Sous un soleil chargé de poussière, les engins s’activent sur le boulevard Omar Ibn Al Khattab à Sidi Moumen, en pleine transformation. Un chantier d’envergure qui marque, pour les habitants de Sidi Moumen, l’aboutissement d’un long combat mené par la société civile pour ouvrir cet axe stratégique resté longtemps à l’abandon.
«Cela fait des années que nous demandons l’ouverture de cette route», lâche Mohamed Kourti, acteur associatif du quartier, en observant les travaux. «Avant, les commerces étaient comme morts. Tout était fermé, il n’y avait ni passage ni activité», décrit-il. Autour de lui, quelques rideaux métalliques à moitié levés témoignent encore de cela.
Il y a encore peu, toute cette zone- de la colline verte jusqu’à Anassi- n’était qu’un vaste terrain poussiéreux. Pas d’aménagement digne de ce nom, peu d’éclairage, et un sentiment d’abandon partagé. «Le soir, c’était compliqué. Entre les chiens errants et l’obscurité, même la sécurité posait problème», raconte-t-il. Dans ces conditions, difficile pour les habitants de se projeter, encore moins pour les commerçants de faire vivre leurs activités.
Aujourd’hui, le chantier est bien lancé. Si les travaux génèrent leur lot de désagréments- poussière, bruit des engins, embouteillage et perturbations du quotidien- les habitants se montrent compréhensifs. «C’est pour l’intérêt général. Les gens peuvent patienter quelques mois, car après, cela profitera à tout le monde», estime Mohamed Kourti. «Cela va relancer l’économie, améliorer la circulation et donner une vraie vie au quartier», poursuit-il.
Travaux d'aménagement du boulevard Omar Ibn Al Khattab à Sidi Moumen (S.Belghiti/Le360).
Mais cette dynamique positive n’empêche pas certaines critiques et propositions. Les habitants estiment que la largeur de la route reste insuffisante. «Il aurait fallu élargir davantage les voies, à droite comme à gauche», souligne-t-il. D’autres plaident pour un aménagement plus ambitieux de l’espace central du boulevard. «On ne veut pas d’un espace vide avec seulement des bancs. Il faut des équipements de proximité: des terrains de sport, des espaces pour les familles et les enfants», insiste-t-il.
À travers ces demandes, les habitants expriment une volonté claire: faire de Sidi Moumen un quartier vivant et attractif. «Sidi Moumen ne doit plus être une zone enclavée. Aujourd’hui, elle peut devenir un centre à part entière de Casablanca», affirme Mohamed Kourti.
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Du côté des responsables, on reconnaît à la fois le retard accumulé et l’importance stratégique du projet. «Ce boulevard a souffert de plus de vingt ans de stagnation, ce qui a pénalisé les habitants, surtout en période hivernale», explique Youssef Smihrou, membre du conseil de l’arrondissement de Sidi Moumen. «Aujourd’hui, malgré la lenteur des travaux, nous considérons cela comme une avancée positive pour la zone», ajoute-t-il.
Le projet s’inscrit dans la continuité des efforts engagés lors du précédent mandat, avec une accélération notable depuis 2021. «Ce chantier constitue la deuxième phase de son aménagement», précise-t-il. «À terme, il contribuera à fluidifier la circulation et à désenclaver plusieurs quartiers, notamment Al Azhar et Hay Rachid, via la connexion avec le boulevard Okba Ibn Nafii», poursuit-il.
Au-delà de cet axe, d’autres projets de voirie sont en cours ou programmés dans des quartiers comme «Al Baraka», «Naïm», «Agdal» ou encore «Salam 2». L’objectif affiché est clair: réduire la pression sur le trafic et améliorer les conditions de vie dans une zone longtemps marginalisée.
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L’impact économique du projet est également attendu. «Certains commerces sont restés fermés pendant toute cette période. Aujourd’hui, avec l’aménagement de la route, on commence déjà à voir des locaux rouvrir», confirme-t-il. Une dynamique qui pourrait transformer durablement le tissu économique du quartier.
Enfin, la question sociale reste au cœur des préoccupations. Des discussions sont en cours concernant la relocalisation de certaines habitations telles que «Karyan Rhamna» pour permettre l’ouverture complète de la voie. «Nous espérons que les opérations de relogement se feront rapidement pour permettre aux habitants de vivre dans des conditions dignes et pour finaliser ce projet», conclut Youssef Smihrou.




