusieurs procédures. La justice française a émis en janvier 2025 un mandat d’arrêt concernant une attaque contre des civils à Deraa en 2017. Un autre mandat, délivré en août 2025, porte sur le bombardement d’un centre de presse à Homs en février 2012, qui avait tué la journaliste américaine Marie Colvin et le photographe français Rémi Ochlik.
En revanche, le mandat français émis en 2023 au sujet des attaques chimiques meurtrières de 2013 a été annulé en juillet 2025 par la Cour de cassation, qui a retenu l’immunité dont Bachar al-Assad bénéficiait alors comme chef d’État. La Cour a toutefois précisé qu’un nouveau mandat pouvait être délivré depuis sa chute.
Une Commission nationale de justice transitionnelle, créée en mai 2025, doit accompagner l’établissement des responsabilités et la reconnaissance des victimes. Elle a signé jeudi un accord avec le Center for Victims of Torture, portant notamment sur le soutien psychologique et social aux survivants ainsi que sur la formation de ses équipes.
Pour les autorités syriennes, l’enjeu dépasse désormais l’annonce des arrestations. Leur crédibilité dépendra de leur capacité à transformer ces opérations en procédures indépendantes, transparentes et respectueuses des droits de la défense, sans justice expéditive ni vengeance collective.




