Hydrocarbures: le Maroc maintient plus de 48 jours de réserves de gazole malgré les tensions énergétiques

Des réservoirs de stockage d’hydrocarbures au port de Tanger Med.

L’exécutif met en avant la solidité des réserves nationales d’hydrocarbures dans un environnement régional marqué par les tensions autour du détroit d’Ormuz et les risques de nouvelles secousses sur les marchés pétroliers. Le gouvernement affirme disposer de stocks couvrant plus de quarante jours de consommation pour les principaux carburants afin de limiter l’exposition de l’économie nationale aux chocs extérieurs.

Le 21/05/2026 à 09h26

Le gouvernement renforce sa communication autour de la sécurité énergétique dans un environnement international marqué par la volatilité des marchés pétroliers, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les perturbations persistantes des chaînes d’approvisionnement mondiales. Devant la Chambre des conseillers, mardi 19 mai à Rabat, la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leïla Benali, a défendu la capacité du Royaume à assurer la continuité de l’approvisionnement énergétique malgré une dépendance extérieure qui couvre encore près de 90% des besoins nationaux.

La ministre a précisé que les réserves disponibles couvrent actuellement quarante-huit jours de consommation pour le gazole et plus de quarante jours pour l’essence. Les autres produits énergétiques disposent également, selon elle, de niveaux de stockage jugés suffisants afin de sécuriser la demande nationale durant la période estivale et les pics de consommation liés au retour des Marocains résidant à l’étranger.

Ces déclarations interviennent alors que les inquiétudes liées au détroit d’Ormuz ravivent les craintes d’une nouvelle poussée des prix de l’énergie sur les marchés internationaux. Leïla Benali a présenté cette conjoncture comme un nouveau test pour la résilience énergétique du Royaume, estimant que le Maroc était parvenu à limiter l’impact des perturbations extérieures grâce à la diversification des sources d’approvisionnement et à l’accélération des investissements dans les infrastructures énergétiques et portuaires.

Les autorités cherchent également à installer l’idée d’un recentrage progressif du modèle énergétique national autour des énergies renouvelables. Leïla Benali a ainsi indiqué que 46% de la production électrique nationale provenait désormais des énergies renouvelables, contre 37% il y a quatre ans.

La progression s’accompagne d’une nette accélération des investissements autorisés dans le secteur. Selon les chiffres présentés devant les conseillers, soixante-six projets énergétiques ont obtenu leur autorisation depuis 2021 pour un montant global de 55 milliards de dirhams, contre vingt-trois projets seulement entre 2011 et 2021. Le ministère attribue cette évolution à la simplification des procédures administratives ainsi qu’à la volonté de renforcer l’attractivité du marché marocain auprès des investisseurs privés.

La dimension budgétaire reste toutefois au cœur de cette équation énergétique. Intervenant le 27 avril 2026 au Parlement lors de la séance consacrée à la hausse des prix, la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah Alaoui, avait rappelé que le gouvernement avait mobilisé 110 milliards de dirhams afin d’amortir les répercussions de l’inflation énergétique et alimentaire sur le pouvoir d’achat des ménages. La ministre avait directement relié les tensions inflationnistes aux effets cumulés de la sécheresse, des perturbations climatiques et de la hausse des cours internationaux des carburants.

À travers cette ligne de communication, l’exécutif cherche à démontrer que les dépenses publiques engagées pour soutenir certains secteurs économiques et préserver les équilibres sociaux ont permis d’éviter une transmission plus brutale des chocs énergétiques à l’économie nationale.

Lekjaa défend la prudence budgétaire

Parallèlement, les autorités financières maintiennent un discours axé sur la prudence budgétaire face à l’alourdissement de la facture énergétique. À l’occasion de plusieurs interventions récentes consacrées à l’exécution budgétaire et aux grands investissements publics, le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, a insisté sur la nécessité de préserver les équilibres macroéconomiques malgré la hausse des dépenses liées à l’énergie et à l’eau.

Le ministre délégué chargé du Budget a notamment souligné que la volatilité persistante des marchés internationaux imposait une gestion plus rigoureuse des finances publiques, particulièrement pour un pays fortement exposé aux importations énergétiques. Cette approche vise à sécuriser les grands programmes d’investissement tout en limitant les répercussions de la facture énergétique sur le déficit budgétaire et les finances extérieures.

La sécurité énergétique apparaît désormais comme un dossier transversal touchant directement l’inflation, les coûts logistiques, la compétitivité des entreprises et le pouvoir d’achat des ménages.

Le sujet dépasse largement le seul périmètre industriel pour s’imposer comme un enjeu économique central dans la conduite des politiques publiques.

Les explications avancées par l’exécutif n’ont toutefois pas mis fin aux critiques exprimées au Parlement concernant les prix des carburants. Plusieurs conseillers ont dénoncé un décalage entre les indicateurs de résilience présentés par le gouvernement et le ressenti des consommateurs confrontés à des prix durablement élevés dans les stations-service.

Les débats ont notamment porté sur les marges des distributeurs, la fiscalité appliquée aux hydrocarbures ainsi que le fonctionnement concurrentiel du marché pétrolier marocain.

Dans ce contexte de tension énergétique, certains élus ont évoqué des bénéfices cumulés estimés à près de 90 milliards de dirhams pour les distributeurs à fin 2025, estimant que la libéralisation du secteur n’avait pas permis de protéger efficacement les consommateurs contre les hausses internationales.

Plusieurs élus ont ainsi plaidé pour un réexamen des mécanismes de régulation du marché à travers l’activation de l’article 2 de la loi 104.12 relative à la liberté des prix et de la concurrence.

Le débat révèle désormais un arbitrage délicat pour l’exécutif qui est de préserver l’attractivité des investissements énergétiques et les équilibres budgétaires tout en répondant à une pression sociale alimentée par le coût des hydrocarbures. La trajectoire énergétique marocaine apparaît ainsi de plus en plus liée à la capacité du gouvernement à réduire progressivement la dépendance extérieure sans fragiliser la compétitivité de l’économie nationale.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 21/05/2026 à 09h26