Vendredi soir, la salle couverte du complexe Mohammed V affichait complet. Plus de 4.000 personnes, venues de partout, avaient déboursé entre 300 et 1.200 dirhams pour leur billet du concert Hologramme Halim, une première mondiale qui promettait de ressusciter le Rossignol brun, plus de quarante ans après sa mort.
Derrière ce projet, deux initiateurs: le musicien et compositeur Faiçal Nouach et la médecin esthétique Jamila Atanaz, qui ont uni leurs expertises pendant deux ans et demi pour offrir au public une expérience mêlant technologie et mémoire artistique arabe.
Dès 18h, alors que le concert était annoncé pour 20h, une foule impatiente a commencé à se presser aux portes du complexe. Dans ce public majoritairement composé de spectateurs de la génération Halim, chacun portait en lui une part de nostalgie. Parmi eux, un homme qui avait assisté au concert du maître dans les années 70 aux arènes de Casablanca.
L’émotion était sur tous les visages. «On est venu retrouver notre enfance. Mais comment un artiste disparu depuis si longtemps peut-il remonter sur scène? Cette question-là, elle est impressionnante en elle-même», a déclaré une spectatrice.
Un spectateur, plutôt fan d’Oum Keltoum, témoigne de son lien avec l’artiste: «Halim est un grand artiste. Je suis fan d’Oum Keltoum mais nous avons vu les films de Halim et vécu sa souffrance.»
Une autre spectatrice résume l’attente générale: «On est venus pour les chansons, pour l’ambiance, pour la belle époque. En espérant que le rêve soit à la hauteur.»
Un spectateur replonge dans ses souvenirs: «Je me souviens de ses films qui étaient projetés au cinéma Mauritania dans les années 50 et 60. J’aime toutes les chansons de Halim.»
La présence de Mohammed Shabana, neveu d’Abdelhalim Hafez, donnait à la soirée une dimension familiale et symbolique. Après avoir visionné le travail de Faiçal Nouach, il avait apporté sa caution au projet: «On avait vu sur ordinateur ce qu’avait fait Faiçal Nouach avec le concert hologramme, on en était restés ébahis. C’est une première dans le monde arabe et on sent que c’est fait avec sérieux, avec respect pour Halim. Tout ce qui avait été tenté avant était décevant. Là, on espère que ce sera à la hauteur et que ce concert fera le tour du monde.»
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Ce soutien familial prenait tout son sens au regard de la polémique ayant entouré le concert hologramme présenté lors du festival Mawazine en juin 2025. Faiçal Nouach avait été sans ambiguïté lors d’une conférence tenue à Casablanca: «C’était deux ans et demi de travail. En termes de son, nous avons exploité la technologie soundscope. Un investissement incroyable. Le concert présenté par une autre entreprise à Mawazine n’était pas de bonne qualité. L’image de Halim n’avait pas été validée par ses ayants droit.»
Sa partenaire Jamila Atanaz a précisé les contours techniques du projet: «Nous avons utilisé plusieurs technologies et travaillé avec une équipe d’ingénieurs dirigée par Faiçal Nouach.»
À 20h30, l’impatience du public atteignait son point de rupture. Des huées s’élevaient des gradins, plus de 4.000 personnes retenant leur souffle, prêtes à voir Abdelhalim Hafez reprendre vie sur scène pour la première fois au monde.
Le spectacle a finalement débuté à 21h, avant d’enchaîner trois heures non-stop au rythme des plus grands classiques de la légende égyptienne, parmi lesquels Mawood, Fatet Ganbena, Sawah ou encore Gabar.
Portée par une ambiance électrique, cette immersion musicale a replongé le public dans l’âge d’or d’Halim, entre émotion et nostalgie. Pour clore la soirée, l’hologramme d’Abdelhalim Hafez est apparu vêtu d’une djellaba marocaine, offrant un final symbolique sur une chanson célébrant le Maroc et ses rois, “El Ma’a wel Khodra wel Wajh El Hassan”, dans un moment particulièrement salué par le public.




