Compléments alimentaires: une coalition d’entreprises s’oppose au monopole de vente en pharmacie

Compléments alimentaires (photo d'illustration).

La Coalition des entreprises du secteur des compléments alimentaires appelle le gouvernement, les partis politiques et les parlementaires à retirer la modification de l’article 30 de la loi n° 17-04, adoptée début juin par la Chambre des représentants. Selon la Coalition, cette mesure, qui accorderait aux pharmacies l’exclusivité de la vente de certains compléments alimentaires, risque de créer un monopole, de réduire la concurrence et d’impacter des milliers d’entreprises et d’emplois dans le Royaume.

Le 12/06/2026 à 08h13

La contestation monte autour de la modification de l’article 30 de la loi n° 17-04 relative au médicament et à la pharmacie. Réunie au sein de la Coalition des entreprises du secteur des compléments alimentaires, une large partie des acteurs de la filière appelle les autorités publiques à revenir sur cette disposition adoptée par la Chambre des représentants et actuellement en attente d’examen par la Chambre des conseillers.

Dans un communiqué, la Coalition estime que cette modification, introduite au Parlement en mars 2026, accordera aux pharmacies un droit exclusif sur la vente des compléments alimentaires considérés comme ayant un «effet thérapeutique». Une orientation que les professionnels dénoncent, estimant qu’elle instaurerait un monopole injustifié dans un marché déjà réglementé.

La Coalition affirme s’appuyer sur le soutien de dix associations professionnelles ainsi que de plus de 150 entreprises marocaines, dont dix laboratoires fabricants. Selon elle, cette mesure pourrait affecter plus de 5.000 entreprises opérant dans la chaîne de valeur des compléments alimentaires, mettre en péril quelque 40.000 emplois directs et près de 80.000 emplois indirects.

Les signataires de la pétition craignent également des conséquences pour les consommateurs. Ils estiment que la limitation de la commercialisation à un seul circuit de distribution entraînerait une réduction du choix disponible sur le marché ainsi qu’une hausse des prix.

La Coalition regrette par ailleurs l’absence de concertation avec les différents intervenants du secteur. Elle affirme qu’aucune consultation élargie n’a été menée auprès des fabricants, importateurs, distributeurs, opérateurs du commerce électronique, parapharmacies, commerces spécialisés ou autres acteurs concernés par cette réforme.

Les professionnels rappellent que les compléments alimentaires ne sont pas des médicaments. Destinés à compléter l’alimentation, ils relèvent, selon eux, de la catégorie des produits alimentaires et sont déjà soumis à la loi n° 28-07 relative à la sécurité sanitaire des produits alimentaires. Ils soulignent également que ces produits font l’objet d’un contrôle de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), considéré comme l’autorité compétente en matière de conformité et de protection du consommateur.

Selon la Coalition, les dosages autorisés au Maroc pour plusieurs vitamines, minéraux et substances utilisées dans les compléments alimentaires demeurent inférieurs aux normes appliquées dans plusieurs marchés internationaux, notamment en Europe et aux États-Unis. Cette situation justifierait, selon elle, la nécessité d’établir une définition scientifique claire et précise de la notion d’«effet thérapeutique».

Les représentants du secteur affirment également qu’aucune étude ou donnée scientifique n’a été présentée pour démontrer l’existence d’un risque sanitaire généralisé pouvant justifier une exclusivité de distribution au profit des pharmacies.

«Les compléments alimentaires doivent être correctement encadrés, mais la réglementation ne doit pas être confondue avec la monopolisation», déclare Badr Bouarich, directeur général d’un laboratoire privé spécialisé dans la fabrication de compléments alimentaires et porte-parole de la Coalition.

«La proposition actuelle transférera tout un marché vers un seul canal de distribution, sans démontrer que cette mesure est nécessaire, proportionnée ou bénéfique pour les consommateurs», ajoute-t-il.

La Coalition rappelle que, dans de nombreux pays, les compléments alimentaires sont commercialisés à travers plusieurs circuits, notamment les pharmacies, les parapharmacies, les grandes surfaces, les magasins spécialisés et les plateformes de vente en ligne. Pour ses membres, le Maroc gagnerait davantage à adopter un cadre réglementaire moderne fondé sur l’évaluation des risques plutôt qu’à restreindre la distribution de produits légalement commercialisés à un seul canal de vente.

«Nous appelons à une réglementation transparente qui protège le consommateur tout en préservant la concurrence, l’investissement, l’entrepreneuriat et l’emploi», conclut Badr Bouarich.

Par La Rédaction
Le 12/06/2026 à 08h13