Après près de deux mois consécutifs de grève ayant paralysé les tribunaux du Royaume, la décision du Conseil de l’Ordre des avocats de Casablanca d’octroyer une indemnité exceptionnelle de 4.000 dirhams aux avocats inscrits et de 2.500 dirhams aux stagiaires suscite une vive polémique au sein de la profession. Ce mouvement de contestation, mené contre le projet de loi encadrant la profession d’avocat, a fortement impacté l’activité des juridictions et les revenus des robes noires.
Au fil des semaines de grève, de nombreux avocats ont vu leur situation financière se fragiliser. Loin de l’image des grands cabinets d’affaires aux ressources confortables, une large partie de la profession a dû continuer à assumer des charges fixes incompressibles – loyers, rémunération du personnel, frais de fonctionnement – malgré un ralentissement, voire un arrêt quasi total de son activité.
Dans un communiqué daté du 28 juillet 2026, le bâtonnier de Casablanca, Mohamed Hissi, a précisé que cette indemnité s’inscrivait dans le cadre des mesures mises en place pour atténuer les conséquences de l’arrêt général des activités professionnelles, observé afin de défendre «une législation professionnelle juste et équitable».
Sur le terrain, toutefois, cette indemnité est loin de faire l’unanimité. À Meknès, par exemple, le Conseil de l’Ordre a décidé, lors de sa réunion du 23 juillet 2026, d’accorder une aide de 10.000 dirhams à chaque avocat inscrit au tableau et de 5.000 dirhams aux avocats stagiaires. Cette enveloppe est financée à la fois par le Fonds de solidarité sociale et par une contribution exceptionnelle prélevée sur le compte de gestion de l’Ordre. À Rabat, le montant de l’aide aurait même atteint 11.000 dirhams par avocat.
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Au-delà de l’écart entre les montants, c’est surtout la différence de traitement qui cristallise les critiques. Dans plusieurs villes, les aides ont été distribuées à au moins deux reprises, avec des montants cumulés pouvant atteindre jusqu’à 20.000 dirhams, notamment à l’occasion de l’Aïd al-Adha. À Casablanca, en revanche, il s’agit d’un premier versement, jugé modeste au regard du coût de la vie dans la capitale économique.
Autre point de friction: les modalités d’octroi. Contrairement à d’autres barreaux où le soutien est accordé de manière automatique, les avocats casablancais doivent introduire une demande écrite avant le 31 août 2026 pour en bénéficier. Une exigence perçue par nombre de professionnels comme une atteinte à leur dignité.
«Pourquoi devrions-nous solliciter une aide issue d’un fonds auquel nous contribuons nous-mêmes?», s’interroge un avocat, dénonçant une procédure inutilement contraignante et symboliquement malvenue dans un contexte déjà tendu.
Ces aides sont pourtant financées par le fonds de solidarité sociale, destiné précisément à soutenir les avocats en période de difficultés. D’où l’incompréhension face à ce qu’une partie de la profession considère comme une gestion inéquitable entre les différents barreaux.




