Le marché marocain des compléments alimentaires ne constitue plus seulement une question de santé publique. Il se mue progressivement en sujet de politique industrielle, de concurrence et de souveraineté économique.
L’étude consultée par Le360 et réalisée par Badr Bouarich, directeur général des Laboratoires H2O Cambogia, en collaboration avec les signataires de la pétition anti-monopole des compléments alimentaires, cherche précisément à déplacer le débat vers ses implications économiques. Selon le rapport, les règles actuellement appliquées limiteraient le développement d’un secteur capable de générer davantage de valeur ajoutée, d’emplois et d’investissements au Maroc.
Le document s’appuie sur des comparaisons internationales et sur une estimation prudente du marché national. Les auteurs précisent que le secteur représenterait environ 3 milliards de dirhams, dont près de la moitié transiterait par les pharmacies. Le segment distribué par les parapharmacies, les magasins spécialisés et le commerce électronique atteindrait ainsi 1,5 milliard de dirhams, ce qui conduirait à une estimation d’environ 5.000 opérateurs non pharmaceutiques actifs sur le territoire. D’après cette étude, cette base économique demeure largement sous-exploitée au regard de son potentiel de croissance.
L’analyse avance ensuite l’argument central de l’emploi. Selon le rapport, chaque opérateur spécialisé emploierait en moyenne huit personnes, ce qui conduirait à près de 40.000 emplois directs.
En appliquant un coefficient prudent de deux emplois indirects pour un emploi direct, inspiré de références industrielles internationales, le document estime le potentiel global à 120.000 emplois, dont 80.000 emplois indirects.
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Les auteurs soulignent que cette hypothèse reste volontairement conservatrice au regard des multiplicateurs observés dans plusieurs industries manufacturières.
Cette approche traduit une lecture plus large des effets économiques du secteur. Les emplois concernés dépassent en effet la seule fabrication des produits et concernent également la logistique, la distribution, le commerce spécialisé, le marketing, les services numériques, les laboratoires, la maintenance et l’ensemble des activités gravitant autour de cette chaîne de valeur. Le document précise ainsi que l’enjeu dépasse largement la seule question de la vente de compléments alimentaires.
La concurrence comme facteur de modération des prix
L’étude accorde également une place importante au fonctionnement concurrentiel du marché. Selon les auteurs, la coexistence des pharmacies, des parapharmacies et des autres circuits spécialisés exercerait une pression concurrentielle favorable aux consommateurs.
Le rapport prend l’exemple du Portugal, où une étude citée dans le document estime que les distributeurs alternatifs proposent certains produits jusqu’à 20% moins chers que les pharmacies, tandis que leur présence contribuerait à réduire les prix pratiqués par ces dernières de 4% à 6%. En s’appuyant sur ce benchmark, l’étude considère qu’une réduction de la diversité des circuits de distribution pourrait diminuer cette pression concurrentielle et accroître les prix sur une partie du marché marocain.
Cette analyse s’inscrit dans une problématique économique plus large. La concurrence entre plusieurs canaux de distribution ne constitue pas uniquement un mécanisme commercial; elle influence directement la structure des prix, la diffusion des innovations et l’accès des consommateurs à une offre diversifiée. Les auteurs estiment que cet équilibre mérite d’être préservé dans toute évolution réglementaire.
Une industrie freinée dans son développement
Au-delà de la distribution, le document identifie plusieurs freins pesant sur la compétitivité industrielle marocaine. Selon l’étude, les limitations de dosage applicables à certains compléments alimentaires auraient pour effet de réserver une partie des produits les plus concentrés au circuit pharmaceutique, limitant ainsi les possibilités de développement des fabricants spécialisés.
Les auteurs précisent que cette situation réduit l’offre disponible, ralentit l’innovation et complique l’alignement des formulations marocaines sur les standards internationaux. Ils estiment également que ces restrictions favorisent indirectement le développement de circuits parallèles, les consommateurs recherchant des produits plus fortement dosés auprès de fournisseurs étrangers ou informels lorsque l’offre nationale apparaît insuffisante.
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Le rapport met également en évidence le rôle du commerce électronique dans l’élargissement du marché. D’après cette étude, les ventes en ligne ont permis de démocratiser l’accès aux compléments alimentaires bien au-delà des grandes agglomérations, tout en stimulant la concurrence entre marques et en améliorant l’information des consommateurs.
Cette dynamique reste pourtant incomplète. Les auteurs rappellent que, malgré le développement de l’industrie cosmétique marocaine, les exportations nationales de compléments alimentaires demeurent quasiment inexistantes. Selon le document, cette situation ne résulterait pas d’un déficit de qualité industrielle, mais principalement d’un environnement réglementaire jugé peu compatible avec les standards internationaux et les exigences des marchés extérieurs.
Des procédures administratives jugées peu adaptées au rythme de l’innovation
Autre facteur identifié par l’étude: les délais d’enregistrement des nouveaux produits. Le document précise que la mise sur le marché d’un complément alimentaire au Maroc nécessiterait 12 à 15 mois, pour un coût estimé entre 15.000 et 20.000 dirhams par produit.
À l’inverse, le benchmark présenté dans l’étude montre que plusieurs juridictions européennes fonctionnent selon un régime déclaratif permettant une commercialisation en quelques jours ou quelques semaines. Selon les auteurs, cet écart ralentit les lancements commerciaux, accroît les coûts supportés par les entreprises et réduit leur capacité à suivre le rythme d’innovation du marché mondial.
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Sans remettre en cause les impératifs de sécurité sanitaire, l’étude plaide finalement pour une modernisation du cadre réglementaire. Les auteurs proposent notamment un rapprochement progressif avec les références scientifiques utilisées par les principales autorités internationales, le maintien d’une pluralité des circuits de distribution, la simplification des procédures d’enregistrement et un renforcement des contrôles ciblant les opérateurs non conformes plutôt qu’un durcissement généralisé des restrictions.
Cette orientation repose sur une logique économique autant que sanitaire. Selon le rapport, une réglementation plus proportionnée permettrait simultanément de soutenir l’innovation, de renforcer la compétitivité industrielle, de préserver les emplois existants et de créer les conditions d’un véritable développement des exportations marocaines de compléments alimentaires. Le document conclut ainsi qu’une réforme du cadre réglementaire pourrait transformer un secteur encore largement domestique en une nouvelle filière de création de valeur pour l’économie nationale, à condition de concilier protection du consommateur, concurrence et compétitivité.




