Une proposition de loi pour que les compléments alimentaires soient exclusifs aux pharmaciens

Les compléments alimentaires sont commercialisés sous forme de comprimés, sachets de poudre, ou encore d’ampoules. (Photo d’illustration).

Revue de presseLe groupe parlementaire du PPS propose de réserver aux pharmaciens la vente exclusive des compléments alimentaires, un secteur estimé entre 2 et 3 milliards de dirhams mais encore largement informel. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Economiste.

Le 13/04/2026 à 20h31

Le groupe parlementaire du Parti du progrès et du socialisme (PPS) a récemment déposé une proposition de loi qui pourrait modifier le paysage de la distribution des compléments alimentaires au Maroc. «Ce texte, qui vise à réserver aux pharmaciens l’exclusivité de la vente de ces produits, intervient dans un contexte où leur commercialisation échappe encore à un encadrement strict», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du mardi 14 avril.

Aujourd’hui, les compléments alimentaires sont disponibles dans une multitude de points de vente, des pharmacies aux grandes surfaces, en passant par les épiceries, les parfumeries, les parapharmacies et les plateformes de vente en ligne. Cette dispersion pose des défis majeurs en matière de sécurité sanitaire, de traçabilité et de conseil aux consommateurs.

La proposition du PPS s’appuie sur l’article 30 de la loi n° 17-04, qui régit le code du médicament et de la pharmacie et énumère les produits dont la vente est strictement réservée aux officines. Parmi ceux-ci figurent les médicaments, les objets de pansement, les laits et aliments diététiques pour nourrissons, les huiles essentielles, ainsi que certains dispositifs médicaux. En intégrant les compléments alimentaires à cette liste, le PPS entend combler un vide juridique persistant et aligner la réglementation marocaine sur les standards internationaux en matière de protection de la santé publique. «Cette initiative s’inscrit par ailleurs dans le prolongement des réformes récentes, notamment la loi n° 10-22, qui a institué l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé, et la loi-cadre n° 06-22, relative au système national de santé», explique L’Economiste.

Les auteurs de la proposition soulignent que l’absence de cadre réglementaire spécifique expose les consommateurs à des risques non négligeables. Les compléments alimentaires, souvent perçus comme des produits anodins, peuvent en effet provoquer des effets indésirables ou des interactions dangereuses avec des médicaments, surtout lorsqu’ils sont achetés sans conseil professionnel. Leur vente en circuit parallèle, sans enregistrement ni contrôle préalable, complique encore davantage leur traçabilité en cas de problème.

La proposition de loi prévoit qu’un décret ultérieur établira une liste précise des compléments alimentaires concernés, limitant ainsi les dérives et renforçant la confiance des consommateurs dans les circuits de distribution officiels. Les pharmaciens, en raison de leur formation et de leur expertise, seraient les mieux placés pour garantir un usage sûr et éclairé de ces produits, en particulier ceux dont la composition ou le dosage présentent un risque potentiel.

Cette mesure intervient à un moment où le secteur pharmaceutique marocain fait face à des défis économiques croissants. Le Conseil de la concurrence a récemment ouvert un débat sur la nécessité de diversifier les sources de revenus des pharmacies, dont le modèle économique repose encore largement sur les marges réalisées sur la vente de médicaments.

Dans plusieurs pays, les pharmaciens perçoivent une rémunération pour leurs actes professionnels, ce qui permet de pérenniser leur activité tout en garantissant un service de qualité. La vente exclusive des compléments alimentaires pourrait ainsi constituer un levier important pour les officines marocaines, leur offrant une nouvelle source de revenus dans un marché en pleine expansion. Le marché du médicament au Maroc représente actuellement un chiffre d’affaires annuel de 26 milliards de dirhams, tandis que celui des dispositifs médicaux s’élève à environ 7 milliards.

Bien qu’il n’existe pas de données officielles sur le marché des compléments alimentaires, les estimations d’Anouar Yadini, président de l’Association marocaine des professionnels des dispositifs médicaux, le situent entre 2 et 3 milliards de dirhams. Ce secteur, encore largement informel, bénéficie d’un engouement croissant de la part des consommateurs, de plus en plus attentifs à leur santé et à leur bien-être.

Par La Rédaction
Le 13/04/2026 à 20h31