Face à la flambée continue des prix de la viande rouge et aux difficultés croissantes éprouvées par les ménages pour satisfaire leurs besoins fondamentaux, le gouvernement vient d’adopter un projet de décret portant suspension du droit d’importation applicable aux bovins, ovins, caprins et camélidés, ainsi qu’à leurs abats. Cette initiative s’inscrit dans le prolongement des mesures fiscales prévues par la loi de finances, qui prévoient le maintien de l’exonération des droits de douane et de la taxe sur la valeur ajoutée à l’importation de bovins alpins, tout en portant le quota exonéré de 150.000 à 300.000 têtes.
L’objectif affiché par les autorités est d’assurer l’approvisionnement du marché national, de contenir la pression sur la consommation et de favoriser la reconstitution du cheptel national, indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia de ce vendredi 24 juillet. Cette décision intervient dans un contexte économique tendu, où la hausse constante des coûts de production a contraint de nombreux éleveurs à réduire leur activité. Pour atténuer ces contraintes, l’État s’est engagé dès 2023 dans un ensemble de mesures douanières et financières exceptionnelles, autorisant d’abord l’importation d’animaux vivants, puis élargissant en 2024 la mesure à la viande fraîche et congelée. Malgré ces interventions successives, le marché reste marqué par une forte tension sur les tarifs. Les prix au marché de gros pour le bœuf oscillent aujourd’hui entre 110 et 115 dirhams le kilogramme, tandis que la viande d’agneau au détail atteint 140 à 150 dirhams le kilogramme, un niveau particulièrement élevé constaté à la suite de la période de l’Aïd al-Adha.
Les professionnels du secteur soulignent que la faiblesse de l’offre locale constitue l’un des facteurs majeurs de cette crise tarifaire, combinée à l’envolée des coûts de l’alimentation animale, des intrants et du transport. Pourtant, la filière des viandes rouges demeure un pilier stratégique de la souveraineté alimentaire et de l’économie du pays. Elle couvre en temps normal près de 98% des besoins nationaux en protéines animales, génère environ 44 millions de journées d’avoir à travers l’ensemble de sa chaîne de valeur, de la production à la distribution, et approvisionne l’industrie nationale en matières premières essentielles, comme le cuir et la laine, écrit Al Ahdath Al Maghribia.
Sur le plan légal, la réglementation permet au gouvernement de suspendre ou d’ajuster temporairement les droits de douane ainsi que la taxe intérieure de consommation et la TVA lorsque les conjonctures économiques l’exigent, afin d’assurer la continuité du ravitaillement et de préserver le pouvoir d’achat des citoyens. Toutefois, face à la persistance de la cherté de la vie, de nombreux observateurs préconisent une révision globale de l’approche actuelle. Selon eux, l’efficacité à long terme passera par un soutien renforcé à la production locale, la mise en place de mécanismes de régulation du marché plus rigoureux et un suivi attentif pour garantir que l’impact réel des exonérations gouvernementales se répercute directement sur les achats des consommateurs.




