PLF 2027: le fisc s’attaque aux salaires déguisés en frais professionnels

Le gouvernement entend resserrer les conditions d’exonération de l’impôt sur le revenu applicables aux indemnités professionnelles versées aux salariés. Les remboursements de frais de transport, de déplacement ou de représentation sont notamment concernés. L’objectif est de mettre fin aux pratiques consistant à déguiser des compléments de salaires en frais professionnels pour échapper à l’imposition.

Le 06/11/2026 à 12h42

Le traitement fiscal des indemnités professionnelles versées aux salariés devrait connaître un changement important. Dans le cadre du projet de loi de finances (PLF) 2027, le gouvernement prévoit de revoir les dispositions des articles 56 et 57 du Code général des impôts (CGI), avec pour objectif de mieux encadrer les exonérations fiscales accordées à ces rémunérations.

Dans le viseur de cette réforme figurent notamment les indemnités de transport, de déplacement et de représentation, ainsi que les différentes allocations destinées à couvrir les dépenses engagées par les salariés dans l’exercice de leurs fonctions. Ces sommes bénéficient, sous certaines conditions, d’un régime fiscal favorable lorsqu’elles correspondent à des frais professionnels.

Mais ce dispositif peut également donner lieu à des pratiques contestables. Certaines entreprises peuvent être tentées de transformer une partie de la rémunération de leurs salariés en indemnités professionnelles, permettant ainsi de réduire l’assiette soumise à l’impôt sur le revenu. Derrière des remboursements de frais présentés comme professionnels peuvent alors se cacher de véritables compléments de salaires, sans rapport nécessaire avec des dépenses effectivement supportées par les bénéficiaires.

C’est précisément cette zone grise que le PLF 2027 entend réduire. La modification de l’article 56 vise à préciser le périmètre des revenus salariaux et assimilés, en incluant notamment les indemnités et émoluments, quelle que soit leur nature ou leur qualification. L’enjeu est de privilégier la réalité économique des sommes versées plutôt que leur seule dénomination comptable ou administrative.

Le changement le plus significatif concerne toutefois l’article 57 relatif aux exonérations. Le projet prévoit de réserver l’exonération aux indemnités spécifiques versées par l’employeur en remboursement de frais effectifs et dûment justifiés, engagés exclusivement dans son intérêt. Ces remboursements pourront être effectués sur présentation d’états de frais ou attribués de manière forfaitaire, à condition de répondre aux critères fixés par le texte.

En revanche, les indemnités versées de manière permanente pour l’exercice normal de la fonction ou de l’emploi seront exclues de cette exonération dès lors qu’elles constituent, dans les faits, des compléments de salaire. Autrement dit, le caractère forfaitaire d’une indemnité ne suffira pas, à lui seul, à justifier son exonération. C’est son lien avec des dépenses professionnelles réelles qui devra être établi.

Cette évolution soulève néanmoins plusieurs interrogations pour les entreprises et leurs salariés. Pour les premières, elle pourrait nécessiter une révision des politiques de rémunération et des procédures de justification des frais professionnels. Pour les seconds, l’enjeu porte notamment sur le salaire net perçu, dans l’hypothèse où certaines indemnités actuellement exonérées seraient désormais intégrées dans l’assiette imposable.

Le législateur a toutefois prévu une période transitoire relativement longue. Les nouvelles conditions d’exonération inscrites dans l’article 57 ne devraient entrer en vigueur qu’à compter du 1er janvier 2031. Les dispositions actuellement applicables continueront ainsi de régir les revenus acquis jusqu’au 31 décembre 2030.

Ce délai de quatre ans doit permettre aux employeurs d’adapter leurs pratiques, de revoir les modalités de versement des indemnités et de mettre en place les procédures nécessaires pour justifier la réalité des dépenses professionnelles. Il laisse également aux entreprises le temps d’anticiper les éventuelles répercussions de cette réforme sur leurs charges salariales.

Par Wadie El Mouden
Le 06/11/2026 à 12h42