«Notre analyse montre très clairement que la période de l’année pendant laquelle les conditions sont sûres pour les millions de musulmans souhaitant accomplir le Hajj est désormais plus courte», souligne Clair Barnes, chercheuse à l’Imperial College de Londres, citée dans le communiqué.
Et «tant que nous continuerons à brûler des combustibles fossiles, elle continuera de se réduire», avertit-elle.
Le grand pèlerinage musulman à La Mecque expose chaque année des centaines de milliers, voire des millions de fidèles, à la chaleur écrasante de l’ouest de l’Arabie saoudite, l’une des régions les plus arides au monde. Les rites se déroulent sur plusieurs jours, souvent en plein air, dans une forte densité humaine, avec de longues marches, des stations prolongées et une fatigue physique importante. Autrement dit, le Hajj concentre presque tous les facteurs aggravants du stress thermique, comme si la météo avait décidé d’ajouter sa propre épreuve au pèlerinage.
Cette année, le rassemblement religieux s’est de nouveau tenu sous des températures dépassant les 40 degrés. Selon le rapport du WWA, les températures enregistrées en mai à La Mecque «correspondent désormais à celles observées en été dans les années 1980». Ce glissement est l’un des points centraux de l’étude: ce qui relevait autrefois de la pleine saison chaude se produit désormais dès le printemps.
Le Hajj est régi par le calendrier lunaire islamique. Il recule donc d’environ onze jours chaque année dans le calendrier grégorien. Après plusieurs éditions en pleine saison chaude, il s’est déroulé fin mai cette année et devrait avoir lieu mi-mai en 2027, avant de continuer à se rapprocher progressivement de l’hiver. Mais ce déplacement calendaire ne suffit plus à compenser la hausse des températures.
Les chercheurs soulignent que «le changement climatique causé par l’activité humaine a prolongé les épisodes de chaleur extrême». Autrement dit, le calendrier peut bouger, mais le climat, lui, avance plus vite. Les mois autrefois considérés comme relativement plus sûrs deviennent à leur tour exposés à des niveaux de chaleur dangereux.
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«Des températures moyennes supérieures à 32 degrés, autrefois typiques de l’été entre 1970 et 1990, sont maintenant attendues presque chaque année dès le mois de mai», poursuit l’étude, estimant que ces températures ont augmenté «d’environ 3,5°C» par rapport à la période préindustrielle.
La possibilité que le thermomètre dépasse 40 degrés à cette période n’est plus «exceptionnelle». Elle est aujourd’hui «susceptible de se produire tous les deux à trois ans», ajoutent les auteurs. Ce changement transforme l’évaluation du risque pour les pèlerins, en particulier les personnes âgées, les malades chroniques, les fidèles non acclimatés et ceux qui accomplissent certains rites dans des conditions moins encadrées.
Après la mort de plus de 1.300 personnes lors du Hajj 2024, marqué par des températures dépassant les 50 degrés, les autorités saoudiennes ont renforcé les dispositifs de protection contre la chaleur. Elles ont notamment développé les zones ombragées, les systèmes de brumisation, les points de rafraîchissement, les services médicaux et l’usage massif de la climatisation dans les espaces fermés.
Ces mesures réduisent une partie du risque, mais ne peuvent pas annuler l’effet d’un réchauffement qui rend les pics de chaleur plus fréquents, plus précoces et plus intenses.
Selon une étude publiée en 2019 dans la revue Geophysical Research Letters, le stress thermique durant le Hajj pourrait de nouveau dépasser le «seuil de danger extrême» entre 2047 et 2052, puis entre 2079 et 2086, lorsque le pèlerinage reviendra dans la saison chaude.
Le Hajj, l’un des cinq piliers de l’islam, reste donc confronté à une équation de plus en plus difficile: préserver la pratique religieuse, protéger des foules immenses et adapter les dispositifs sanitaires à un climat qui se réchauffe. La chaleur n’est plus un simple aléa saisonnier. Elle devient une contrainte structurelle.




